Finances News Hebdo 1247

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 25 septembre 2026 - 8 DH - N° 1247

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Politique monétaire BAM reste campée sur ses positions

Flambée énergétique

Jusqu’où le budget peut-il encaisser le choc ?

P. 9

P.10/11

P. 24 à 26

Tourisme

Politique extérieure

Transformer la croissance en création de valeur

Maroc-Israël, le grand saut diplomatique  Entretien avec Mohamed Badine El Yattioui, professeur de géopolitique au Collège royal des Emirats arabes unis.

 Entretien avec Saïd Tahiri, économiste et opérateur touristique.

P. 28/29

P. 18 à 21

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026

Voyons voir : Croissance : Au-delà de l’effet météo Ça se passe au Maroc 3 4 ACTUALITÉ

POLITIQUE

Editorial

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Le PAM en tête des législatives : Qui veut gouverner avec moi ? Législatives 2026 : Le pouvoir change de centre de gravité Entretien avec Mohamed Badine El Yattioui : Maroc-Israël, Le grand saut diplomatique

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BOURSE & FINANCES

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Point Bourse Hebdo : Après la secousse, le MASI relève la tête BTP coté : Des carnets de commandes pleins, des cours sous pression Politique monétaire : BAM reste sur ses positions Flambée énergétique : Jusqu’où le budget peut-il encaisser le choc ?

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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Avocats

30 ENSEIGNEMENT

L Le prochain gouvernement attendu à la barre

Entretien avec Malika Berrada : Homeschooling, «Cette approche offre une liberté pédagogique, mais elle implique une vraie responsabilité fami- liale»

es avocats ont décidé de poursuivre l’arrêt des prestations professionnelles jusqu’au 7 octobre, avant de suspendre tem- porairement leur mouvement. A travers cette décision annon- cée dimanche dernier, ils ne mettent cependant pas un terme définitif à près de quatre mois de bras de fer. Ils changent simplement d’interlocuteur, d’autant que le choix de la date est tout sauf anodin. Il intervient, en effet, au moment où les institutions issues des élections législatives doivent se mettre en place et à quelques jours de l’ouverture de la nouvelle ses- sion parlementaire. Autrement dit : rendez-vous au prochain gouvernement. C’est proba- blement là que réside la dimension la plus politique de la décision de l’Association des barreaux du Maroc. Les robes noires déposent momen- tanément les armes sur la table en attendant de voir qui viendra s’asseoir en face. Car, sur le fond, rien n’est réglé. La loi 66.23 organisant la profession d’avocat a été promulguée le 18 août et publiée au Bulletin officiel le 20 août. Elle est donc entrée en vigueur. Mais les barreaux continuent de contester plusieurs de ses dispositions et, plus largement, les conditions dans lesquelles la réforme a été élabo- rée. Ils mettent notamment en avant l’indépendance de la profession, son autonomie et la préservation de ses acquis. Voilà toute la singularité de cette crise : le conflit ne porte désormais plus sur un projet de loi qu'il serait encore possible d'amender avant son adoption. Il porte sur une loi déjà promulguée. La partie est donc devenue autrement plus compliquée. Pour le prochain gouvernement, il faudra trouver une voie permettant de sortir d'un affrontement qui s'est progressivement durci depuis le 15 juin, tout en composant avec un texte désormais intégré à l'arsenal juridique. Et surtout, il faudra réparer ce que près de quatre mois de conflit ont abîmé. Car, au-delà du duel entre le gouvernement et les avocats, il y a un troisième acteur dont on parle finalement beaucoup moins : le justiciable. La suspension des prestations a perturbé le fonctionnement des tribu- naux, entraîné des reports et affecté l'assistance judiciaire. Elle a égale- ment pesé financièrement sur une partie de la profession. Or une justice durablement perturbée par un conflit entre ceux qui font la loi et ceux qui contribuent quotidiennement à son application n'est jamais une situation banale. C'est même précisément ce qui rend ce dossier particulièrement délicat pour le futur Exécutif. Il devra négocier sans donner le sentiment de détricoter systématique- ment ce que son prédécesseur a construit. Il devra entendre les reven- dications d'une profession indispensable au fonctionnement de la justice sans laisser s'installer l'idée qu'une mobilisation prolongée suffit à obtenir la réouverture d'une loi fraîchement promulguée. Et il devra, surtout, remettre le justiciable au centre d'un conflit dont il supporte une bonne partie des conséquences. Sacré cadeau de bienvenue ! u

ECONOMIE

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Marchés publics : Les nouvelles règles du jeu se précisent Pouvoir d’achat : Ce qui coûte réellement plus cher aux ménages Entretien avec Ali Ghanbouri : Elections législatives, «Le Maroc doit passer d’une logique de croissance à une logique de développement inclusif» Immobilier : Une reprise encore fragile, les professionnels restent optimistes Entretien avec Saïd Tahiri : Tourisme, «Le véritable enjeu est désormais de transformer la croissance quantitative en création de valeur»

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33 SOCIÉTÉ

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Business de la minceur : L'Ozempic, remède miracle ou dérive ?

