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FINANCES NEWS HEBDO [ HORS-SÉRIE N°35 ]

6 Transformation digitale

78 Système bancaire

Digitalisation de l’économie : Le Maroc numérique en marche Maroc Numéric 2013 : Une première stratégie au bilan mitigé Maroc Digital 2020 : Pour l’émergence d’une véritable économie numérique Entretien avec Moulay Hafid Elalamy : MHE fait un premier bilan Agence de développement du digital : Les professionnels réclament une vision claire Entretien avec Youssef El Alaoui : «La réactivité techno-règlementaire fait toujours défaut au Maroc» E-gov : Un essor encore loin d’être homogène Fisc : Un modèle d’administration 100% digitale Douane : La dématérialisation, un enjeu majeur pour l’ADII Sécurité sociale : Cap sur le tout digital pour la CNSS Conservation foncière : L’ANCFCC poursuit la digitalisation de ses process Numérique : Un vecteur d’inclusion sociale Accès aux services de base : Quand le numérique change la donne E-santé : Le Maroc prend enfin le virage numérique Banques : A quoi ressembleront les GAB du futur Microfinance : Un secteur rattrapé par la digitalisation Monétique : «2019 sera l’année du décollage du paiement sans contact» PME : Entre marche forcée et retard pénalisant Banques : 2018, grande année de disruption Entretien avec Mohamed Saad : «Le secteur de la finance vient en tête des domaines les plus touchés» Big Data : La nouvelle roue motrice des banques Entretien avec Issam El Alaoui : «Pour une connaissance client affinée» Disruption : Vers une plateforme blockchain nationale Entretien avec Ahmed Rahhou : Technologies d’autonomisation/ Intelligence artificielle, ce que ça rapporte aux banques Assurances : Le digital au service de l’inclusion financière Entretien avec Khalid Aouzal : «Les intermédiaires seront au rendez-vous» Entretien avec Mohamed Najib Boulif : «L’acquéreur d’une voiture pourra avoir sa plaque d’immatriculation dès l’achat»

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La rentabilité toujours au rendez-vous Banques participatives : Quel bilan après un an d’activité ? Start-up : Démarrage prometteur du Fonds Innov Invest

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84 Immobilier

Entretien avec El Mokhtar Bedraoui : Association Oum Keltoum : «Notre action a permis de changer la vie de personnes défavorisées» 88 Société Le secteur dans l’expectative Le Groupe Mfadel fait sensation au Smap Immo 2018 de Paris

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Automobile : Le secteur en plein dedans ! Tourisme : Un businessmodel redéfini

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EDITO

Directeur Général, responsable de la publication Fatima Zahra OURIAGHLI Directeur des rédactions & développement David William Rédacteur en chef Amine Elkadiri Journalistes Charaf Jaidani (Resp. rubrique Automobile) Leïla Ouriaghli Adil Hlimi Momar Diao Youssef Seddik Révision Mohamed Labdaouat Directeur technique & maquettiste Abdelillah Chamseddine Mise en page Zakaria Beladal Opératrice Fatiha Aït Allah Assistantes de direction Souad Aït Brahim Amina Khchai Département commercial Salma Benmakhlouf Samira Lakbiri Édition J.M.A CONSEIL

es technologies numériques peuvent être sources de transforma- tion, en favorisant notamment l’inclusion, l’efficacité et l’inno- vation, entre autres, du fait de l’ouverture large de l’informa- tion, des potentiels de création de biens informationnels et de la démocratisation de l’information en général. C’est ce que dit la Banque mondiale dans l’un de ses rapports. Aujourd’hui, l’économie digitale mondiale est une réalité à laquelle aucun pays ne saurait se soustraire. Au Maroc, plus que jamais, le développement du numérique est inscrit en priorité Le train du digital dans l’agenda du gouvernement. Une priorité incarnée par le Plan Maroc Digital 2020, porté par l’Agence de développement du digital créée à cet effet, et qui a pour L

mission de mettre en œuvre la stratégie de l’Etat en matière de développement du digital et de promou- voir la diffusion des outils numériques et la démocra- tisation de leur usage auprès du citoyen. Ce Plan se fixe quatre principaux objectifs : réduire de 50% la fracture numérique, mettre en ligne 50% des démarches administratives, connecter 20% des PME et positionner le Royaume comme première pla- teforme numérique d’Afrique. Les objectifs fixés sont très ambitieux, à la hauteur des ambitions de modernisation de l’économie natio- nale. Mais largement à notre portée. Actuellement, comme nous le confirme le ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, Moulay Hafid Elalamy, «la stratégie digitale est en cours de déploiement, en

Au Maroc, plus que jamais, le développe- ment du numérique est inscrit en priorité dans l’agenda du gouverne- ment.

Impression Maroc Soir Distribution

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partenariat avec les acteurs publics et privés concernés» . Non sans préciser, entre autres, qu’on compte en ce moment près de 80 e-services administratifs opération- nels développés au profit du citoyen et des entreprises. Bref, si il est mené à terme, ce Plan devrait permettre au Maroc de franchir un cap majeur dans la transformation digitale de son économie. Sauf que dans le train du digital, il faudrait embarquer tout le monde. Pour ne pas creuser les distorsions et créer un Maroc à deux vitesses. Et c’est cela l’un des principaux défis à relever. Bonne lecture !

Fax : (0522) 98.40.22 Site web : www.fnh.ma

F. Ouriaghli

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Digitalisation de l’économie

Le Maroc numérique en marche Le Maroc est résolu à accélérer sa transformation numérique : celle-ci touchera les secteurs critiques de l’économie nationale, dont la logistique portuaire, la gestion urbaine, la santé et le commerce, ainsi que les PME. Le secteur financier est l’un des exemples les plus frappants du processus de transformation digitale de l’économie nationale.

