Finances News Hebdo 1240

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 25 juin 2026 - 8 DH - N° 1240

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Réforme du système de retraite Pourquoi le Maroc ne peut plus attendre

Croissance

Derrière les 5,2%, les fragilités demeurent

P. 12/13

P. 21 à 23

P. 9

Foncier public

Cannabis récréatif

Bien plus qu'une réforme fiscale  Rachid Saïh, Directeur général du CMI Facturation électronique

Une manne encore partiellement exploitée

L’heure d’un débat national ?  Entretien avec Chakib El Khayari, coordinateur du Collectif national pour la légalisation du cannabis

P. 17

P. 25

P. 36 à 39

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 25 JUIN 2026

ACTUALITÉ

32 L'UNIVERS DES TPME

Editorial

Entretien avec Kamal Jahid : Meqnes, «Notre ambition est de faire de la marque une référence de l’excellence marocaine à l’international»

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Voyons voir : Territoires : Le nouveau front du développement Ça se passe au Maroc

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BOURSE & FINANCES

34 ENTREPRISE

MSCI : Le Maroc reste Frontier Market, des verrous d’accessibilité persistent Ciblage de l’inflation : BAM lance le compte à rebours Réforme du système de retraite : Pourquoi le Maroc ne peut plus attendre Entretien avec Chakib Abouzaid : Afrique, Le Maroc avance ses pions sur l’échiquier de la réassurance Facturation électronique : Bien plus qu'une réforme fiscale Entretien avec Keltoum Houssni : Financement des TPME, «L’enjeu n’est plus l’accès aux fonds, mais leur adaptation aux réalités du terrain» Marchés : La détente USA-Iran soulage les actifs sans déclencher d’euphorie

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Brand Africa 100 : Un prix d'excellence panafri- cain pour le Groupe Maroc Telecom

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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Accord USA-Iran

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L Le prix caché de la détente

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es négociations engagées en Suisse entre Washington et Téhéran ont été présentées comme une avancée majeure vers une stabilisation durable du Moyen-Orient. Suspension temporaire des sanctions pétrolières améri- caines, déblocage de plusieurs milliards de dollars d'avoirs iraniens, créa- tion de groupes de travail sur le nucléaire, la reconstruction et le dévelop- pement économique et mise en place d'un mécanisme destiné à prévenir une nouvelle escalade au Liban : sur le papier, les progrès sont indéniables. Mais sous le vernis du rapprochement diplomatique, les rapports de force continuent de structurer les négociations. La preuve est venue de Téhéran. Alors que le vice-président américain JD Vance affirmait que l'Iran avait accepté le retour des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le ministère iranien des Affaires étrangères a opposé un démenti cinglant. Non seulement aucune inspection n'est prévue, mais Téhéran exclut explicitement l'accès aux sites frappés par les bombardements israélo-américains. Ce refus est loin d'être anodin. Depuis les frappes du 28 février 2026, personne ne sait précisément ce qu'il est advenu des stocks d'uranium enrichi iraniens ni de certaines capacités nucléaires sensibles. En refusant la transparence sur les installations les plus stratégiques, la République islamique demande au monde de lui faire confiance tout en refusant les mécanismes permettant de vérifier ses affirmations. Cette logique se retrouve dans le dossier du détroit d'Ormuz. Les déclarations du négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf sont révélatrices. Selon lui, le détroit ne retrouvera jamais son fonctionnement d'avant-guerre. L'Iran entend désormais l'«administrer», même si les règles internationales continueront officiellement à être respectées. Le message dépasse largement la simple question maritime. Le détroit d'Ormuz constitue l'un des passages les plus stratégiques de la planète. Près de 20% du pétrole mondial et une part considérable du gaz naturel liquéfié y transitent quotidien- nement. Contrôler politiquement cette artère énergétique revient à disposer d'un levier d'influence sur l'économie mondiale. La stratégie iranienne apparaît désormais avec netteté. Le pouvoir cherche à redéfinir les équilibres régionaux issus de la guerre. Pour Washington, l'équation est complexe. L'administration américaine veut éviter une nouvelle flambée des prix du pétrole, rassurer ses alliés du Golfe et refermer un conflit dont les conséquences économiques et politiques deviennent coûteuses. Le recul des cours du brut depuis l'annonce des négociations est pour le moins illustratif. Mais la paix a un prix. Et ce prix pourrait être l'acceptation implicite d'une influence iranienne renforcée dans la région. C'est précisément ce qui inquiète Israël. Depuis le début des discussions, Benjamin Netanyahu ne cache pas son hostilité au processus. Le Premier ministre israélien continue d'affirmer que son armée conser- vera une totale liberté d'action au Liban et se réserve le droit d'intervenir contre toute menace. Pour lui, un Iran économiquement réhabilité mais toujours opaque sur son programme nucléaire représenterait un danger plus grand encore qu'un Iran sous sanctions. Le dossier libanais illustre cette contradiction. Téhéran exige que le Liban soit intégré aux négociations globales. Les Etats-Unis cherchent à mettre en place une cellule de prévention des crises afin d'empêcher une reprise des combats entre Israël et le Hezbollah. Mais le véritable enjeu est ailleurs : qui exercera demain l'influence domi- nante sur Beyrouth ? L'Iran considère le Hezbollah comme un élément de sa profondeur stratégique. Israël le voit comme une menace permanente. Quant au Liban, il tente difficilement de retrouver sa souveraineté au milieu de puissances qui continuent de négocier son avenir. C'est pourquoi l'optimisme affiché autour des discussions suisses mérite d'être tem- péré. D'où une question centrale : les protagonistes cherchent-ils véritablement à construire une paix durable ou seulement à organiser un nouvel équilibre des forces ? u