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34 HIGH-TECH

Investissement : Les réseaux sociaux, nouveau terrain de chasse des escrocs

22 L'UNIVERS DES TPME

Entretien avec Sofia Kasbaoui : DuMuroSol , «Notre ambition est de faire évoluer l’entreprise vers une plateforme marocaine de solutions»

• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine

• Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL • Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri

VOYONS VOIR

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FINANCES NEWS HEBDO VENDREDI 25 SEPTEMBRE 2026

Croissance

Au-delà de l’effet météo

teur : 3,1%. C'est le rythme auquel progresse- raient les activités non agricoles en 2026 contre 4,5% en 2025. Bank Al-Maghrib explique cette décélération par une évolution moins favorable que prévu de certaines branches, notamment les industries extractives et manufacturières. Le non-agricole devrait toutefois retrouver une croissance de 4% en 2027. C'est probablement ici que se trouve le véritable thermomètre de l'économie marocaine. Car l'enjeu n'est pas seulement de faire 4, 5 ou même 6% une année donnée. Il est de savoir d'où vient cette croissance, combien de temps elle peut durer et ce qu'elle produit réellement. Sur ce dernier point, les signaux sont plutôt encourageants. Au deuxième trimestre 2026, 406.000 emplois ont été créés en glissement annuel et le taux de chômage au sens strict a reculé à 9,5% contre 11,9% dans les villes et 5,4% dans le monde rural. Cette amélioration est certes une bonne nou- velle, mais n’est guère la preuve que la bataille de l'emploi est gagnée. Une croissance durable- ment créatrice d'emplois suppose précisément que les moteurs non agricoles (industrie, services à forte valeur ajoutée, numérique, exportations, investissement privé…) gagnent en puissance pour transformer les poussées conjoncturelles en véritable changement de régime économique.

Or, l'environnement devient plus exigeant. La facture énergétique devrait bondir de 28,4% cette année pour atteindre 138,1 milliards de dirhams. Le déficit du compte courant passerait de 2,4% du PIB en 2025 à 4,6% en 2026. Certes, les exportations de phosphates bénéficient de cours élevés, les recettes touristiques restent dynamiques et les transferts des MRE demeurent solides. Mais l'économie marocaine doit désor- mais composer avec une croissance mondiale moins vigoureuse et une énergie plus chère. Dans ce contexte, le défi est de construire une économie capable de tenir un certain rythme de croissance lorsque la pluie se fait rare, que l'énergie renchérit ou que la demande mondiale ralentit. Cela suppose de déplacer progressive- ment le centre de gravité de la croissance vers l'industrie, les services à forte valeur ajoutée, l'innovation, l'export et surtout l'investissement privé. Bref, vers des moteurs que l'on peut davantage maîtriser que la pluviométrie ou les cours internationaux. Car tous les points de croissance ne se valent pas. Certains tombent du ciel, d'autres se construisent. Les premiers peuvent embellir une statistique pendant quelques trimestres, tandis que les seconds transforment durablement une économie, créent des emplois et améliorent les revenus. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

A près 4,9% en 2025 et 4,4% cette année, la crois- sance devrait tomber à 2,9% en 2027, selon Bank Al-Maghrib. Pourquoi une telle chute ? L'agriculture. En effet, la valeur ajoutée agricole devrait bondir de 16% cette année, portée notamment par une récolte céréalière estimée à 93 millions de quin- taux. Mais Bank Al-Maghrib retient pour 2027 l'hypothèse d'un retour de la production céréa- lière à 50 millions de quintaux. Résultat : la valeur ajoutée agricole reculerait de 7,6%. Et la croissance nationale tomberait à 2,9%. Par D. William

Depuis des décennies, le poids de l’agriculture dans les variations de la croissance reste une constante de l’économie marocaine, avec une pluviométrie qui continue de faire et de défaire une partie du rythme de l’activité. Le problème est que le changement climatique rend cette vieille mécanique de plus en plus inconfortable. Une économie qui ambitionne de franchir un nouveau palier de développement ne peut conti- nuer à voir sa trajectoire de croissance aussi fortement conditionnée par les aléas climatiques. D'autant que derrière le spectaculaire rebond agricole, il y a un chiffre autrement plus révéla-

ÇA SE PASSE AU MAROC

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Maintenance prédictive

Inflation Baisse de 0,3% en août sur un an

OCP Maintenance Solutions s'allie à NTN Europe O CP Maintenance Solutions, filiale du Groupe OCP spécialisée dans la maintenance prédictive, et NTN Europe ont conclu une alliance visant à accélérer le déploiement de solutions de maintenance prédictive basées sur l’intelligence artificielle auprès des industriels européens. Le partenariat, annoncé le 21 septembre 2026, combine l’expertise de NTN Europe dans les roulements et les équipements tournants avec les techno- logies propriétaires i-Sense et i-Predict développées par OCP Maintenance Solutions. L’offre commune couvrira l’ensemble de la chaîne de maintenance : iden- tification des actifs critiques, collecte et analyse des données, diagnostic, aide à la décision et accompagnement des équipes. Les deux partenaires entendent ainsi permettre aux industriels d’anticiper les défaillances, de mieux planifier les interventions et de limiter les interruptions de production. Le déploiement débutera en France avant d’être progressivement étendu à d’autres marchés européens. Cette alliance est l’aboutissement de près d’un an de collaboration entre les deux entreprises, avec notamment des campagnes d’essais conjointes sur des roulements et équipements tour- nants. Des déploiements ont déjà été réalisés au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Pakistan et en Inde. «Les industriels n’attendent plus uniquement des technologies performantes; ils attendent des résultats mesurables», souligne Abdenour Jbili, CEO d’OCP Maintenance Solutions. ■

