Finances News Hebdo 1239

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 18 juin 2026 - 8 DH - N° 1239

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Bilan gouvernemental

Nouveau modèle de développement

Cinq ans après, c’est l’heure des comptes !

Pourquoi le décollage tarde à venir

 Entretien avec Ali Ghanbouri, président du CPES

P. 16/17

P.14/15

P. 2/6 à 9

Croissance

Washington-Téhéran Fin de la guerre ou simple pause stratégique ?

Le rebond agricole masque-t-il des faiblesses structurelles ?

P. 27

P. 34/35

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 18 JUIN 2026

3 Voyons voir : Ormuz : La fin de la gratuité ? ACTUALITÉ

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Editorial

Caméras intelligentes, drones et cybersécurité : Les coulisses du dispositif de sécurité du Mon-dial 2026

Point Bourse Hebdo : Le MASI s'offre un rebond de taille AMMC : Tarik Senhaji trace les lignes de maturité du marché des capitaux Reportage photos Bourse de Casablanca : Le réveil des particuliers face au verrou institutionnel Paiement électronique : Le Maroc est-il enfin prêt à sortir du tout-cash ? 4 6 8 12 13 BOURSE & FINANCES

Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

Le grand basculement Du crédit au capital

32 L'UNIVERS DES TPME

L

Entretien avec Fouad Elaqqari : ID&A Tech, «Notre mission est d’industrialiser la donnée financière marocaine»

e marché marocain des capitaux est arrivé à un moment de vérité. Pendant des décennies, l’économie nationale a vécu sous la domination quasi exclusive du crédit bancaire. Les entreprises se finançaient auprès des banques, les épargnants conservaient leurs liquidités dans des placements peu risqués et la Bourse demeurait un compartiment secondaire, souvent perçu comme réservé à une élite financière. Cette époque touche progressivement à sa fin. A écouter Tarik Senhaji, président de l’AMMC, le sujet n’est plus de construire les fondations du marché. Elles existent déjà. Le véritable enjeu consiste désormais à faire fonctionner pleinement l’écosystème et à convaincre les acteurs économiques d’adopter une nouvelle culture du financement. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En quinze ans, les exportations maro- caines ont été multipliées par trois. L’industrie automobile est devenue le premier secteur exportateur du Royaume. Les infrastructures se sont moder- nisées. Les besoins de financement se sont considérablement sophistiqués. En cela, une économie qui ambitionne de jouer dans la cour des grandes nations industrielles ne peut plus dépendre exclusivement du crédit bancaire classique. C’est précisément là que réside la vision portée aujourd’hui par le régulateur. Par-delà les réformes techniques, les ETF, les fonds en devises ou encore le marché à terme, se dessine une transformation beaucoup plus profonde : celle du passage d’une économie de l’intermédiation bancaire à une économie de marché. Cette mutation est loin d’être anodine. Elle modifie la circulation du capital, redistribue les rôles entre les différents acteurs financiers et ouvre aux entre- prises des sources de financement plus diversifiées et souvent plus compé- titives. Elle permet également à l’épargne nationale de participer plus direc- tement à la création de richesse. Le Maroc dispose aujourd’hui d’atouts que beaucoup de places émergentes lui envient. Une base solide d’investisseurs institutionnels domestiques, des caisses de retraite puissantes, des assu- reurs robustes, une industrie de gestion d’actifs qui dépasse les 827 milliards de dirhams d’encours et un régulateur reconnu sur la scène internationale. Peu de pays africains peuvent revendiquer une telle profondeur financière. Mais la modernisation du marché, à elle seule, ne suffira pas. Le principal obstacle n’est plus réglementaire ou technologique : il est culturel. Ce que confirment les plus de 527 milliards de dirhams qui restent cantonnés dans la circulation fiduciaire et les nombreuses entreprises qui hésitent encore à franchir le pas de la Bourse, rebutées par les exigences de transparence et de gouvernance. Pourtant, c’est précisément cette transparence qui fonde la confiance et l’efficacité des marchés. Le Maroc a longtemps appris à financer sa croissance par la dette. L’enjeu des prochaines années sera d’apprendre à la financer davantage par le capi- tal. C’est de cette évolution que dépendra, en partie, la capacité du Royaume à soutenir durablement ses ambitions industrielles et sa transformation économique. u

ECONOMIE

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Bilan gouvernemental : Cinq ans après, c’est l’heure des comptes ! Entretien avec Ali Ghanbouri : Nouveau modèle de développement, «Le gouvernement a privilégié une logique de gestion des urgences plutôt qu'une réforme profonde» Entretien avec Yassine Laghzioui : Écosystème d'in- novation, Benguerir ou le pari d’un Maroc innovant Hausse des prix : L'Alliance des économistes istiqla- liens propose des pistes pour protéger le pouvoir d'achat Entretien avec Nabil Haddaji : Droit foncier, Les réformes attendues pour accélérer le règlement des litiges Entretien avec Rachid Lasri : Marques marocaines, Peuvent-elles réellement réussir leurs expansions internationales ? Croissance : Le rebond agricole masque-t-il des faiblesses structurelles ? Entretien avec Khalid Kabaddj : Coupe du monde 2030, «L'objectif est de faire de ce tournoi une gigantesque campagne mondiale de promotion territoriale» Habitat et urbanisme : Pourquoi il faut un code foncier

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34 POLITIQUE

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Washington-Téhéran : Fin de la guerre ou simple pause stratégique ?