Parc Khalladi : Le projet qui a ouvert la voie à l'électricité privée 35 DEVELOPPEMENT DURABLE

ECONOMIE

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Croissance : Derrière les 5,2%, les fragilités demeurent Chômage des jeunes : La face cachée de la perfor- mance économique CGLU de Tanger : Le Maroc veut faire des territoires le moteur du développement de demain Foncier public : Une manne encore partiellement exploitée Femmes rurales : L'avenir se construit aussi dans les douars Spoliation immobilière : Le Maroc muscle son dis- positif anti-fraude Semis direct : Un levier pour moderniser les cultures céréalières et économiser l’eau 16 ème édition du Brand Africa 100 - Morocco's Most Admired Brands : 22 marques récompensées Streaming et réseaux sociaux : Qui capte réelle- ment l'attention des Marocains ?

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36 SOCIÉTÉ

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Entretien avec Chakib El Khayari : Cannabis récréa- tif, L’heure d’un débat national ?

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HIGH-TECH

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Centres d’appels : La révolution IA est déjà en marche Entretien avec Saida Belouali : Intelligence artifi- cielle, Les enjeux d'une souveraineté africaine

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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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Territoires

Le nouveau front du développement

et leur accessibilité, quel que soit le territoire concerné. Autrement dit, faire en sorte que le lieu de résidence ne détermine pas les chances d’accès aux opportunités. Le message royal va cependant plus loin. Il inscrit également le développement territorial dans une dimension africaine et internationale. A travers la coopération décentralisée, le Fonds africain d’appui à la coopération décentralisée internationale (FACDI), l’Initiative Atlantique pour les Etats du Sahel ou encore le Gazoduc Africain Atlantique, le Maroc défend une vision où les territoires deviennent aussi des vecteurs de coo- pération, de stabilité et de prospérité partagée. C’est dire que Tanger a servi de tribune à une conviction de plus en plus répandue à travers le monde : les défis du XXI ème siècle ne pourront être relevés depuis les seuls centres de déci- sion nationaux. Ils exigeront des territoires plus autonomes, plus innovants, plus responsables et davantage associés à la construction des poli- tiques publiques. L’enjeu, désormais, est de transformer cette ambition en résultats. Car la réussite d’une gou- vernance territoriale se mesure à la capacité des citoyens à en percevoir les bénéfices dans leur vie quotidienne. C’est là que se joue, au fond, la crédibilité de toute politique de décen- tralisation. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

cée dont nous avons posé les fondements au Maroc représente un choix stratégique à travers lequel l’Etat tend à moderniser ses structures, à consolider la démocratie locale, à libérer les potentiels et les énergies, à consacrer le principe d’équité entre les régions et à articuler le déve- loppement de chaque territoire avec ses spécifi- cités, ses atouts et les besoins de sa population». Au-delà de la formule institutionnelle, c’est une certaine conception de l’Etat qui s’exprime. Un Etat qui ne monopolise plus l’initiative, mais qui partage la responsabilité du développement avec les régions, les provinces, les communes, le secteur privé et la société civile. Un Etat qui cherche moins à administrer les territoires qu’à leur donner les moyens d’agir. Cette évolution répond à une exigence devenue universelle : rapprocher la décision publique du citoyen. Les populations attendent non seu- lement des politiques ambitieuses, mais elles réclament également des résultats visibles, mesurables et rapides. Elles jugent l’efficacité des institutions à travers la qualité des services qu’elles reçoivent et non à travers les discours qui les accompagnent. Le choix du thème du congrès «Nouvelle généra- tion de services publics locaux universels» traduit précisément cette attente. En effet, la question est désormais de garantir des services de qualité