L ’ indice des prix à la consommation (IPC) a reculé de 0,3% en août 2026 par rapport au même mois de 2025. Cette évolution résulte d’une baisse de 3,9% des prix des produits alimentaires, partiellement compensée par une hausse de 2,5% de ceux des produits non alimentaires. Selon les données publiées par le HCP, les variations annuelles des produits non alimentaires s’échelonnent entre un recul de 0,2% pour la «Communication» et une progression de 7,3% pour le «Transport». Sur un mois, en revanche, les prix repartent à la hausse. L’IPC a progres- sé de 0,8% entre juillet et août 2026, sous l’effet d’une augmentation de 0,9% des prix des produits alimentaires et de 0,7% de ceux des produits non alimentaires. Dans l’alimentaire, les principales hausses concernent les «Poissons et fruits de mer» ainsi que le «Lait, fromage et œufs», dont les prix ont aug- menté de 2,8%. Les «Viandes» affichent une progression de 2,2%, devant les «Légumes» (+1%) et le «Café, thé et cacao» (+0,3%). A l’inverse, les «Fruits» se sont repliés de 1,9%. Du côté des produits non alimentaires, le mouvement est notamment porté par les «Carburants», dont les prix ont bondi de 9,8% en un mois. Enfin, l’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et ceux à tarifs publics, aurait progressé de 0,2% sur un mois et de seulement 0,1% sur un an. ■

BOURSE & FINANCES

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Point Bourse Hebdo Après la secousse, le MASI relève la tête

Evolution de l'indice Masi depuis septembre septembre 2025

I Le MASI a repris 2,75% en deux séances et retrouvé les 18.000 points. Après une semaine de fortes ventes, le marché reprend des couleurs, porté par le retour des acheteurs, le statu quo de BAM et des résultats semestriels qui continuent d’alimenter l’intérêt pour la cote. l n’aura fallu que deux séances au MASI pour récupérer près de la moitié du terrain perdu la semaine dernière. Lundi, l’indice a bondi de 2,27%, effaçant d’un coup les pertes de vendredi. Mardi, il a poursuivi sa progres- sion de 0,48% pour terminer à 18.076 points. La semaine précédente avait coûté 5,49% à l’indice et installé une nervo- sité rarement observée depuis le début du conflit au Moyen- Orient. La séance de lundi a d’ailleurs profité à une large partie du mar- ché. Sonasid a gagné 5,44%, Lesieur Cristal 6,14% et CMT 10%. Mardi, les minières ont de nouveau animé la cote, avec une progression de 3,35% pour Managem et de près de 10% pour CMT. Après plusieurs séances dominées par des ventes tou- chant de nombreux secteurs, les arbitrages entre les valeurs reprennent ainsi progressivement leur place. Par Y . Seddik

TOP Performances

FLOP Performances

Minière Touissit CMG Group Wafa Assurance

-38,37%

+7,32% +6%

Promopharm Auto Nejma Aluminium du Maroc

-11,15%

-10,93%

+1,65%

à 0,7%. Deux chiffres qui résu- ment les arbitrages auxquels elle est confrontée, entre ralen- tissement de l’activité et risques liés à la facture énergétique. Les publications semestrielles prennent, elles aussi, une impor- tance particulière après cette correction. Sonasid, SGTM et BCP ont dévoilé des bénéfices en progression, tandis que d’autres entreprises subissent davantage le renchérissement de leurs coûts. Les investis- seurs disposent ainsi d’informa- tions plus précises pour dépar-

tager les sociétés capables de défendre leurs marges de celles dont la croissance risque d’être absorbée par les charges. La Bourse de Casablanca aborde la suite de septembre dans de meilleures dispositions, sans avoir retrouvé pour autant son environnement d’avant la correction. Le pétrole demeure une source d’incertitude, les taux obligataires ont changé de trajectoire et les prochaines publications pourraient creuser les écarts de performance entre les valeurs. ◆

Les ventes d’OPCVM, la remon- tée des taux obligataires et l’en- volée du pétrole avaient fini par entraîner une bonne partie de la cote. Mais le retour des achats en début de semaine montre aussi la rapidité avec laquelle les investisseurs peuvent reve- nir sur des valeurs corrigées, particulièrement lorsque les résultats des entreprises conti- nuent de fournir des arguments.

Le Conseil de Bank Al-Maghrib est venu conforter cette embellie. Le maintien du taux directeur à 2,25%, largement anticipé, pré- serve un environnement moné- taire relativement accommodant, alors que plusieurs grandes Banques centrales ont repris leur resserrement. BAM a néanmoins abaissé sa prévision de crois- sance pour 2026 à 4,4%, tout en ramenant celle de l’inflation

BOURSE & FINANCES

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BTP coté Des carnets de commandes pleins, des cours sous pression TGCC, Jet Contractors et SGTM disposent ensemble de quelque 76 milliards de dirhams de commandes à fin juin. Leurs dernières publications montrent toutefois des rythmes d’exécution différents, tandis que leurs actions reculent nettement depuis janvier. Par Y . Seddik