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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 18 JUIN 2026

Ormuz

La fin de la gratuité ?

Lorsqu’il est rouvert, les marchés sont soulagés. Lorsqu’il devient payant, c’est toute la chaîne économique mondiale qui encaisse le choc. Certes, certains observateurs minimisent l’im- pact potentiel d’un péage. Quelques dollars par tonne transportée ne bouleverseraient pas à eux seuls les équilibres mondiaux. Mais ce raisonne- ment oublie l’essentiel : ce n’est pas tant le mon- tant qui compte que le précédent qu’il créerait. Car si l’Iran obtient le droit de monétiser le pas- sage dans Ormuz, pourquoi d’autres puissances maritimes ne suivraient-elles pas le même che- min ? Pékin pourrait être tenté d’appliquer une logique similaire en mer de Chine méridionale ou autour du détroit de Taïwan. D’autres Etats pourraient revendiquer des droits comparables dans des passages stratégiques. Le risque n’est donc pas seulement économique, mais plutôt géopolitique et juridique. Il touche au principe même de la liberté de navigation qui consti-

tue l’un des fondements de la mondialisation contemporaine. L’autre conséquence serait plus immédiate : l’énergie coûterait plus cher. Même modérés, les frais imposés aux navires finiraient par être répercutés sur les affréteurs, puis sur les raffineurs, et enfin sur les consommateurs. Le pétrole, le gaz, mais aussi une multitude de mar- chandises verraient leurs coûts logistiques aug- menter. Dans un monde déjà confronté à des tensions inflationnistes récurrentes, ce serait un nouveau facteur de renchérissement. Plus profondément encore, un Ormuz payant consacrerait une mondialisation devenue plus coûteuse. C’est sans doute la véritable leçon de cette guerre. C’est dire que même rouvert, Ormuz ne rede- viendra jamais ce qu’il était avant février 2026. Les assureurs, les armateurs et les investisseurs ont découvert qu’une simple bande d’eau de quelques dizaines de kilomètres pouvait mettre l’économie mondiale sous tension pendant plu- sieurs mois. Et au-delà du fait de savoir si l’Iran obtiendra un péage ou des frais de service, la question est de savoir si le monde acceptera que les artères du commerce international soient transformées en instruments de rapport de force géopolitique. That is the question. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ............................................................................... Adresse : ......................................................................................... Ville : ............................. Code Postal : ......................................... Tél : ........................................ Fax : ............................................. E-mail : .......................................................................................... Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

L e détroit d’Ormuz est rouvert, ou du moins en voie de l’être. Après plus de cent jours de guerre entre les Etats-Unis et l’Iran, l’accord de paix annoncé entre Washington et Téhéran redonne un peu d’oxygène aux marchés, aux armateurs et aux pays importateurs d’énergie. Mais au-delà du soulagement immédiat, se pose une question qui pourrait redessiner durablement les règles du commerce mondial : l’Iran pourra-t-il faire payer le passage dans le détroit d’Ormuz ? Pour l’heure, personne ne semble détenir la réponse définitive. Les Américains affirment que le détroit sera rouvert sans péage et de manière permanente. Les Iraniens, eux, évoquent désor- mais non pas un droit de passage classique, mais des «frais de services maritimes» liés à la sécurité, la navigation, l’assurance ou la protec- tion environnementale. La nuance est diploma- tique. La facture, elle, serait bien réelle. Par D. William

En réalité, le débat dépasse largement le Golfe. Ormuz est l’une des artères vitales de l’éco- nomie mondiale. Près d’un quart du pétrole consommé dans le monde et une part considé- rable du gaz naturel liquéfié y transitent chaque jour. Lorsqu’il est fermé, les prix flambent.

Si l’Iran obtient le droit de monétiser le passage dans Ormuz, pourquoi d’autres puissances maritimes ne sui- vraient-elles pas le même chemin ?

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Point Bourse Hebdo Le MASI s'offre un rebond de taille

Evolution de l'indice Masi depuis début juin 2025

U Après des semaines sous haute tension géopolitique, l’annonce officielle de l’accord USA-Iran a libéré la Bourse de Casablanca. Propulsé par un contre-choc pétrolier, le MASI s'est offert un rebond de 4,46% en une journée. ne semaine à -3%, un MASI tombé à -4,74% depuis le premier janvier, et un simple sursaut de 1,86% ven- dredi pour sauver les meubles à 17.952,37 points. La place casablan- caise semblait condamnée à calquer indéfiniment ses mouvements sur un univers macroéconomique mondial devenu illisible. Mais c’était sans compter sur le coup de théâtre du week-end avec l’annonce officielle d’un accord de paix entre les États- Unis et l’Iran qui a totalement balayé la morosité ambiante, propulsant le marché dans un rallye de dimension historique le lundi 15 juin, avec une envolée spectaculaire de 4,46%. blocus naval et de la réouverture totale du détroit d'Ormuz, a radica- lement changé la donne. La visibi- lité, tant recherchée par les gérants de portefeuilles, s'est soudainement éclaircie, mettant fin au décrochage généralisé des classes d'actifs. Par Y . Seddik