‘‘N ous sommes passés de l’Homo erec- tus à l’Homo numericus». C’est ce que dit un célèbre banquier de la place, Ahmed Rahhou, PDG de CIH Bank, pour ne pas le citer. Numérisation, dématérialisation,

la société, de nos comportements, habitudes… à la faveur notamment d’une incroyable révolution numé- rique qui a complètement boule- versé les économies du monde. Aujourd’hui, la transformation digi- tale monopolise les débats. Et sus- cite nombre de questionnements. Car si tout le monde s’accorde à dire, aujourd’hui, qu’il ne faut pas rater le train du digital, on consent, tout autant, que l’on ne sait pas vraiment où va nous mener cette transformation digitale. Dans quelle

transformation digitale, blockchain, fintechs…, sont autant de mots nouveaux qui s’invitent dans le langage courant, mais qui, surtout, induisent de profonds changements technologiques, et plus globalement de l’approche que l’on a du monde économique dans sa globalité. Car, en moins de 50 ans, s’est opérée une véritable mutation de

Le secteur financier en vedette

Incontestablement, le secteur financier est l’un des exemples les plus frappants du processus de transformation digitale de l’économie marocaine. En tant qu’administration, la Direction générale des impôts (DGI) incarne parfaitement ce choix de la transformation numérique. Elle s’est ainsi fixée comme objectif d’être une «véritable administration connectée». Parmi les chantiers qu’elle a menés à terme, il y a la généralisation, en 2017, des télédéclarations et télépaiements à l’ensemble des entreprises. Elle a aussi développé de nouveaux services web et mobiles pour offrir à ses usagers plus d’autonomie et de simplicité. Ces mutations profondes ont ainsi impacté son mode de fonctionnement, la dématérialisation ayant permis de libérer des ressources humaines qui peuvent s’investir dans des tâches à plus forte valeur ajoutée. Ce processus de digitalisation de la sphère financière, le ministre de l’Economie et des Finances, Mohamed Boussaid, en fait une analyse lucide. «Cette digitalisation croissante sur le secteur financier n’est pas due uniquement à la forte augmentation des actifs et des opérations financières, elle est aussi la conséquence d’une mutation technologique qui s’est accélérée, notamment avec la démocratisation d’Internet et des réseaux sociaux, et qui va de plus en plus influencer le fonctionnement de la sphère financière», affirme-t-il en substance. «Aussi, la digitalisation ne peut plus être appréhendée uniquement sur les aspects de maîtrise technologique, de gestion de la transition et de sécurisation des systèmes d’information. Elle doit plutôt être appréhendée comme un facteur profond de mutation qui va bouleverser tous les métiers de la finance et qui nécessite une véritable stratégie. Cette stratégie technologique à laquelle les régulateurs, les opérateurs et le monde économique et académique doivent s’associer, devra prendre en considération nos ambitions en matière d’intégration et de coopération régionale», ajoute-t-il.

gare va-t-elle s’arrêter ? C’est là toute la question.

Un processus irréversible Le train numérique, le Maroc l’a aussi pris, conscient que cette nou- velle donne induit forcément la nécessité de réinventer un nouveau modèle en se basant sur les nou- velles technologies, et afin de pou- voir exploiter de manière efficace et optimale les données numérisées. Ce processus en marche est irréver- sible, et reste perceptible dans sa déclinaison au niveau de l’adminis- tration marocaine, à travers la stra- tégie Maroc Digital 2020. L’objectif de cette stratégie est clair : offrir des services publics efficaces et de qualité à travers un traitement simplifié et automatisé de l’infor- mation. Il s’agit ainsi de réduire considé- rablement la fracture numérique, grâce notamment à la réalisation de 50% des démarches administratives

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La DGI a généra- lisé, en 2017, les télédéclarations et télépaiements à l’ensemble des entreprises.

semble bien circonscrit, l’objectif étant d’utiliser les projets e-gou- vernement pour moderniser l’admi- nistration et les collectivités locales au service des citoyens et des entreprises. Il s’agit d’exploiter les

technologies de l’information et de la communication pour reconfigurer en profondeur les processus, les rendre efficaces et efficients, totale- ment orientés au service du citoyen et de l’entreprise, indique-t-on. u

par Internet et la connexion de 20% des PME marocaines. «Nous avons une réelle opportunité de faire la différence avec la straté- gie nationale Maroc Numeric 2020, qui est un facteur de succès déter- minant. L’un de ses objectifs straté- giques est l’accélération de la trans- formation numérique du Maroc en s’appuyant sur le volet e-Gov, avec une vingtaine de projets structurels, dont 80% ont pour vocation une transformation profonde des pro- cessus administratifs. Il y a aussi la résorption de la fracture numérique, car il s’agit de réduire de moitié la proportion de Marocains qui n’ont pas accès à Internet et de porter à 20% le taux de PME équipées d’une connexion» , nous confiait à ce titre la présidente de la Fédération maro- caine des technologies de l’informa- tion, des télécommunications et de l’offshoring (APEBI), Saloua Karkri- Belekziz. «La transformation digi- tale touchera les secteurs critiques de l’économie nationale, que sont la logistique portuaire, la gestion urbaine, la santé et le commerce, ainsi que les PME. Ainsi, le déploie- ment de la stratégie, l’opérationna- lisation des chantiers et la diffusion de l’usage des services numériques seront déterminants pour faire entrer le Maroc dans l’économie digitale» , analyse-t-elle. Du côté du ministère de tutelle, tout