enregistrés fin 2025. SGTM améliore ainsi ses marges alors même que son activité ralentit. Les travaux portuaires de Dakhla Atlantique, Nador West Med et Tanger Med ont continué d’avancer au premier semestre. Le groupe attend désormais une production plus soutenue sur les projets récemment lancés, parmi lesquels figure, comme pour TGCC, le nouveau terminal de l’aéroport Mohammed V. Jet Contractors est le seul des trois à publier une hausse de son activité semestrielle. Son chiffre d’affaires consolidé atteint 1,61 milliard de dirhams, en progres- sion de 10,03%, avec un deu- xième trimestre à 835 millions. Son carnet de commandes aug- mente de 39% sur un an, à près de 12,8 milliards de dirhams, dont 30% à l’export. Le groupe mise sur le bâtiment, les travaux publics et l’énergie pour soutenir son développement. Là aussi, la croissance des commandes s’ac- compagne d’un besoin de finan- cement : la dette nette atteint 2,07 milliards de dirhams, en hausse de 28% sur un an, sous l’effet des préfinancements de chantiers et des investissements en leasing. Jet Contractors n’a publié, à ce stade, que ses indicateurs d’acti- vité pour le premier semestre. Son portefeuille lui donne une visibilité au Maroc comme sur plusieurs marchés africains. Pour apprécier la portée de cette crois- sance, il faudra toutefois attendre les comptes semestriels: la pro- gression du chiffre d’affaires ne renseigne pas encore sur celle des marges ou du bénéfice. En Bourse, les carnets fournis n’ont pas empêché une forte correction. À la clôture du 21 septembre, TGCC valait 689,90 DH, Jet Contractors 1.900 DH et SGTM 601,80 DH. Les trois titres affichent des pertes depuis le début de l’année : près d’un quart pour TGCC, environ 28% pour Jet Contractors et 34% pour SGTM. Leurs prochaines publi- cations permettront de mesurer plus précisément la traduction des commandes en chiffre d’af- faires, en bénéfices et en tréso- rerie. ◆

 Les carnets de commandes de TGCC, SGTM et Jet Contractors débordent, mais leurs cours continuent de reculer en Bourse.

L

es grands chantiers continuent d’alimenter l’activité des entre- prises de BTP cotées à la Bourse de Casablanca. À fin juin, les carnets de commandes de SGTM, TGCC et Jet Contractors atteignent respectivement 34,8, 28,4 et près de 12,8 milliards de dirhams. Mais ces contrats n’avancent pas tous au même rythme dans les comptes : TGCC et SGTM affichent un repli de leur activité au premier semestre, alors que Jet Contractors pour- suit sa croissance. Chez TGCC, le produit d’exploi- tation consolidé ressort à 5,24 milliards de dirhams au premier semestre 2026, en baisse de 5,3% sur un an. Le deuxième tri-

mestre marque une amélioration, avec une progression de 1,2%. Le groupe attribue le retrait semes- triel aux conditions climatiques et au démarrage de plusieurs chan- tiers qui n’ont pas encore atteint leur plein rythme de production. Il prévient que cette situation devrait également peser sur la rentabilité du semestre. Les résul- tats semestriels de TGCC ne sont pas encore publiés. Son carnet de commandes gagne 9,3 milliards de dirhams en un an, porté notamment par le nouveau terminal de l’aéroport Mohammed V, le Grand Stade de Benslimane et la ligne à grande vitesse Casablanca-Marrakech. Cette montée en charge mobilise déjà des fonds : l’endettement net est passé de 610 millions de dirhams à fin 2025 à 2,08 milliards à fin juin 2026. TGCC relie cette hausse au besoin de financement des chantiers en phase de lan-

cement. Les prochaines publica- tions diront à quel rythme ces projets alimenteront l’activité et comment évoluera la dette pen- dant leur exécution. SGTM présente un profil diffé- rent, puisque son chiffre d’affaires consolidé recule de 7,2% à 6,6 milliards de dirhams, après une année 2025 marquée par la livrai- son de grands projets. Le groupe explique que plusieurs nouvelles opérations, dont le terminal de l’aéroport Mohammed V et le bar- rage Bou Ahmed, sont encore dans leurs premières phases d’exécution. En revanche, sa ren- tabilité progresse : l’EBITDA aug- mente de 13% à 1,42 milliard de dirhams, et le résultat net conso- lidé de 7,3% à 793 millions. La marge d’EBITDA atteint 21,4% contre 17,6% un an plus tôt. Son carnet de commandes reste élevé, à 34,8 milliards de dirhams, légèrement sous les 35,1 milliards

SGTM a amélioré son bénéfice de 7,3% au premier semestre, malgré un chiffre d’affaires en baisse de 7,2%.

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du PIB en 2025 à 4,6% cette année. Dans ces conditions, réduire encore le loyer de l’argent reviendrait à soutenir la demande au moment où les importations pèsent déjà lour- dement sur les comptes exté- rieurs. Parallèlement, la croissance de 4,4% donne également une image flatteuse d’une activité beaucoup plus contrastée. Elle doit largement son niveau au rebond de 16% de la valeur ajoutée agricole, favorisé par une récolte céréalière estimée à 93 millions de quintaux. Hors agriculture, le rythme ralentirait de 4,5% en 2025 à 3,1% en 2026, avec des performances moins favorables que prévu dans les industries extractives et manufacturières. Or, ce soutien agricole disparaî- trait en 2027. Sous l’hypothèse d’une récolte moyenne de 50 millions de quintaux, la valeur ajoutée du secteur reculerait de 7,6%. Même avec une reprise des activités non agricoles à 4%, la croissance nationale retomberait à 2,9%. La révision opérée par BAM ne signale donc pas un arrêt de l’économie, mais une composition moins solide de la croissance en 2026 et une année 2027 de nouveau tribu- taire des aléas agricoles. De son côté, le crédit ne montre pas encore les signes d’un financement trop restrictif. BAM prévoit une accélération des concours bancaires au secteur non financier de 4,8% en 2025 à 8,1% cette année, avant un retour à 6,1% en 2027. Une nou- velle baisse du taux directeur aurait offert un soutien supplé- mentaire à une demande de crédit déjà appelée à repartir fortement. Dans ce contexte, à 2,25%, la Banque centrale ne cherche ni à refroidir davantage l’économie ni à lui administrer une nouvelle dose de soutien. Elle achète du temps dans une conjoncture où les prix domestiques restent sages, tandis que le baril, le déficit courant et l’inflation sous- jacente attendue en 2027 le sont beaucoup moins. ◆

 Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25%, malgré une inflation attendue à seulement 0,7% et une prévision de croissance ramenée à 4,4% en 2026.