TOP Performances

FLOP Performances

Le conditionnel, qu’il fallait employer avec une extrême prudence ven- dredi lorsque Reuters évoquait un projet de texte initial, s’est trans- formé en un soulagement bien réel. L’officialisation de l'accord a provo- qué un véritable contre-choc pétro- lier, le baril de Brent plongeant de plus de 5% pour acter la fin des blocages énergétiques. Si l'effet psy- chologique de fin de semaine avait simplement permis de stabiliser les indices mondiaux, la séance du lundi 15 juin a été celle de l’euphorie retrouvée pour les marchés actions à travers le globe. À la Bourse de Casablanca, ce retour- nement majeur a permis de limiter la casse et de redessiner les pers- pectives. En bondissant de 4,46% pour s'établir à 18.753,83 points, le MASI a récupéré près de 39 milliards de dirhams de capitalisation en une seule séance et a effacé la qua- si-totalité de ses pertes annuelles, ramenant sa performance YTD à un

Unimer Maroc Leasing AFMA

-5,88%

+10% +10%

Minière Touissit Managem SMI

-5,34%

-5,1%

+9,99%

résiduel -0,49% (contre -4,74% ven- dredi soir). Les deux premiers verrous majeurs à la poursuite du rebond (une désescalade géopolitique franche au Moyen-Orient et une détente pérenne des prix de l’énergie) viennent de sauter simultanément pour offrir une bouffée d'oxygène immédiate à la balance commerciale marocaine et aux émetteurs industriels. Le troisième verrou, celui de la pro- fondeur du marché, montre lui aussi de sérieux signes de rupture. Alors que le volume moyen quotidien (VMQ) de la semaine écoulée s'était tari à un maigre 255 millions de dirhams selon BKGR, la séance de lundi a été marquée par un flux d’envergure de 544 millions de dirhams sur le marché central. Ce retour massif de la liquidité, porté notamment par un

puissant rebond du compartiment minier (Managem et CMT verrouillés au plafond de +10%), prouve que les opérateurs ont décidé de repasser massivement à l'achat. La trajec- toire du MASI s'appuie désormais sur des fondamentaux géopolitiques restaurés. La suite immédiate des arbitrages ne viendra peut-être plus de Washington ou de Téhéran, mais se recentrera sur Rabat. Dans quelques jours, le Conseil de Bank Al-Maghrib tiendra sa 2ème réunion trimes- trielle de 2026. Face à ce contre- choc pétrolier providentiel et à une place financière requinquée, la lec- ture macroéconomique d'Abdellatif Jouahri et ses décisions sur les taux directeurs seront d'autant plus déterminantes. ◆

Depuis la fin février, les salles de marchés vivaient au rythme d’une paranoïa géopolitique usante. Un jour la guerre, le lendemain la paix. Le baril de brut grimpait, puis retombait. On menaçait de fermer le détroit d’Ormuz, puis on temporisait. Donald Trump y allait de sa décla- ration incendiaire avant d’évoquer un accord imminent, pour finale- ment faire machine arrière quelques heures plus tard. Mais cette fois-ci, les rumeurs ont fait place au concret. La validation de ce traité intérimaire, accompagnée de la confirmation par la Maison-Blanche de la levée du

C ommunication F inancière

EXERCICE DU 1ER JANVIER AU 31 DECEMBRE 2025 MAROC SERVICES INTERMEDIATION «M.S.IN, SOCIÉTÉ DE BOURSE»

BILAN ACTIF

BILAN PASSIF

RAPPORT GENERAL DU COMMISSAIRE AUX COMPTES EXERCICE DU 1 er JANVIER 2025 AU 31 DECEMBRE 2025

COMPTE DE PRODUITS ET CHARGES (HORS TAXE)

COMPTE DE PRODUITS ET CHARGES (HORS TAXE) (SUITE)

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AMMC Tarik Senhaji trace les lignes de maturité du marché des capitaux

Invité d’honneur du débat-dîner des Nuits de la Finance organisé par Finances News Hebdo, Tarik Senhaji, président de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), a exposé la doctrine stratégique du régulateur. Face aux mutations profondes du tissu productif national, il dessine un cap où l’interconnexion des compartiments, l’agilité réglementaire et la désintermédiation financière redéfinissent les flux de financement de l’économie réelle. Par Y. Seddik L ’

• La désintermédiation par la dette pri- vée : Tarik Senhaji a démontré que le marché obligataire et les OPCVM s’im- posent comme des pourvoyeurs de finan- cement hautement efficients complétant le crédit bancaire classique, permettant aux grandes entreprises d’optimiser leurs coûts de financement et de diversifier leurs ressources. • L’ancrage des investisseurs domes- tiques : Fort de son expérience internatio- nale, Senhaji a rappelé que contrairement à d'autres places émergentes dépendantes des flux volatils de capitaux étrangers, l’écosystème marocain puise sa stabilité dans un environnement national résilient et pérenne, bénéficiant de l’engagement à long terme de ses investisseurs institution- nels nationaux. Pour pérenniser cette dynamique, le patron de l’Autorité annonce une accélération de la diversification des instruments finan- ciers. La nouvelle loi sur les OPCVM ouvre la voie à la création d’OPCVM en devises destinés à capter l’épargne internationale, ainsi qu’à des fonds à règles allégées pour les institutionnels sophistiqués. De plus, il a indiqué que l'Autorité est prête à déli- vrer les premières autorisations pour les fonds cotés (ETF) avant la fin de l’année en cours.