Pour le paléoanthropologue Pascal Picq, qui intervenait lors d’un colloque organisé à Casablanca, ce n’est pas la première fois que le monde est confronté à un tel bouleversement. Toutes les grandes phases de l’évolution de l’humanité ont eu des impacts conséquents sur le mode de vie de nos sociétés. C’est le cas de la révolution industrielle avec, entre autres, l’apparition des bateaux à vapeur et le boom ferroviaire, des trente glorieuses, période de forte croissance économique caractérisée par l’émergence des classes moyennes, ou encore de ce que Picq appelle la troisième révolution industrielle, à savoir le 5 ème cycle de Kondratieff (théorie des cycles économiques développée par l’économiste russe), annonciateur d’une nouvelle ère de prospérité. Ce dernier, caractérisé entre autres par l’émergence de la toile et des réseaux sociaux, aura permis à au moins 1 Md de personnes de sortir de l’extrême pauvreté. Mais la montée en force du numérique n’a pas le même impact partout. «Elle s’est accompagnée d’une détérioration de la classe moyenne en Europe», fait remarquer Pascal Picq, non sans noter que tout cela impacte la gouvernance mondiale. Aujourd’hui, la question posée est de savoir quel modèle mettre en place pour accompagner cette évolution, surtout dans un monde happé par ce que Picq appelle l’«appisation» (toutes ces applications pratiques que l’on utilise dans notre quotidien pour choisir un restaurant, prendre le train…), et où se côtoient intelligence artificielle, big data, blockchain, robotisation, startupisation, imprimantes 3D… Pascal Picq dit à ce titre que «nous co-évoluons et la troisième co-évolution est en marche». «Plus un écosystème est riche et complexe, plus les espèces se rendent des services mutuels, plus ce système est pérenne et résiste à des espèces invasives, et chaque acteur reçoit plus que s’il agissait seul», explique-t-il. Par ailleurs, souligne Picq, «les espèces qui survivent ne sont pas les plus fortes ni les plus intelligentes, mais celles capables de s’adapter». En clair, aujourd’hui, dans ce monde frappé par la transformation digitale, seules survivront les entreprises créatives et innovantes. De la révolution industrielle à la révolution numérique

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Maroc Numéric 2013

Une première stratégie au bilan mitigé

L a première stratégie digitale mise en œuvre par le Maroc remonte à 2008, avec le lancement de la stratégie nationale «Maroc Numéric 2013». Ce plan avait pour vision de positionner le Maroc parmi les pays émergents dynamiques dans le domaine des technologies de l’information, et de placer le Royaume comme un hub tech- nologique, générateur de richesses et de développement économique. 4 priorités stratégiques avaient alors été identifiées : la transformation sociale, les services publics orientés usagers, la pro- ductivité de la PME et le développement de l’industrie IT. Parallèlement à ces priorités stratégiques, 2 mesures d’accompagne- ment ont été déployées, à savoir la forma- tion du capital humain et la mise en place d’un cadre législatif adéquat. Les objectifs fixés à l’époque parlaient de la création, sur la période 2008 et 2013, de 26.000 emplois additionnels, d’un PIB additionnel direct de 7 milliards de DH, d’équiper 100% des établissements sco- laires, ainsi que la mise en œuvre d’une centaine de projets e-gov. Quel bilan dresser de cette première tenta- tive marocaine de faire du numérique un véritable levier de croissance, de création de richesses et de développement ? Tout n’est pas à jeter dans la première stratégie développée par le ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies. Si globalement les objectifs chiffrés n’ont pas tous été atteints, parler d’échec est un poil excessif.

Les objectifs en matière d’équi- pement des PME en SI profession- nels, à travers le programme Moussanada TI, sont l’un des plus grands échecs de Maroc Numéric 2013.

Globalement, les professionnels sont d’ac- cord pour dire que Maroc Numéric 2013 a enregistré des résultats mitigés. Certains objectifs n’ont pu être atteints. C’est le cas essentiellement pour le volet e-gov, qui a accusé beaucoup de retard, comme l’avais souligné un rapport de la Cour des comptes en 2014. Idem pour le volet des PME et celui de l’équipement des établis- sements scolaires publics, qui ont enregis- tré des résultats très en deçà des attentes. Des avancées tout de même Néanmoins, tout n’est pas à jeter. Des avancées probantes ont pu être atteintes. Ainsi, Maroc Numéric 2013 a permis la créa- tion de 26.000 emplois additionnels entre 2008 et 2013. Par ailleurs, l’équipement des foyers a connu une nette amélioration, avec un ratio de 1 foyer sur 3 connectés, contre seulement 1 sur 10 au démarrage de la stratégie. Par ailleurs, sur le plan du classement du Maroc dans les indices TIC internatio- naux, notamment celui du World Economic Forum (WEF);

qui comporte le «Networked Readiness Index» permettant de juger de la capacité d’un pays à utiliser au mieux les TIC dans son développement, le Royaume est passé de la 86 ème place mondiale en 2008 à la 78 ème en 2015. Entre 2010 et 2012, le Maroc a gagné 6 places sur l’indice global e-Gouvernement Index des Nations unies, et 48 places sur le sous-indice «services en ligne» . Et entre 2012 et 2014, le Maroc a gagné 38 places sur l’indice global et 26 places sur le sous- indice «services en ligne». Malgré ces résultats mitigés, Maroc Numéric 2013 a eu le mérite de mobiliser les acteurs du secteur et de préparer le terrain à la Stratégie 2020 pour passer la vitesse supérieure et corriger les erreurs. Comme l’a résumé Moulay Hafid Elalamy à l’occasion du dernier Africa IT Expo de Casablanca, «le Maroc a des capacités très largement au-dessus de ce que nous avons été capables de réaliser. Nous sommes un peu au bord de la piscine, mais nous mettons à peine les orteils dans le digital. Il faut vraiment y plonger». u

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Maroc Digital 2020

Pour l’émergence d’une véritable économie numérique

A près les résultats globalement miti- gés du plan Maroc Numeric 2013, le Maroc s’est investi dans un nouveau plan stratégique en vue de dynamiser le développement de l’économie numérique. Ce plan, intitulé stratégie Maroc Digital 2020, a été présenté par Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’investissement et de l’Economie numérique, le 27 juin 2016, en présence du Roi Mohammed VI. Son ambition est d’ancrer de façon irréversible le Maroc dans un proces- sus de transformation digitale globale. Il s’agit aussi d’améliorer le niveau de vie et le bien-être social des citoyens et perfectionner de façon significative les services fournis par l’administration. Des partis pris forts Selon ses concepteurs (ministère de tutelle, en concertation avec les profes- Réduire de 50% la fracture numérique, mettre en ligne 50% des démarches administratives, faire du Maroc le premier hub numérique de la région, connecter les PME, favoriser l’émergence de champions nationaux du numérique, etc. : la stratégie Maroc Digital 2020 veut faire basculer le Maroc, socialement et économiquement, dans une nouvelle ère numérique.