Politique monétaire BAM reste sur ses positions

a presque disparu, mais les agents économiques ne misent pas sur une installation durable des prix à ce niveau. Surtout, le pétrole interdit éga- lement de conclure trop vite au retour d’un environnement désinflationniste. BAM attend désormais le Brent à 87,2 dol- lars le baril en moyenne en 2026, contre 68,2 dollars l’an- née dernière. Les subventions au transport routier et le main- tien des prix du gaz butane et de l’électricité empêchent, pour le moment, cette flambée de se transmettre pleinement au consommateur marocain. B Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur à 2,25% malgré une croissance et une inflation nettement révisées à la baisse, préférant se prémunir contre le pétrole cher, le retour attendu de l’inflation sous-jacente et la dégradation des comptes extérieurs. Par Y . Seddik

ank Al-Maghrib n’a suivi ni la BCE ni la Réserve fédérale, qui viennent toutes les deux de relever leurs taux. Elle n’a pas davantage profité de la faiblesse de l’inflation pour reprendre son cycle d’assouplissement. Réuni mardi, son Conseil a laissé le taux directeur à 2,25%, signant un sixième maintien consécutif depuis la baisse de mars 2025. À première vue, les nouvelles prévisions auraient pourtant pu rouvrir le débat sur une détente monétaire. L’inflation, limitée à 0,3% sur les huit premiers mois de l’année, ne devrait atteindre que 0,7% en moyenne en 2026, contre 1,5% prévu en juin. La croissance, elle, est ramenée de 5,2% à 4,4%. En trois mois,

BAM a donc retiré 0,8 point à chacune de ses deux princi- pales projections. Pour aller dans le détail, le ralen- tissement de l’inflation provient surtout des produits alimen- taires, notamment de l’huile d’olive. La composante sous- jacente, débarrassée des prix les plus volatils, ressortirait même à -0,2% cette année. BAM ne considère toutefois pas cette accalmie comme durable. Dès 2027, l’inflation globale remon- terait à 1,5% et sa composante sous-jacente à 2,2%, sous l’effet de la disparition du soutien ali- mentaire et du maintien d’une inflation importée élevée. Dans le même temps, les anti- cipations des professionnels du secteur financier restent d’ail- leurs proches de 2%, avec une moyenne de 2,1% à huit tri- mestres et de 2,2% à douze trimestres. L’inflation observée

Le choc énergétique n’a cepen- dant pas disparu mais s’est déplacé vers la balance des paiements. La facture énergé- tique augmenterait de 28,4% pour atteindre 138,1 milliards de dirhams, tandis que le défi- cit courant passerait de 2,4%

Dès 2027, l’inflation globale remonterait à 1,5% et sa composante sous-jacente à 2,2%.

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Flambée énergétique Jusqu’où le budget peut-il encaisser le choc ?

A La hausse des prix de l’énergie vient percuter une trajectoire budgétaire déjà étroite. Pour protéger ménages et entreprises, l’Etat remet davantage la main à la poche, tandis que le déficit devrait remonter à 4% du PIB en 2026. Une facture encore absorbable à court terme, mais qui pourrait imposer des arbitrages autrement plus délicats si le choc se prolonge. Par D . William

lors que la trajectoire budgé- taire semblait progressivement se normaliser, la poussée des prix de l’énergie vient rappeler que pour un pays fortement dépendant de ses importations énergétiques, chaque hausse des cours finit tôt ou tard par se répercuter sur les comptes publics. Le dernier diagnostic de Fitch Ratings en fournit une illustra- tion assez nette. L’agence a maintenu la note souveraine du Royaume à BB+ avec perspec- tive stable, saluant notamment la qualité des politiques macro- économiques, les réserves de liquidité extérieure et le soutien des créanciers officiels. Mais cette appréciation globalement favorable s’accompagne d’un avertissement sur l’évolution des finances publiques. En effet, Fitch prévoit désormais un déficit budgétaire de 4% du PIB en 2026 contre 3,5% en 2025. Ainsi, la crise du détroit d'Ormuz et la hausse des cours énergétiques ont fait remon- ter la facture de compensation du butane, prolongé le sou- tien accordé aux profession- nels du transport et nécessité

des transferts supplémentaires vers l'ONEE. Autrement dit, une partie des marges bud- gétaires dégagées ailleurs est immédiatement happée par le choc énergétique. Fitch estime d'ailleurs que ces dépenses supplémentaires absorbent les recettes additionnelles prove- nant des réformes fiscales et de l'amélioration du recouvre- ment. Comme le souligne l’éco- nomiste Mohamed Boiti, «l'Etat marocain mobilise actuelle- ment environ 1,65 milliard de dirhams par mois pour amortir le choc - entre la subvention du gaz butane, le gel des tarifs électriques et les aides directes aux transporteurs -. Le déficit budgétaire dérive déjà vers 4% du PIB selon Fitch, alors que l'objectif initial était de 3%». C’est dire que face à la flam- bée énergétique, l'Etat n'a évidemment pas le luxe de l'indifférence. Laisser les prix internationaux se transmettre intégralement aux ménages et aux entreprises aurait un coût économique et social consi- dérable. Le butane touche directement le pouvoir d'achat, la hausse des carburants se répercute sur une grande par- tie des coûts de production et de transport et l'électricité concerne à la fois les ménages et la compétitivité des entre-