analyse des fondamentaux de l’écono- mie marocaine livrée par le président de l'AMMC révèle un changement de para- digme industriel et financier. Malgré des cycles climatiques complexes et une suc- cession d’années de sécheresse, Tarik Senhaji a mis en avant la résilience du tissu économique non agricole, qui maintient un rythme de croissance stable entre 4% et 5%. Porté par une reprise de la pluviomé- trie, l’exercice précédent s’est soldé par une progression de 8,3% du PIB agricole et une hausse globale du PIB national de 4,9%. Tarik Senhaji a attribué cette dynamique à une diversification profonde des moteurs de création de valeur. Entre 2010 et 2025, le Royaume a multiplié par trois le volume de ses exportations. La structure de ces flux montre une véritable mise à niveau industrielle : alors qu’en 2010 un tiers des exportations reposait sur la roche de phosphate brute, le secteur automobile représente désormais un tiers des ventes à l’étranger, avec une production locale de 700.000 véhicules. Dans ce contexte de transformation, le régulateur considère que la vision à long terme s’impose comme une nécessité pour les opérateurs financiers. Selon lui, l’horizon de 2030, fortement lié aux inves-

tissements d’infrastructure, doit servir de tremplin pour anticiper les dynamiques de croissance des décennies suivantes, notamment les horizons 2031-2035. Il a ainsi insisté sur le fait que le défi majeur pour le marché des capitaux consiste à pérenniser ce rythme de croissance au- delà des grands rendez-vous événemen- tiels. L'ère de la convergence Pour le président de l'AMMC, l’édifice réglementaire et technologique patiem- ment construit durant la décennie 2010 permet aujourd’hui au marché des capitaux d’accéder à un nouveau palier de liquidité et de maturité. Il souligne qu'historique- ment fragmentés, les différents compar- timents financiers convergent désormais vers un écosystème unifié où chaque seg- ment alimente la liquidité de l’autre. Cette interconnexion se manifeste de manière concrète à travers plusieurs indicateurs structurels détaillés lors de l'échange : • La passerelle entre le capital-investis- sement et la Bourse : Plus de la moitié des récentes introductions en Bourse (IPO) enregistrées sur la place de Casablanca provient directement des Organismes de placement collectif en capital (OPCC).

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capitaux est resté tributaire de sa capacité à capter l’épargne nationale et à lever les barrières à l’entrée pour les flux interna- tionaux. Interpellé sur la mobilisation de la circu- lation fiduciaire (dont l’encours s’élève à 513 milliards de dirhams), Tarik Senhaji a défendu l’attractivité des dispositifs fis- caux en vigueur en qualifiant la taxation à 15% sur les plus-values pour les per- sonnes physiques, et l’exonération trien- nale d’impôt sur les sociétés (IS) accordée aux entreprises s’introduisant en Bourse, de mécanismes particulièrement incita- tifs. Pour appuyer son propos, le patron du régulateur a cité l'exemple de la dette obligataire privée dont les encours ont nettement progressé en quelques années, démontrant qu’une structuration finan- cière adaptée peut canaliser d’importants volumes de capitaux. Par ailleurs, Senhaji a rappelé que l’attrac- tivité de la place financière marocaine s’évalue à l’aune des exigences réglemen- taires mondiales. En tant que membre du Conseil d’administration de l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV), il a souligné que l’AMMC prépare activement les prochaines échéances de contrôle internationales. Les évaluations à venir du Groupe d’action financière (GAFI) et l’audit du Financial Sector Assessment Program (FSAP), menés par la Banque mondiale et le FMI, constitueront des étapes décisives pour valider la résilience du système financier national. Enfin, pour répondre au défi de l’acces- sibilité linguistique souvent soulevé par les gestionnaires de fonds internationaux, le président de l'AMMC a révélé une ini- tiative technologique menée en interne. L'institution teste actuellement des outils de traduction automatisée de haute pré- cision basés sur l’IA pour les documents financiers officiels et les rapports finan- ciers. Cette solution vise à standardiser la diffusion de l'information financière en anglais, simplifiant ainsi l’analyse des émetteurs nationaux pour les investisseurs étrangers sans alourdir les obligations administratives des entreprises nationales faisant appel au marché. En clair, la liquidité commence déjà à affluer, comme le prouvent les chiffres de 2024 et de 2025. Le marché a d'ailleurs fait preuve d'une grande résilience ces derniers mois malgré les tensions géopo- litiques, confirmant que cette croissance repose sur des fondamentaux solides, avec notamment une base d’investisseurs institutionnels stable, un tissu économique plus diversifié et des entreprises engagées dans des cycles d’investissement longs. ◆