Maroc Digital 2020 ambitionne d’ancrer de façon irréversible le Maroc dans un processus de transformation digitale globale.

présent de greffer un volet numérique à ce positionnement en tant que hub. De quoi favoriser le développement d’un tissu d’acteurs du digital alimentés par les grands projets de numérisation du pays. Cela passe nécessairement par le renforcement de ce que les concepteurs de la stratégie appellent la place Maroc numérique, à travers le lancement de projets d’infrastructures d’envergure (High Speed Data), mais aussi à travers la montée en compétence des res- sources humaines et la mise en place d’un cadre légal adéquat. D’ailleurs, et c’est là un autre parti pris, la stratégie inaugure une rupture dans l’exécution et la gouvernance des projets digitaux avec la création d’une agence dédiée au développement des services publics numériques. Trois piliers fondamentaux Sur le plan opérationnel, ces partis pris ont été déclinés en 3 piliers fondamen- taux : la transformation numérique de l’économie nationale, l’émergence d’un hub numérique régional et la création d’une place numérique Maroc.

sionnels du secteur), la stratégie Maroc Digital 2020 est construite autour de partis pris forts. Le premier est que le développement du numérique est susceptible d’engendrer des effets bénéfiques profonds sur la transformation économique et sociale d’un pays. Le digital peut agir en effet sur l’Etat en réformant en profondeur le mode de fonctionnement de l’Admi- nistration, sur l’économie en procurant un nouveau souffle de compétitivité au tissu des entreprises, et sur la cohésion sociale en réduisant la fracture numé- rique et en encourageant l’engagement citoyen. Pour que cette transformation soit effec- tive, la stratégie a fait le choix d’une logique de focalisation très forte de ne pas se disperser, pour ne pas répéter les erreurs du passé. Cela consiste à se concentrer sur le lancement d’un nombre réduit de projets, mais ayant un impact transformationnel réel. L’autre parti pris de départ est d’ins- crire cette stratégie dans le position- nement affirmé du Maroc en tant que hub régional sur les plans économique, financier et industriel. Il s’agit donc à

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Architecture de la stratégie Maroc Digital 2020

PILIER - I

PILIER - II

La transformation numérique de l’éco- nomie nationale (Pilier I) se décline en trois volets. Le premier concerne le e-gov, et consiste en un soutien à la transformation de l’Administration et à l’accélération de l’exécution des projets de technologies d’information. La modernisation des plateformes IT de l’Etat passe par le développement d’un schéma directeur informatique glo- bal, de l’interopérabilité des systèmes et l’utilisation de centres de données mutualisés. Ce volet doit permettre une rationalisation et une modernisation des «plateformes cœurs» de l’Etat et la créa- tion d’une Agence dédiée aux services publics numériques. Le deuxième volet du Pilier I porte sur la résorption de la fracture numérique, c’est-à-dire des inégalités entre citoyens (mais aussi entre entreprises et entre territoires) face à l’accès au digital. La réduction de cette fracture passe par la connectivité pour tous, des programmes d’enseignement dédiés, la généralisa- tion de l’accès public à la technologie Wifi, en mettant l’accent sur les régions les plus défavorisées et les moins connectées. Enfin, le troisième volet de ce Pilier concerne la transforma- tion intégrée des secteurs critiques de l’économie. Il s’agit principalement des secteurs de la logistique portuaire, de la gestion urbaine, de la santé et du com- merce, avec une attention particulière accordée à la PME. Le Pilier II, à savoir l’émergence d’un hub numérique régional, consiste à

Transformation Numérique de l’Economie Nationale

Hub Numérique Régional

1

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Relance stratégique forte du BPO sur l’Europe

E-GOV

2

3

5

Fracture numerique

Transformations sectorielles intégrées

HUB numérique Afrique francophone

6

ECOSYSTèME NUMÉRIQUE NATIONAL (TISSU D’ACTEURS)

PILIER - III

Place Numérique Maroc

9

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Infrastructures datacom

Force de frappe RH Maroc - Afrique

Réglementation numérique & «Doing IT»

développer l’offre exportatrice numé- rique du Royaume. A ce titre, la stratégie Maroc Digital 2020 a fait de la relance du Business Process Outsourcing (BPO), ou externalisation des processus d’affaires, une priorité. Il s’agit de repositionner le BPO en direction de l’Europe, en encourageant les modèles économiques orientés valeur ajoutée et la mise en place d’une offre promotionnelle avec des incitations spécifiques. Le développement d’un hub numérique régional francophone suppose égale- ment des infrastructures et réseaux physiques communs avec les pays de la région et l’encouragement des talents africains à l’intégration des sociétés marocaines. Quant au Pilier III portant sur la créa- tion d’une place numérique Maroc, il regroupe plusieurs initiatives décisives,

comme doter le Maroc d’une infrastruc- ture Datacom, accélérer l’accès au haut et très haut débit et généraliser l’accès à la data-mobile. La création d’un cadre juridique et régle- mentaire numérique approprié, assurant un niveau satisfaisant de «Doing IT» ; et le développement des compétences en formations en technologies de l’infor- mation font également parti des actions programmées par la stratégie 2020. Des objectifs ambitieux La stratégie nationale pour le digital s’est par ailleurs fixée des objectifs très ambitieux afin d’ancrer de façon déci- sive le Maroc dans l’émergence numé- rique. Ainsi, en ce qui concerne la trans- formation numérique de l’administration publique, elle vise d’ici 2020 le top 3 dans la région Moyen-Orient-Afrique (hors pays du CCG) dans le fameux clas- sement e-Gov des Nations unies, et dans le Doing IT. Autres objectifs avancés : 50% des démarches administratives devront être réalisées et traitées en ligne, réduire de moitié la proportion de Marocains qui n’ont pas accès à Internet et porter à 20% le taux de PME équipées d’une connexion. Notons enfin que la stratégie vise à placer le Maroc à la première place des hubs numériques en Afrique fran- cophone, deuxième en Afrique derrière l’Afrique du Sud, et réaliser une crois- sance annuelle comprise entre 5 et 10% pour l’offshoring. Sur le plan de la for- mation, le nombre de professionnels IT formés au Maroc devra être doublé, pour atteindre 30.000 en 2020. Par ailleurs, la stratégie vise à placer pas moins de 5 locomotives marocaines dans le top 30 africain des entreprises IT. u