prises. Le bouclier budgétaire joue donc son rôle. Malgré cela, les prix à la pompe ont sensible- ment augmenté. Depuis le 16 septembre, le seuil symbolique des 15 DH le litre a été franchi. A Casablanca, le gasoil s’af- fiche à 15,30 DH le litre et l’es- sence à 15,26 DH. La dernière révision s’est traduite par une hausse de 34 centimes pour le gasoil et de 27 centimes pour l’essence. Le mouvement est d’autant plus significatif qu’il ne s’agit pas d’un ajustement isolé. Depuis la mi-juillet, le gasoil a accumulé environ 2,74 DH de hausse par litre. Plus inhabituel encore, il est désor- mais légèrement plus cher que l’essence dans plusieurs sta- tions. Une inversion qui donne une indication de l’intensité des tensions actuelles sur les pro- duits raffinés. Néanmoins, plus l’Etat cherche à empêcher une transmission trop brutale du choc éner- gétique au pouvoir d’achat, notamment en soutenant cer- taines catégories profession- nelles ou en intervenant sur d’autres composantes de la facture énergétique, plus il déplace une partie de la pres- sion vers le budget. Alors, jusqu'où ce budget peut-il absorber cette facture

sans compromettre les autres priorités ? Combien de temps peut-on simultanément soute- nir le pouvoir d'achat, finan- cer un niveau historiquement élevé d'investissement public et poursuivre la consolidation budgétaire ? Pour Mohamed Boiti, la ques- tion se pose désormais en termes d’arbitrages. «La vraie limite n'est pas arithmétique, elle est stratégique. Tant que les recettes fiscales restent dynamiques et que la crois- sance non agricole tient, l'équation est gérable à court terme. Mais au-delà, l'Etat devra arbitrer entre trois prio- rités concurrentes : maintenir la paix sociale par les subven- tions, financer la généralisa- tion de la protection sociale et préserver les investissements d'infrastructure pour la Coupe du monde 2030. Ce triangle est intenable simultanément», analyse-t-il. L’économiste pointe égale- ment un indicateur qui, selon

Laisser les prix internationaux se transmettre intégralement aux ménages et aux entreprises aurait un coût économique et social considérable.

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d’un risque d’arbitrage sur les dépenses publiques. Selon notre interlocuteur, «le deu- xième est l'effet d'éviction sur l'investissement public : pour financer les subventions éner- gétiques, l'Etat sera tenté de rogner sur les budgets d'infras- tructure et de transition éner- gétique; ce qui ralentirait pré- cisément les investissements qui permettraient au Maroc de réduire sa dépendance aux hydrocarbures». A cela, s’ajoute la question de la compétitivité des entreprises. «Le troisième, souvent sous- estimé, est la perte de compé- titivité industrielle : le gel des tarifs électriques ne peut pas être maintenu éternellement si l'ONEE accumule des pertes. Une revalorisation tarifaire frapperait de plein fouet les secteurs énergivores - ciment, sidérurgie, chimie - au moment même où le MACF européen exerce déjà une pression sur leurs exportations» , fait savoir Boiti. Enfin, la persistance du choc énergétique poserait une question sociale qui dépasse les catégories les plus vulné- rables bénéficiant des méca- nismes de soutien. «Le qua- trième est la fragilisation de la classe moyenne : les aides directes du RSU protègent les plus pauvres, mais la classe moyenne inférieure - exclue de ces dispositifs - absorberait seule le choc d'une inflation structurelle sans aucun filet de sécurité», conclut-il. A tout cela, s’ajoute le fait que la dette de l'administration cen- trale reste élevée. Fitch la voit autour de 67% du PIB en 2028, très au-dessus de la médiane projetée des souverains notés «BB», située à 51%. Cela ne signifie pas que le Maroc se trouve face à une crise de soutenabilité. Ce serait excessif. Cela signifie simple- ment que chaque choc supplé- mentaire réduit un peu la liberté de choisir où ira le prochain Dirham budgétaire. Et c'est peut-être cela le changement le plus important. ◆

 La flambée des prix de l’énergie alourdit la facture de l’Etat et réduit progressivement ses marges de manœuvre budgétaires.

lui, montre les limites du dis- positif actuel. «Le signal le plus révélateur : le budget annuel de la Caisse de compensation pour 2026 a été quasi épuisé en sept mois. C'est la preuve que le modèle actuel n'est pas sou- tenable. La transition vers un ciblage strict des ménages vul- nérables - plutôt qu'une sub- vention universelle inefficace - n'est plus une option, c'est une nécessité budgétaire» , dit-il. Pour l'instant, Fitch considère le choc comme temporaire. L'agence anticipe un retour du déficit à 3,4% du PIB en moyenne en 2027-2028, avec la normalisation attendue des prix énergétiques et la dispari- tion progressive des dépenses exceptionnelles liées à la crise. C'est le scénario confortable. Mais que se passera-t-il si le temporaire dure ? Le risque de la durée Les finances publiques maro- caines disposent encore d'amortisseurs. Le FMI estimait

au printemps que le Royaume possédait des fondamentaux et des marges de politique éco- nomique lui permettant d'ab- sorber le choc. Il projetait alors une croissance de 4,4% pour 2026 et soulignait l'importance de la bonne tenue des recettes pour reconstituer progressive- ment les marges budgétaires. Depuis, l'environnement s'est dégradé. Fitch ne prévoit plus que 4% de croissance cette année après 4,9% en 2025. Sur le front extérieur, l'agence voit le déficit courant atteindre 3,8% du PIB contre 2,5% en 2025, sous l'effet notamment du renchérissement de l'éner- gie et d'une demande euro- péenne plus faible. Pris séparément, aucun de ces indicateurs n'a quelque chose d'alarmant. Leur combinaison est plus intéressante. Moins de croissance, davan- tage de déficit budgétaire et un déficit extérieur qui se creuse: c'est exactement le type de configuration dans laquelle les