Cette modernisation est complétée par le déploiement du marché à terme. Débutant par des contrats à terme sur actions, ce marché a vocation, selon Tarik Senhaji, à intégrer à terme les contrats sur taux. Ce chaînon manquant permettra de lier orga- niquement le marché des bons du Trésor et le marché actions, tout en favorisant l’émergence de fonds à performance abso- lue capables de générer du rendement, indépendamment des cycles de marché. Le virage du Risk-Based Supervision Face à un marché élargi et plus com- plexe, Tarik Senhaji a formalisé l'évolution de la doctrine de contrôle de l’AMMC vers le Risk-Based Supervision (RBS). Cette approche permet de cibler en prio- rité les zones de vulnérabilité systémique. L’infrastructure globale de la place étant désormais stabilisée, les équipes du régu- lateur privilégient des contrôles théma- tiques et transversaux afin d’identifier les points d’ancrage sensibles et les opportu- nités d’arbitrage. Tarik Senhaji a mis en exergue la dualité temporelle forte qui caractérise le posi- tionnement de son institution : si les opé- rateurs de marché sont légitimement inci- tés à réaliser des performances de court terme, le régulateur inscrit son action dans

le long terme, veillant à la solidité de la jurisprudence du marché. C’est dans cette optique de transparence qu'il introduit le respect des «déclarations d’intention» en amont de l’application stricte des textes réglementaires, permettant aux opérateurs d’assimiler l’esprit de la règle et son impact avant son application technique. Cette recherche de transparence encadre également le développement du Conseil en investissement financier (CIF) et de la ges- tion sous mandat, deux activités en phase de structuration qui visent à élargir la base des investisseurs, notamment particuliers, tout en limitant les dérives spéculatives. Le marché des particuliers affiche par ailleurs une maturité certaine en termes de taille, représentant plus de 30% des volumes boursiers lors de l’exercice précédent, mais une population d’investisseurs crois- sante qu’il est nécessaire d’accompagner, d’acculturer et de valoriser. Épargne fiduciaire et verrous internationaux Le débat sur l’efficience du marché des

Face à un marché élargi et plus complexe, Tarik Senhaji a formalisé l'évolution de la doctrine de contrôle de l’AMMC vers le Risk-Based Supervision (RBS).

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passive de conservation des titres, mais participent de manière plus fluide aux arbitrages quotidiens de la cote. À l'extrême inverse, la par- ticipation des investisseurs étran- gers sur ce compartiment central ferme la marche, stable mais mar- ginale, à seulement 5%.

Investisseurs étrangers : un flux marginal

L’autre enseignement majeur de la note de l’AMMC concerne les capitaux non résidents. La partici- pation des investisseurs étrangers dans les flux du marché central fait preuve d’une stabilité stricte d’une année sur l’autre, scotchée à un modeste 5%. Pourtant, lorsque l’on observe la détention globale de la capitalisation boursière, les inves- tisseurs étrangers et les Marocains résidents à l’étranger (MRE) pèsent pour 21,2% du marché casablan- cais. L'explication de ce décalage est structurelle, car 89,4% de la part de capitalisation détenue par les étrangers est constituée de par- ticipations stratégiques. Il s'agit de blocs de contrôle historiques et de maisons-mères étrangères déte- nant des filiales cotées au Maroc (notamment dans les secteurs ban- caire, de l'assurance ou des télé- coms). Ces actions n'ont pas voca- tion à être échangées sur le marché secondaire. Si cette configuration apporte une indéniable stabilité ins- titutionnelle à la place, elle restreint mécaniquement le flottant réel et limite l’attractivité de la Bourse de Casablanca auprès des fonds d’investissement internationaux de court ou moyen terme. Cette radiographie de l'AMMC met en exergue le double défi de la place financière : capitaliser sur l'engouement récent des particu- liers pour élargir durablement la base des investisseurs, tout en trouvant des leviers pour activer le capital étranger. Le renforcement de la liquidité globale passera inévitablement par de nouvelles introductions en Bourse (IPO) d'envergure, capables de séduire simultanément les ins- titutionnels locaux gourmands de papier frais, les particuliers en quête de diversification, et les gérants internationaux à la recherche de relais de croissance émergents. ◆

 Dans sa note «Le marché des capitaux en chiffres», l’AMMC livre une véritable radiographie de l'épargne nationale orientée vers la Bourse.