Quels financements

Le financement de la stratégie est la somme de quatre sources : 1. Une participation des entreprises du secteur privé lorsque celles-ci participent à des partenariats publics privés (PPP) ou à des groupements interentreprises publics et privés (GIE). Ces modèles se prêtent bien au financement d’infrastructures télécoms, d’infrastructures urbaines pour les smart-cities ou de Datacenter par exemple. Le mécanisme correspond à des dépenses d’investissement consenties partiellement par des opérateurs privés en échange de concessions rémunérées dans la durée. 2. La mobilisation de Fonds spéciaux, tels que le Fonds de service universel des télécommunications (FSUT), ou d’autres fonds de développement comme le Fonds Hassan II pour le développement économique et social ou le Fonds de cohésion sociale. Ces sources conviennent bien, par exemple, au financement d’initiatives à vocation d’équité numérique, de réduction de la fracture numérique, d’accompagnement des TPE… 3. Le financement concessionnel via les bailleurs de fonds du Royaume, dont une partie pourrait être réallouée au volet IT des programmes qu’ils financent. 4. Le Budget de l’Etat, soit par réallocation des lignes budgétaires entre départements, à la faveur d’une redéfinition des priorités, soit via des lignes budgétaires additionnelles.

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Entretien ransformation digitale T

Dans cet entretien, Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique, fait un bilan d’étape de la stratégie digitale 2020 qu’il a lancée en 2016. E-gov, PME, formation, écosystème des start-up, etc. : le point sur les chantiers en cours d’opérationnalisation. MHE fait un premier bilan

Finances News Hebdo : Deux ans après le lancement de la Stratégie digitale 2020, celle-ci a-t-elle atteint son rythme de croisière ? Moulay Hafid Elalamy : La stratégie digitale est en cours de déploie- ment en partenariat avec les acteurs publics et privés concernés. Parmi les mesures importantes préconisées par la stratégie, figurait la création d’une Agence dédiée au développement du digital chargée de l’exécution de la stratégie de l’Etat en la matière. La loi portant création de l’Agence du développement digital a ainsi été adoptée en août 2017, et le premier Conseil d’administration de l’Agence s’est tenu en décembre dernier. 14 chantiers ont été actés à cette occasion, parmi lesquels la digitali- sation de l’administration, du secteur privé et des citoyens, ainsi que les prérequis règlementaires, de forma- tion et d’infrastructure. Ces chantiers sont actuellement en cours d’opéra- tionnalisation. F. N. H. : A mi-parcours de la stratégie, quel bilan peut-on faire du volet E-gov qui vise à dématérialiser 50% des démarches administratives ? M. H. E. : On compte aujourd’hui près de 80 e-services administratifs opé- rationnels développés au profit du citoyen et des entreprises. Je citerai à ce propos la gestion des réclamations en ligne, la gestion des questions par- lementaires, la prise de rendez-vous en ligne, la gestion du courrier, du patrimoine, du workflow,etc. L’ensemble de ces services est en cours de généralisation au niveau des administrations et établissements

publics. Avec les mesures de la stra- tégie digitale, le nombre de services en ligne développés est appelé à augmenter. Le dernier Conseil d’administration de l’ADD a effectivement validé un certain nombre de projets liés à l’e- gouvernement, qui visent la dématé- rialisation des démarches administra- tives, comme la mise en place d’une plateforme d’échanges de données entre administrations.. F. N. H. : Le Maroc a-t-il les moyens (infrastructures, financement, etc.) de devenir une «start-up nation» afri- caine ? M. H. E. : L’écosystème start-up maro- cain est émergent. Plusieurs initiatives récentes vont lui permettre de se développer de manière substantielle, comme la création de l’ADD qui dis- pose d’une direction «Ecosystème digital», le Fonds Innov Invest, les dispositions de la Loi de Finances 2018 qui soutiennent l’entrepreneuriat, le projet de loi sur le crowdfunding. Le Maroc a entrepris, par ailleurs, plusieurs mesures d’ordre juridique, financier, d’infrastructures et de sen- sibilisation/formation pour promou- voir davantage le développement des PME. Pour un écosystème numérique plus performant et attractif, des mesures ciblées sont déployées par l’ADD dans le cadre du chantier «Digital PME» qui prévoit la mise en place d’un disposi- tif complet de digitalisation des PME. F. N. H. : Quelles sont les actions enga- gées ou prévues, dans le cadre de la stratégie 2020, pour doter le Maroc de

Moulay Hafid Elalamy

compétences et de professionnels IT de haut niveau ? M. H. E. : Le développement des compétences est l’un des chantiers prioritaires de la stratégie digitale pour répondre aux besoins croissants du marché. Comme je l’ai mentionné précédem- ment, le Conseil d’administration de l’ADD a acté, entre autres, le chantier «Génération digitale», qui consiste en la mise en place d’un Programme national de formation. La feuille de route de ce chantier est en cours d’élaboration en concertation avec les acteurs concernés. F. N. H. : La stratégie digitale 2020 a pour ambition de faire du Maroc un hub numérique régional. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? M. H. E. : La stratégie «Maroc Digital» vise à positionner le Maroc en hub attractif au niveau régional. La démarche consiste à opérer, d’une part, un repositionnement straté- gique dans certaines filières comme le Business Process Outsourcing d’Europe, avec une approche pro- motionnelle rénovée, et à promou- voir, d’autre part, les activités de hub numérique pour l’Afrique franco- phone, en développant une offre de qualité. u

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Agence de développement du digital