marges de manœuvre com- mencent à se réduire. Et si les prix de l’énergie devaient s’installer durable- ment à des niveaux élevés, les conséquences dépasseraient la seule question budgétaire. Mohamed Boiti identifie quatre risques structurels particulière- ment sérieux. «Le premier est la pression sur la balance des paiements et les réserves de change : le Maroc importe plus de 90% de ses besoins éner- gétiques. Une facture durable- ment élevée aggrave mécani- quement le déficit courant et, si les recettes du tourisme ou les transferts des MRE ne com- pensent pas, c'est la stabilité du Dirham qui sera menacée à terme» , souligne-t-il. Cette vul- nérabilité extérieure se double

Combien de temps peut-on simultanément soutenir le pouvoir d'achat, financer un niveau historiquement élevé d'investissement public et poursuivre la consolidation budgétaire ?

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s’il existe encore des lacunes à combler, particulièrement les aspects qui touchent la préférence nationale. Les entreprises maro- caines font face à une concur- rence particulièrement intense de la part des entreprises étrangères, notamment chinoises et turques. Celles-ci bénéficient d’un soutien conséquent de leur pays respectif, qu’il s’agisse de l’accompagne- ment technique et logistique, de l’approvisionnement en intrants ou d’autres formes d’appui», souligne El Mouloudi Benhamane, pré- sident de la Fédération nationale du bâtiment de travaux publics (FNBTP). Mohamed Dahbi, président de l’Association des petits promo- teurs, s’est félicité, pour sa part, de cette réforme. Il estime que «pour remporter un marché public, il fallait avoir une assise financière solide et des références techniques et administratives que seuls les grands groupes et les structures de renom peuvent avoir. La réforme envisagée per- met aux PME et aux auto-entre- preneurs, particulièrement ceux des régions, de soumissionner aux appels d’offres et de remporter des contrats afin de ne pas être que des sous-traitants» , précise- t-il. Par ailleurs, le nouveau décret met davantage l’accent sur la rationa- lisation des dépenses publiques. Dans cette logique, l’attribution des marchés privilégie le critère du moins-disant plutôt que celui du mieux-disant. Le texte entend également renforcer l’équité entre les différents candidats à la com- mande publique. Il vise notam- ment à faciliter l’accès des PME, des TPE et des auto-entrepre- neurs aux appels d’offres, à tra- vers le relèvement du seuil requis. Le dispositif prévoit, en outre, que les candidats puissent éva- luer leurs offres financières sur la base d’un montant permettant de neutraliser les différences de traitement fiscal. Cette disposition prend notamment tout son sens lorsque l’un des soumissionnaires bénéficie d’un régime particulier en matière de TVA, susceptible de créer un déséquilibre dans la comparaison des offres. ◆

 Pour affronter la concurrence étrangère, les opérateurs marocains du BTP veulent consolider

le principe de la préférence nationale.

Marchés publics Les nouvelles règles du jeu se précisent

niers ont fait part de nombreuses remarques et recommandations au cours de ces trois dernières années marquées par l’application du décret 2-22-431. Le nouveau texte de loi donne plus de précisons concernant les responsabilités de chaque inter- venant pour permettre plus de facilité dans la maîtrise d’ouvrage déléguée. Ce texte insiste sur la rationalisation des achats dans les appels d’offres et les contrats sou- mis à la législation normale. L Pour donner plus de transparence et d’efficacité aux marchés publics, un nouveau décret est en préparation. Ce texte de loi vise à permettre aux PME et aux auto-entrepreneurs de prendre part aux appels d’offres. L’objectif est de cibler également les entreprises dans les régions pour soutenir l’économie locale. Par C . Jaidani

e renforcement et la modernisa- tion du cadre juridique des mar- chés publics se poursuit. Après le lancement du décret 2-22-431 en 2023, un nouveau décret com- plétant et modifiant ce texte est dans le pipe. Un avant-projet de loi est actuellement soumis à la consultation publique sur le site du secrétariat général du gouverne- ment (SSG) avant d’atterrir sur le circuit législatif. L’objectif du nou- veau décret est de répondre aux doléances des différents interve- nants dans le processus de passa- tion des marchés publics, notam- ment les maîtres d’ouvrage et les prestataires, particulièrement les opérateurs économiques. Ces der-

vices de gardiennage, d’hygiène et d’entretien des locaux adminis- tratifs. Cette réforme veut égale- ment accorder plus d’importance à l’aspect territorial pour renforcer le tissu entrepreneurial dans les régions afin de soutenir l’écono- mie locale et promouvoir l’emploi. A cette fin, les entreprises qui s’activent dans la région où existe le projet seront privilégiées. «Le nouveau décret a pris en considération de nombreuses remarques que nous avions for- mulées auparavant, notamment pour ce qui est des conditions de transparence et d’équité. Ainsi, le cadre juridique relatif aux marchés publics a été modernisé, même

La réforme veut renforcer l’ap- proche sociale, surtout dans l’évaluation des travaux pour le maître d’ouvrage concernant les appels d’offres relatifs aux ser-