Bourse de Casablanca Le réveil des particuliers face au verrou institutionnel

C La publication de la 5 ème édition du rapport «Le marché des capitaux en chiffres» par l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) livre des données cruciales sur la structure de la place casablancaise à fin 2025. Entre une explosion du nombre de comptes actifs chez les particuliers et une concentration toujours marquée des flux transactionnels aux mains des institutionnels locaux, le marché cherche son point d'équilibre. Par Y . Seddik ’

est le chiffre saillant du rapport de l’AMMC : le nombre de clients des sociétés de Bourse actifs sur le marché a bondi de 142,3% pour s'établir à 35.287 à la fin de l'exer- cice 2025. Une hausse massive qui témoigne d'un regain d'intérêt indé- niable des petits porteurs pour les valeurs mobilières. Sur ce contin- gent d’investisseurs actifs, la quasi- totalité (32.002) est constituée de personnes physiques marocaines. Si l’on élargit la focale à l'ensemble des comptes-titres ouverts, la place affiche un total de 401.169 comptes à fin 2025. Là encore, le constat est sans appel, puisque les personnes physiques résidentes s’approprient 90% de ce stock. Cette accélération de l’actionnariat populaire s’explique en partie par la modernisation des canaux de distri- bution et les efforts de digitalisation

des intermédiaires financiers, faci- litant l'accès aux flux du marché. Elle traduit également une quête de rendement de l'épargne locale dans un contexte macroéconomique où les placements traditionnels ont dû s'ajuster face aux pressions infla- tionnistes. Toutefois, il convient de distinguer la multiplication des comptes de la force de frappe financière réelle. L'activité sur le compartiment cen- tral de la Bourse de Casablanca reste dictée par les grands don- neurs d’ordres locaux. Les don- nées de l’AMMC confirment une configuration de marché largement intermédiée par les acteurs insti- tutionnels, laissant peu de place à l'improvisation. Dans le détail de l'animation de la cote, les personnes morales maro- caines se positionnent comme la

première force motrice du marché central en s'adjugeant 34% des flux transactionnels. Elles sont talon- nées de près par les Organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), qui drainent 30% de l'activité. Cumulés, ces deux blocs institutionnels captent ainsi 64% des volumes échangés. Ce duopole assure une base de liquidité permanente au marché, mais tend également à figer la place dans des stratégies de gestion sou- vent similaires, ce qui limite parfois la volatilité nécessaire à une anima- tion dynamique des cours. Face à ces mastodontes, le seg- ment des particuliers locaux par- vient à maintenir une présence active en s'octroyant 26% des flux transactionnels. Ce niveau d'activité démontre que les petits porteurs ne se contentent plus d'une stratégie

www.fnh.ma

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Paiement électronique Le Maroc est-il enfin prêt à sortir du tout-cash ? L Avec près de 468 milliards de dirhams de monnaie fiduciaire en circulation à fin septembre 2025, le Maroc reste l'une des économies les plus dépendantes aux espèces. Entre poids de l'informel, habitudes de consommation et mutation progressive des usages, la transition vers les paiements numériques avance, mais à un rythme encore mesuré. Par K. A. e Maroc est-il en train de vivre son moment de bascule vers les paiements numé- riques ? La question mérite d'être posée tant les signaux de transformation se multi- plient. Généralisation du sans- contact, essor du commerce électronique, développement du paiement mobile et arrivée de nouvelles solutions comme le QR Code témoignent d'une évolution progressive des habi- tudes de consommation. Les chiffres traduisent cette dynamique. Le nombre de

petits commerçants. Pendant longtemps, l'adoption du paie- ment électronique reposait essentiellement sur les termi- naux de paiement électronique. Or, pour de nombreux com- merces de proximité, l'inves- tissement initial, les frais ou les contraintes techniques pouvaient constituer un frein. L'arrivée des solutions basées sur le QR Code ouvre de nou- velles perspectives. En mars dernier, Cash Plus a lancé une solution de paie- ment par QR Code destinée aux commerces de proximité. L'objectif est simple : permettre à un commerçant d'accepter un paiement numérique à par- tir d'un simple smartphone, sans équipement spécifique ni infrastructure complexe. Pour les spécialistes, l'intérêt de ces solutions réside dans leur capa- cité à démocratiser le paiement électronique auprès des très petites entreprises. «Le prin- cipal concurrent du paiement électronique au Maroc n'est pas la technologie, mais l'habi- tude», explique Nabil Rahouli, consultant spécialisé dans les systèmes de paiement et la transformation digitale. «Les infrastructures progressent rapidement, les solutions se multiplient et les coûts dimi- nuent. Le véritable défi consiste désormais à faire évoluer les comportements». Selon lui, la bataille décisive se jouera dans les transactions du quotidien. «La véritable révolution inter- viendra lorsque le paiement numérique deviendra aussi simple et naturel que le cash pour acheter un café, régler une course en taxi ou faire ses achats chez l'épicier du quar- tier. C'est à ce moment-là que le marché franchira un nouveau cap» , poursuit-il. Aujourd’hui, le véritable enjeu n'est plus de développer les technologies. Les infrastruc- tures existent et les solutions se diversifient. La prochaine étape consiste à transformer les usages et à faire du paie- ment numérique un réflexe du quotidien. ◆

cartes bancaires en circulation a dépassé les 21 millions à fin 2025, tandis que les paie- ments réalisés sur les termi- naux électroniques (TPE) pour- suivent leur progression. Le commerce électronique conti- nue également de gagner du terrain, porté par la montée des achats en ligne et la digitalisa- tion croissante des services. Pour autant, parler d'une économie en voie de devenir «cashless» serait prématuré. Car derrière ces avancées se cache une réalité plus nuancée: le cash demeure aujourd'hui le moyen de paiement privi- légié d'une large partie des Marocains.