Les professionnels réclament une vision claire

A u cours de ces dernières décen- nies, le Royaume a mis sur pied plusieurs straté- gies sectorielles afin d’augmen- ter le rythme de croissance de l’éco- nomie nationale, qui continue d’être pénalisée par plusieurs contraintes. C’est dans ce contexte qu’a été lan- cée en juin 2016 la stratégie natio- nale intitulée Maroc Digital 2020, un plan sectoriel dont le succès sera étroitement lié à l’Agence de déve- loppement du digital (ADD). L’ADD, établissement public créé par la loi n° 61-16, a tenu son premier Conseil d’administration en décembre 2017, sous la présidence de Saad Eddine El Othmani, chef du gouvernement. C’est dire la jeunesse de la nouvelle entité publique qui aura pour mission principale de pilo- ter la stratégie du plan Maroc Digital 2020. En effet, au regard de la loi 61-16, l’ADD est chargée de mettre en œuvre la stratégie de l’Etat en matière de développement du digital et de promouvoir la diffusion des outils numériques et le développement de leur usage auprès du citoyen. Dans le même ordre d’idées, il est à noter que cette Agence, dont le Conseil La mise en place de l’Agence de développement du digital est globalement bien accueillie. Certaines voix alertent toutefois sur le retard pris dans la définition d’une vision claire.

mier temps pas moins de 14 chan- tiers. Il s’agit, entre autres, de l’adap- tation du cadre réglementaire pour la mise en œuvre des projets digitaux, de la mise en place de la plateforme d’échange de données (interopérabi- lité entre les différentes administra- tions) et de la promotion du digital au sein des PME industrielles. Toujours au rang des priorités, figurent la digitalisation du parcours de l’autoentrepreneur par l’entre- mise d’une plateforme de dématé- rialisation (dépôt de dossiers, mise en réseau avec les clients potentiels, etc.), le renforcement des compé- tences, la création de zones franches digital, ou encore le développement de l’industrie 4.0 au Maroc, Une chose est sûre, la réussite de la stratégie nationale 2020 repose en grande partie sur les épaules de l’ADD, dont l’action sera détermi- nante. u

d’administration regroupe à la fois les représentants des secteurs public et privé, fournit aux opérateurs du secteur numérique l’expertise néces- saire dans l’optique de renforcer leur compétitivité. Interrogé sur l’opportunité de la mise en place de ce genre d’entité dédiée à la promotion du digital, le top management de l’Apebi affirme vou- loir développer un partenariat fort avec le nouvel établissement public. Le but recherché est de rattraper le retard numérique et d’accélérer la mise en œuvre de la stratégie natio- nale en la matière. Du côté de la Fédération présidée par Saloua Karkri-Belkeziz, l’on ne manque pas cependant de faire remarquer qu’une vision claire de l’ADD tarde à sortir et que des efforts allant dans le sens de la mise en œuvre de celle-ci sont nécessaires. Par ailleurs, à en croire la tutelle, la jeune agence lancera dans un pre-

L’ADD est chargée de mettre en œuvre la stratégie de l’Etat en matière de développe- ment du digital.

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Entretien ransformation digitale T

«La réactivité techno-règlementaire fait toujours défaut au Maroc» En matière de développement numérique, le Maroc a réalisé beaucoup de progrès dans certains secteurs. Pour d’autres, du chemin reste encore à faire. Le point avec Youssef El Alaoui, vice-président général de l’Apebi, Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring.

Finances News Hebdo : Comment l’Apebi œuvre-t-elle pour le développe- ment numérique au Maroc ? Youssef El Alaoui : Notre mission est de renforcer le rayonnement et la repré- sentativité de l’écosystème. Ainsi, nous participons activement à l’élaboration des stratégies numériques nationales, comme le Plan Maroc Numeric 2013 et la stratégie Maroc Digital 2020, et nous portons la voix de nos membres et de son écosystème aux pouvoirs publics en participant au débat public afin de maintenir des conditions règlemen- taires et économiques favorables pour le secteur. Nous avons aussi des programmes en faveur de l’innovation et de soutien à la start-up pour qu’elle puisse surmonter les difficultés de démarrage et franchir de nouveaux paliers de développement. F. N. H. : Quelle est votre appréciation sur l’état de l’essor du digital dans le pays en comparaison aux autres Etats de la région MENA ? Y. E. A. : Des secteurs avancent bien et d’autres moins. A mon sens, c’est un problème de règlementation et de

manque d’ambition. La fintech n’est pas assez digitalisée dans notre pays à cause du poids de la réglementation bancaire et financière; idem pour le secteur des assurances qui peut être un créneau de création d’emploi et d’innovation. Les télécoms s’en sortent assez bien du fait de l’agressivité du marché. Sur le e-gov, nous sommes classés 85 ème mondial, mais nous restons parmi les leaders en Afrique. De manière générale, le e-gov a bien démarré, bien qu’il se limite principale- ment aux services de «collecte d’argent» comme les impôts, la douane et le règlement des infractions. Les autres services, plus utiles aux citoyens, sont moins bien lotis, comme les demandes de documents administratifs et les déclarations en ligne. Le retard de l’interconnexion électro- nique entre les administrations reste un frein pour le déploiement à grande échelle des e-services. Le citoyen est obligé de faire le «coursier» entre les administrations. Au niveau régional, nous n’avons pas à nous plaindre, exception faite des

Youssef El Alaoui

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L’Apebi souhaite développer un partenariat avec l’ADD dans le cadre

«service au public» afin de pouvoir développer des services adaptés aux nouveaux usages. Ce qui impliquera une réorganisation et un nouveau pro- cessus pour plus d’efficacité et de transparence. On doit également mieux gérer le volet sécurité et confidentialité des données personnelles. Au final, il ne faut pas tomber dans la fracture numérique, dans la mesure où il faut accompa- gner les usagers et ne pas exclure une grande partie de la société n’ayant pas de culture numérique. Chacun doit y trouver son compte. F. N. H. : Comment avez-vous accueilli la mise en place de l’Agence de dévelop- pement du digital ? Y. E. A. : Nous avons œuvré pour la mise en place de l’Agence de développement du digital (ADD) et nous en sommes satisfaits. L’Apebi souhaite développer un partenariat avec l’ADD dans le cadre de la stratégie Maroc Digital 2020 afin de rattraper le retard enregistré dans le numérique, et d’accélérer et lancer la mise en œuvre de la stratégie 2020 en favorisant l‘investissement dans le