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Pouvoir d’achat Ce qui coûte réellement plus cher aux ménages D Carburants autour de 15 DH le litre, prix alimentaires globalement plus modérés mais toujours élevés sur certains produits : le sentiment de vie chère ne se traduit pas par une hausse uniforme de tous les prix. Derrière l’inflation moyenne se cachent des évolutions très différentes selon les postes de dépenses. Par K. A.

une diminution sur un an ne signi- fie pas nécessairement un retour aux niveaux observés avant les fortes poussées inflationnistes des années précédentes. Une inflation faible qui ne dit pas tout C’est tout le paradoxe de la période. En août, l’indice général des prix à la consommation a augmenté de 0,8% sur un mois, tout en restant en baisse de 0,3% sur un an. Mais toutes les dépenses n’évoluent pas de la même manière. Toujours selon le HCP, la division «Transport» affichait une hausse de 7,3% sur un an en août. Surtout, les carburants ont aug- menté de 9,8% entre juillet et août, tandis que les hausses intervenues en septembre ne sont pas encore visibles dans cet indice. Il existe donc toujours un décalage entre la photographie statistique disponible et ce que paient actuellement les automo- bilistes. Par ailleurs, selon l’Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 2022-2023 du HCP, la dépense moyenne d’un ménage marocain atteignait 83.713 DH par an, soit près de 6.980 DH par mois. L’alimentation représen- tait 38,2% des dépenses, contre 5,8% pour le transport. Ces moyennes cachent cepen- dant de fortes disparités. Un ménage sans voiture ne subit évidemment pas le même choc qu’un foyer utilisant quotidien- nement un véhicule diesel. Pour ce dernier, la seule hausse du gasoil depuis début juillet peut représenter entre 135 et 270 DH supplémentaires par mois, selon son niveau de consommation. Et il ne s’agit que de l’effet direct. Si le carburant reste durablement cher, la pression peut progressi- vement se transmettre aux coûts de transport des marchandises, aux livraisons et à certains ser- vices. Le pouvoir d’achat ne se résume donc pas au taux d’inflation. Une inflation moyenne faible peut parfaitement coexister avec une hausse importante d’une dépense difficilement compressible. ◆

epuis le début de l’été, les ménages marocains font face à une nouvelle séquence de ten- sions sur leur budget, avec un poste qui se détache nettement : les carburants. À Casablanca, le litre de gasoil était fixé autour de 12,60 DH début juillet. Après plusieurs révi- sions successives, il dépassait 15,30 DH à la mi-septembre. La hausse approche ainsi 2,70 DH par litre en un peu plus de deux mois, soit plus de 20%. Pour le portefeuille, l’effet est immédiat. Un plein de 50 litres coûte désor- mais environ 765 DH, contre près de 630 DH début juillet, soit quelque 135 DH supplémen- taires. Pour un automobiliste qui consomme 80 litres par mois, le surcoût atteint environ 216 DH. À 100 litres mensuels, il approche 270 DH. Ces montants ne consti- tuent pas une moyenne natio- nale de consommation, mais permettent de mesurer concrè- tement l’effet de la hausse à la pompe.

Cette pression sur les carbu- rants n’est d’ailleurs pas nouvelle dans le débat public. Dès le mois d’avril, Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances, reconnaissait devant la Chambre des représentants les effets de la hausse des prix énergétiques sur les ménages. Elle avait notam- ment souligné que le gouver- nement était conscient de ces répercussions sur «les coûts de transport et les chaînes d’appro- visionnement», ainsi que de leur impact sur le pouvoir d’achat. La question est d’autant plus sensible que le Maroc reste forte- ment dépendant des importations de produits pétroliers. Le Conseil de la concurrence rappelle que les fluctuations des cotations internationales du gasoil et de l’essence influencent les condi- tions d’approvisionnement et les prix sur le marché national. Entre le 1 er mars et le 16 mai 2026, l’institution avait ainsi constaté une hausse cumulée de 4,18 DH/ litre du prix du gasoil à la pompe, contre 4,24 DH pour les cotations

internationales de référence. Sur la question des mécanismes de soutien, Ahmed Rahhou, pré- sident du Conseil de la concur- rence, défendait en mai dernier une approche fondée davantage sur le ciblage que sur une sub- vention généralisée. Invité des «Nuits de la Finance» organisées par Finances News Hebdo, il expliquait qu’ «une subvention sur le carburant profite davantage à celui qui consomme le plus» , estimant que «les aides directes permettent de mieux cibler les ménages qui en ont réellement besoin et que les stocks stra- tégiques de carburants doivent avant tout servir à prévenir les pénuries et non à réguler artifi- ciellement les prix». Sur l’alimentation, le constat reste beaucoup plus nuancé. Selon les dernières données nationales disponibles du HCP, celles d’août 2026, les prix alimentaires ont augmenté de 0,9% par rapport à juillet, tout en reculant de 3,9% sur un an. Dans le détail, le HCP relevait des hausses mensuelles de 2,8% pour les poissons et fruits de mer ainsi que pour le lait, le fromage et les œufs, de 2,2% pour les viandes, de 1% pour les légumes et de 0,3% pour le café, le thé et le cacao. En revanche, les prix des fruits ont diminué de 1,9%. Ainsi, la tendance montre un rebond men- suel en août, après la baisse observée en juillet, alors que les prix alimentaires restent globa- lement inférieurs à leur niveau d’un an auparavant. Cela n’em- pêche pas certains produits de rester chers ou de connaître des hausses ponctuelles. Et surtout,

 Depuis le début de l’été, la hausse des prix du gasoil pèse directement sur le budget des ménages motorisés.

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