La résistance des espèces ne s'explique pas uniquement par les habitudes de consom- mation. Elle reflète aussi la structure même de l'économie nationale. Selon les données publiées par Bank Al-Maghrib, la circulation fiduciaire continue d'atteindre des niveaux élevés. Après un ralentissement obser- vé en 2024, notamment sous l'effet de l'amnistie fiscale qui avait favorisé le retour d'une partie des liquidités vers le sys- tème bancaire, la tendance est repartie à la hausse en 2025. À fin septembre, la circulation fiduciaire atteignait 467,7 mil- liards de dirhams, en progres- sion de près de 10% sur un an. Cette situation explique un paradoxe souvent obser- vé dans les statistiques. Le nombre de cartes bancaires progresse régulièrement, mais cela ne signifie pas nécessai- rement que les paiements élec- troniques augmentent au même rythme. Pour de nombreux utilisateurs, la carte bancaire demeure avant tout un outil permettant de retirer de l'argent liquide aux distributeurs auto- matiques. Une transition engagée mais encore inachevée Si les acteurs du secteur restent optimistes, c'est parce qu'un changement important est en train de s'opérer au niveau des

La résistance des espèces ne s'explique pas uniquement par les habitudes de consommation.

 Selon Worldpay, le cash représentait encore environ 15% des paiements en points de vente dans le monde en 2024, contre près de 40% dix ans plus tôt.

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Bilan gouvernemental Cinq ans après, c’est l’heure des comptes ! Cinq années de réformes, de crises et de grands chantiers. Alors que le chef du gouvernement revendique un bilan marqué par l'émergence de l'État social et la préparation du Maroc de demain, demeure une interrogation essentielle : au-delà des chiffres, qu'est-ce qui a réellement changé dans la vie des citoyens ?

cation. Près de 1.400 centres de santé réhabilités, un CHU en voie d'implantation dans chaque région, quatre nouvelles facultés de médecine et de pharmacie, plus de 4.600 écoles pionnières, 788 nouveaux établissements scolaires construits et un taux de préscolari- sation porté à 80%. Mais la question n'est plus celle des moyens mobilisés. Elle est celle des résultats obtenus. Car la santé et l'éducation consti- tuent le premier point de contact entre l'État et le citoyen. Or, mal- gré les investissements engagés, ces deux secteurs continuent d'alimenter une part importante des frustrations exprimées par les Marocains. Dans la santé, la généralisation de l'AMO et le renforcement des infrastructures ont élargi l'accès aux soins. Pourtant, les difficultés d'accès aux spécialistes, les délais de prise en charge, la saturation de certains établissements ou encore les disparités territoriales demeurent des réalités auxquelles de nombreux citoyens restent confrontés. Le constat est plus nuancé dans l'éducation. Le programme des Écoles pionnières, présenté comme l'une des réformes phares du mandat, fait partie des rares chantiers dont les premiers résul- tats commencent à être mesu- rables. Dans les collèges concer- nés, le taux d'abandon scolaire est passé de 8,4% à 4,45% entre les années scolaires 2023-2024 et 2024-2025, tandis que les évalua- tions font état d'une amélioration des acquis scolaires. À cela s'ajoute la résolution du dossier des enseignants contrac- tuels, qui a permis d'apaiser l'un des principaux foyers de tension sociale du secteur, ainsi que les accords conclus avec les profes- sionnels de santé. Ces avancées témoignent de réformes qui commencent à pro- duire des effets. Mais entre l'ouver- ture d'un chantier et sa traduc- tion durable dans le quotidien des citoyens, le chemin reste souvent long. Car construire un hôpital ou lancer une nouvelle approche pédagogique est une chose; amé- liorer durablement la qualité des

Par M. A. L.

gouvernement y ajoute les reva- lorisations du SMIG et du SMAG, les augmentations salariales dans la fonction publique ainsi que les hausses accordées aux secteurs de la santé et de l'éducation. Sur le papier, peu de gouverne- ments peuvent revendiquer une extension aussi importante de la protection sociale. Mais l'impact d'une politique publique ne se mesure pas uniquement au nombre de bénéficiaires. Il se mesure aussi dans le ressenti des citoyens. Or, c'est précisément là que le tableau se nuance. Selon les der- nières enquêtes du haut-commis- sariat au Plan, près de 78% des ménages estimaient, fin 2025, que leur niveau de vie s'était dégradé au cours des douze mois pré- cédents. Plus révélateur encore, seuls 2,4% déclaraient être en mesure d'épargner une partie de leurs revenus. Un décalage que Mohammed Jadri résume ainsi : «Les statistiques nationales peuvent afficher une croissance économique, une amé- lioration des recettes fiscales ou une hausse des investissements, sans que ces évolutions soient immédiatement perceptibles dans le budget des familles». Toute la complexité du bilan réside dans cette coexistence de deux réalités : celle, tangible, d'un État plus protecteur, et celle, tout aussi réelle, d'une population dont une large partie continue de percevoir son quotidien comme plus difficile qu'hier. Là où les attentes demeurent Dans sa vidéo-bilan, Aziz Akhannouch consacre une place importante à la santé et à l'édu-