secteur et, surtout, pour former, enca- drer et outiller l’administration et la PME, dans le but de réussir la transi- tion numérique. Maintenant, une vision claire de l’ADD tarde à voir le jour; nous espérons que cela va s’accélérer pro- chainement. F. N. H. : Enfin, selon vous, que gagne- raient l’économie nationale et les diffé- rentes branches d’activité à se digitali- ser davantage ? Y. E. A. : On parle de technologie de rupture, ne pas les adopter risque de rendre certains businessmodels obso- lètes. Et les exemples ne manquent pas. Il y a donc urgence à se mettre à niveau pour protéger notre économie. La digitalisation de l’administration permet la transparence et réduit les intermédiaires, ce qui aura pour consé- quence finale de diminuer considé- rablement la corruption. Elle favorise également l’inclusion sociale en rappro- chant des services à valeur ajoutée aux citoyens comme l’accès aux services financiers sur mobile, la e-santé et la e-éducation. u

pays du Golfe, en particulier les Emirats Arabes Unis qui ont atteint des niveaux de digitalisation avoisinant les 100%, grâce notamment à une réglementa- tion qui évolue au fur et à mesure de l’évolution technologique comme la Blockchain, le Big Data et l’intelligence artificielle. Cette réactivité techno-règle- mentaire nous fait toujours défaut au Maroc. F. N. H. : A votre avis, quels sont les défis du Maroc en matière de dévelop- pement numérique ? Y. E. A. : Le défi de la formation des ingénieurs est réel. Nous en formons 8.000 par an, contre 15.000 pour la Tunisie. C’est insuffisant pour accom- pagner nos ambitions numériques. Sans parler des départs à l’étranger, et ce pour plusieurs raisons. Il faut également adapter la formation aux nouvelles technologies. C’est d’ail- leurs ce que nous essayons de faire au sein de l’Apebi, en partenariat avec les organismes de formation. L’autre challenge est de placer l’usager ou le citoyen au cœur de la stratégie : il faut que le «service public» devienne

de la Stratégie Maroc Digitale 2020.

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ransformation digitale T

E-gov

Un essor encore loin d’être homogène

Le Plan Maroc Digital 2020 vise, entre autres, la mise en ligne de 50% des démarches administratives et la réduction de 50% de la fracture numérique. Le Maroc a certes réalisé un bond en avant en matière d’e-gov, mais l’on assiste à un développement à deux vitesses.

L’ Administration marocaine fait l’objet de plu- sieurs critiques ( b u r e a u c r a - tie excessive, manque d’effi- cacité et de réactivité, etc.). La liste des griefs qui pénalise celle-ci est bien longue. Le numérique et la digi- talisation des procédures administra- tives ne sont pas la panacée, mais ceux-ci contribuent au renforcement de l’efficacité de l’action administra- tive. « La digitalisation de l’administration permet la transparence et réduit les intermédiaires, ce qui aura pour but final de diminuer considérablement la corruption. Elle favorise également l’inclusion sociale en rapprochant des services à valeur ajoutée aux citoyens comme l’accès aux services financiers sur mobile, la e-santé et la e-édu- cation », confie Youssef El Alaoui, vice-président général de l’Apebi, la Fédération marocaine des technolo- gies de l’information, des télécom- munications et de l’offshoring (Voir entretien). L’une des récentes sorties du chef de gouvernement montre la nécessité pour le Maroc de hâter le processus d’implémentation de l’e-gov, qui per- mettrait donc de réduire la corruption au sein de l’administration publique. A en croire Saad Eddine El Othmani, la corruption (malversations, clienté- lisme etc.) fait perdre annuellement

au Royaume l’équivalent de 5% du produit intérieur brut. Ce qui repré- sente la bagatelle de 50 Mds de DH, qui pourraient servir à la construction de 150 hôpitaux équipés et 300 éta- blissements scolaires. Au-delà de cette facture particulière- ment salée, il est utile de rappeler qu’en matière d’e-gov, le Maroc est classé à la 85 ème place mondiale, ce qui lui vaut la stature de pays lea- der du continent africain. De plus, à l’échelle de la région MENA, le Royaume n’est pas en reste, même si certains pays du Golfe, à l’instar des Emirats Arabes Unis, ont atteint un taux de digitalisation de 100%.

sion », confiait Omar Faraj, Directeur général des impôts, sur les colonnes de F.N.H (www.fnh.ma). Notons que le processus de digitalisation du fisc, de nature à améliorer la relation avec le contribuable, devrait être parachevé d’ici fin 2018. Ainsi, les contribuables auront de moins en moins besoin d’arpenter les couloirs du fisc pour se procurer des documents ou procéder

Un développement à deux vitesses

Concernant le e-gov, le Maroc affiche un développement à deux vitesses. Ainsi, les administrations qui sortent du lot ont trait aux services de col- lecte des recettes publiques. A ce titre, il y a lieu de citer les chan- tiers menés par l’administration des douanes et des impôts indirects (ADII) ou encore la direction générale des impôts (DGI), avec des effets notables sur l’efficacité de ces entités.. « Grâce à la dématérialisation de nos procédures, la charge de travail induite par certaines activités a été réduite. De ce fait, près d’un millier de personnes seront réaffectées vers les métiers du contrôle et du traitement des données pour conférer la visibilité nécessaire et aider à la prise de déci-

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Quelques réalisations-phares La commande en ligne de documents d’état civil est possible au Maroc sur le site www.watiqa.ma. Ce service permet au citoyen de commander via Internet l’extrait d’acte de naissance et la copie intégrale de l’acte de nais- sance. Ces documents sont envoyés à l’intéressé par courrier recommandé à l’adresse de son choix et même à l’étranger. Le service de demande en ligne du casier judiciaire est également opérationnel. Il permet aux citoyens d’effectuer la demande en ligne et choisir le tribunal de retrait le plus proche. Il est possible de suivre en ligne l’état de la demande et recevoir une notification une fois l’extrait prêt. D’autres exemples édifiants sont éga- lement à mentionner. Il s’agit des ser- vices de prise de rendez-vous médi- caux par Internet et la commande en ligne de la publication des annonces légales destinées aux entreprises. Ces dernières peuvent ainsi com- mander en ligne la publication des annonces légales, procéder au règle- ment par voie digitale des frais de publication et suivre en ligne l’état de la demande. La commande en ligne

des versions papier du bulletin est aussi possible. Des chantiers en retard Les quelques réalisations passées en revue montrent que des efforts ont été déployés par les pouvoirs publics pour parachever le chantier de l’e-gov. Pourtant, du chemin reste encore à faire, car il subsiste plu- sieurs obstacles à surmonter. Il y a lieu notamment le manque d’outils et d’infrastructures adaptés, notamment dans les zones enclavées. Le retard pris pour l’adaptation législative et réglementaire ainsi que le manque de compétences informa- tiques des agents publics, constituent autant de freins à la mise en œuvre du programme e-gov. Dans le même ordre d’idées, la bar- rière culturelle est un frein non moins important. Pour cause, bon nombre de personnes ont une aversion pro- noncée pour le changement. D’où la nécessité pour le gouvernement de déployer davantage d’efforts en matière de sensibilisation. En définitive, le programme e-gov est certes vecteur de progrès, mais sa réussite est conditionnée par l’impé- ratif de renforcer la gouvernance, nécessaire pour faire avancer les projets transverses et structurants. u

aux réclamations. Dans le même temps, notons que la dématérialisation des déclarations à la CNSS via Damancom est devenue une réalité. La déclaration et le paie- ment en ligne des cotisations ont pour objectif de réduire les délais de traitement des déclarations, l’accélé- ration du versement des différentes prestations de la CNSS, avec des économies de gestion administrative à la clef. De plus, l’entité publique dirigée par Saïd Ahmidouch a mis sur pied une offre de services multicanal, à travers la mise en ligne des services électro- niques au profit de ses clients, qu’ils soient employeurs ou salariés, mais aussi pour les différents partenaires. Cette nouvelle démarche a généré une communication en temps réel. A contrario, d’après le vice-président général de l’Apebi, d’autres ser- vices utiles aux citoyens affichent un retard, notamment les demandes de documents administratifs et les déclarations en ligne. Les causes ont trait au déficit d’interconnexion élec- tronique entre les administrations. Ce qui étouffe la multiplication des e-services administratifs.

La barrière culturelle est un frein au développement de l’e-gov.

L’ADD, une pièce maîtresse

L e r ô l e d e l ’ A g e n c e d e d é v e l o p p e m e n t d u d i g i t a l (ADD) pour l ’ accé l éra t i on de l’implémentation de l’e-gov est prépondérant. Elle a la mission de concevoir et de mettre en œuvre les projets de l ’administration électronique, tout en développant des prestations numériques dans le cadre du programme e-gov. De fait, l’ADD constitue une pièce maîtresse du plan Maroc Digital 2020 qui vise entre autres les objectifs suivants : la mise en ligne de 50% des démarches administratives, la réduction de 50% de la fracture numérique ainsi que la connexion de 20% des PME.

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Fisc

Un modèle d’administration 100% digitale

La Direction générale des impôts a fait de la

D isons-le d’emblée : parmi toutes les admi n i s t r a t i ons publiques, la Direction générale des impôts (DGI) est l’une des plus avancées en matière de dématérialisa- tion des procédures fiscales. L’entité dirigée par Omar Faraj a fait du développement et de la généralisation des téléprocédures sécurisées, l’une de ses priorités stratégiques. L’objectif avoué de la DGI est de parvenir à la dématérialisation totale des procédures fiscales dès 2018. Cela signifie concrè- tement que nul contribuable (personne morale ou physique) n’est dans l’obli- gation de se présenter au niveau de l’administration fiscale afin de réaliser des transactions ou obtenir des attesta- tions. L’externalisation du paiement de la vignette et la dématérialisation des déclarations et du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), de l’impôt sur les sociétés (IS) et de l’impôt sur le revenu (IR), ainsi que le dépôt en ligne des actes notariaux, constituent autant d’exemples en la matière. L’externalisation de ces prestations pré- sente un double avantage pour le fisc : d’une part, elle améliore la qualité des services délivrés aux contribuables et, d’autre part, elle allège la charge de dématérialisation totale de ses procédures fiscales une priorité absolue. En peu de temps, les objectifs assignés par le patron du fisc ont été atteints.

travail des agents fiscaux, permettant ainsi de dégager des ressources qui seront redéployées vers des tâches à plus grande valeur ajoutée, comme le contrôle et le conseil. Ainsi, Omar Faraj nous apprenait que grâce à la dématérialisation, près d’un millier de personnes sont en cours de réaffecta- tion vers les métiers du contrôle et du traitement des données. Les résultats n’ont pas tardé à produire les effets escomptés : selon le rapport annuel de la DGI, à fin 2017, le nombre des adhérents au guichet électronique SIMPL a augmenté de 76%, et le nombre d’opérations de télépaiement a bondi de 513% par rapport à l’année 2016, correspondant à une recette de 106,98 milliards de DH, représentant 76% des recettes spontanées. Nouvelle vague d’attestations en ligne Plus récemment, durant le mois de juin 2018, la DGI a étoffé son bouquet de

téléservices intitulé SIMPL en lançant 5 nouvelles attestations fiscales en ligne : attestation de revenu, attestation d’éli- gibilité de l’acquéreur à l’exonération de la TVA du logement social, attes- tation d’imposition à la taxe d’habi- tation/taxe de services communaux, attestation du chiffre d’affaires réalisé à l’exportation, ainsi que l’attestation de la valeur locative. Dans la foulée, fin juin 2018, le fisc a lancé de nouvelles attestations en ligne relatives à l’achat en exonération, en suspension de la TVA, et l’achat au taux réduit de 7%. Les attestations d’imposition forfaitaire, de non-imposition à la taxe d’habitation et à la taxe de services communaux (TH-TSC), ainsi que de résidence fiscale, sont également désormais disponibles en ligne. Signalons enfin que la DGI a entre- pris un vaste chantier Data, visant l’assainissement et l’enrichissement du contenu informationnel de ses bases de données. u

Depuis son ar- rivée à la tête de la DGI en 2015, Omar Faraj a fait de la dématéria- lisation de l’ensemble des procédures du fisc une priorité.

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