C

 Aziz Akhannouch, chef du gouvernement

inq ans. En physique, la théorie de la relativité nous enseigne que le temps n'est jamais une don- née absolue. Selon le point d'ob- servation, une même durée peut paraître fugace ou interminable. En politique aussi, un quinquen- nat se dilate parfois sous le poids des crises, des attentes et des urgences, aussi bien pour ceux qui gouvernent que pour ceux qui sont gouvernés. Plus encore lorsqu'il traverse une pandémie mondiale, une poussée inflationniste sans précédent, une succession d'an- nées de sécheresse, un séisme dévastateur et un environnement géopolitique particulièrement ins- table. Entre 2021 et 2026, le gouverne- ment aura exercé dans l'un des contextes les plus complexes qu'ait connus le Royaume au cours des dernières années. Mais s'il est une réforme qui résume le quinquennat d'Aziz Akhannouch, c'est sans doute

celle de la protection sociale. Entre 2021 et 2026, le gouvernement a fait de l'élargissement du filet de sécurité des citoyens l'axe central de son action. La généralisation de l'Assurance maladie obligatoire constitue à cet égard l'une des mesures les plus emblématiques du mandat. Selon les chiffres avancés par l'Exécutif, près de 40 millions de Marocains bénéficient désormais d'une cou- verture médicale, dont plus de 11 millions de personnes vulnérables prises en charge dans le cadre de l'AMO Tadamon. Pour l'écono- miste Mohammed Jadri, «la géné- ralisation de la protection sociale constitue sans doute la réforme la plus structurante du mandat». À cette réforme, s'est ajoutée l'aide sociale directe. Lancé fin 2023, ce dispositif bénéficie aujourd'hui à près de 3,9 millions de familles, soit quelque 12 millions de citoyens, à travers un soutien mensuel destiné aux ménages les plus fragiles. Le

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services publics en est une autre. À l'heure du bilan, le gouvernement peut ainsi revendiquer avoir engagé des réformes longtemps jugées incontour- nables. Reste à savoir si les Marocains considèrent déjà que l'école de leurs enfants et l'hôpital de leur quartier ont réellement changé.

en 2025, permettant au taux de chô- mage de reculer légèrement à 13%. Mais cette amélioration reste relative. Le chômage touche encore plus d'un jeune sur trois et plus d'une femme active sur cinq, tandis que plus de la moitié des Marocains en âge de tra- vailler demeurent en dehors du marché du travail. C'est là que réside sans doute l'un des principaux paradoxes du quinquennat. Les investissements se multiplient, les

infrastructures se développent et cer- tains secteurs affichent des perfor- mances historiques. Pourtant, une par- tie des citoyens continue d'évaluer ces progrès à l'aune d'une question plus immédiate : ces transformations créent- elles suffisamment d'opportunités ? Comme le résume Mohammed Jadri, «l'histoire retiendra probablement ce mandat comme celui de la mise en place de réformes sociales et institu- tionnelles ambitieuses. Leur véritable

succès sera néanmoins mesuré dans les années à venir, à travers leur capaci- té à générer une croissance plus inclu- sive, à renforcer la classe moyenne et à améliorer durablement le bien-être des citoyens». Cinq ans plus tard, la question demeure donc entière : les réformes engagées ont-elles déjà commencé à transformer durablement le quotidien des Marocains ou n'en représentent-elles encore que les prémices ?. ◆

Un pays qui se transforme, une inclusion qui tarde

Si le premier marqueur du quinquennat Akhannouch est social, le second est sans doute celui des grands chantiers. Confronté à la pandémie, à la séche- resse, au séisme d'Al Haouz et aux turbulences de l'économie mondiale, le gouvernement a fait le choix de l'inves- tissement et de l'anticipation. La nouvelle Charte de l'investisse- ment, les projets industriels, les infras- tructures logistiques ou encore les programmes destinés à renforcer la souveraineté hydrique et énergétique répondent à une même ambition : réduire les vulnérabilités du Royaume et préparer l'avenir. Le stress hydrique constitue sans doute le défi le plus emblématique de ce mandat. Dessalement de l'eau de mer, interconnexion des bassins hydrauliques, sécurisation de l'approvi- sionnement des grandes villes et sou- tien au monde agricole : autant de projets qui visent à répondre à une menace devenue structurelle. À cela s'est ajoutée la reconstruction post- séisme d'Al Haouz, qui a mobilisé des moyens considérables pour réhabiliter les territoires touchés. Les premiers résultats de cette straté- gie commencent à apparaître. En 2025, le Maroc a accueilli près de 20 millions de visiteurs, un record historique. Les exportations industrielles ont poursuivi leur progression, tandis que les inves- tissements approuvés dans le cadre de la nouvelle Charte dépassent les 340 milliards de dirhams. Ces perfor- mances dessinent les contours d'un Maroc plus robuste. Elles ne disent pas nécessairement ce qu'il en est de la place qu'y trouvent les citoyens. Comme le souligne l'économiste Mohammed Jadri, «le véritable défi consiste à transformer les perfor- mances économiques en améliorations tangibles et rapidement perceptibles dans le quotidien des citoyens». À cet égard, l'emploi demeure le prin- cipal test. Certes, l'économie natio- nale a créé près de 193.000 emplois

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