L e territoire est au cœur de l’action publique. C’est le principal enseignement du message adressé par le Roi Mohammed VI aux participants du 8 ème Congrès mondial des cités et gouvernements locaux unis, réuni à Tanger. Dans un contexte international marqué par les bouleversements cli- matiques, les tensions sociales, les défis migra- toires et les inégalités croissantes, le Souverain place les collectivités territoriales au centre des réponses à construire. Car le constat est sans appel : les grandes poli- tiques publiques ne prennent véritablement sens que lorsqu’elles se traduisent dans le quotidien des citoyens. Education, santé, logement, trans- port, eau, emploi ou environnement, tout se joue désormais à l’échelle des territoires. D’où cette affirmation forte du Roi : «l’avenir ne se construit pas seulement à travers des décisions centrali- sées, mais aussi par l’implication des territoires» . Cette vision n’est pas nouvelle au Maroc. Depuis plus de deux décennies, le Royaume a engagé un vaste chantier de réforme territoriale qui trouve son expression la plus aboutie dans la régionalisation avancée. Le message royal en rappelle la philosophie : «la Régionalisation avan- Par D. William

ÇA SE PASSE AU MAROC

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Tourisme d’affaires

Les ambitions du Maroc

L e Maroc ambitionne d’attirer 2,3 millions de touristes du segment du tourisme d’affaires et des congrès (MICE) à l’horizon 2030, a

indiqué mardi la ministre du Tourisme, Fatim- Zahra Ammor, devant la Chambre des conseillers. Considéré comme un axe prioritaire de la feuille de route du tourisme, ce segment est apprécié pour sa forte valeur ajoutée et sa capacité à réduire la saisonnalité de l’activité touristique. Le Royaume dispose actuellement d’une capacité d’accueil de 135.000 places dédiées à ce marché. Pour renforcer cette offre, plusieurs projets sont en cours, dont un palais des congrès de 5.000 places à Agadir attendu fin 2026 et une infrastructure de 20.000 places à Marrakech. À Rabat, un centre d’exposition sera réalisé pour un investissement de 700 MDH, tandis qu’un pro- jet similaire est à l’étude à Casablanca. ■

Industrie pharmaceutique

Le cadre réglementaire se modernise

mestrielle du Conseil de BAM, Jouahri a indiqué qu'une task force réunissant notamment Bank Al-Maghrib, le ministère des Affaires étrangères, la Direction du Trésor et les banques concernées a été mise en place afin de mener les discussions avec les autorités européennes. Après des échanges avec la Commission euro- péenne, les autorités marocaines ont engagé un dialogue avec plusieurs États membres, dont la France, la Belgique et les Pays-Bas, tandis que des rencontres sont prévues avec l'Espagne et l'Italie. ■ Le texte met notamment l’accent sur le renforce- ment de la vigilance pharmaceutique, le contrôle des médicaments après leur mise sur le marché et la lutte contre les produits non conformes ou falsi- fiés. Il prévoit également de nouveaux mécanismes d’autorisation destinés à accélérer l’accès à cer- tains traitements, tout en préservant les exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité. Selon le ministre, cette réforme contribuera à renfor- cer la sécurité pharmaceutique nationale, à consoli- der les capacités de l’Agence marocaine des médi- caments et des produits de santé (AMMPS), à sou- tenir la compétitivité de l’industrie pharmaceutique marocaine et à renforcer l’attractivité du Royaume pour les investissements du secteur. ■ L a Chambre des conseillers a adopté à la majo- rité, mardi à Rabat, le projet de loi n°27-26 modifiant et complétant la loi n°17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie. Le texte a été approuvé par 37 voix contre 4. Présentant ce projet, le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tehraoui, a indiqué qu’il ne s’inscrivait pas dans le cadre d’une révision globale du Code, mais visait à introduire des ajus- tements ciblés pour accompagner les évolutions du secteur pharmaceutique et poursuivre la moderni- sation du dispositif réglementaire national confor- mément aux standards internationaux.

DGI

Echéance fiscale au 1 er juillet L a Direction générale des impôts (DGI) rap- pelle que plusieurs catégories de contri- buables sont tenues d’effectuer, avant le 1 er juillet 2026, leurs déclarations et versements fiscaux par voie électronique via les téléservices «SIMPL». Cette échéance concerne notamment les sociétés soumises à l’IS dont l’exercice coïncide avec l’année civile, les employeurs, les entreprises assujetties aux droits de timbre sur déclaration, les établissements de crédit ainsi que les contribuables relevant du régime de la Contribution professionnelle unique (CPU).

La DGI précise que ces contribuables devront notamment procéder au versement d’acomptes pro- visionnels, des retenues à la source au titre de l’IR ou encore des droits de timbre, selon leur régime fiscal. L’administration invite les contribuables concernés à accomplir ces formalités dans les délais requis à travers les différentes plateformes du dispositif SIMPL. ■ L e wali de Bank Al-Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, s'est montré confiant quant à l'issue des discussions engagées avec plusieurs Banques marocaines en Europe : BAM poursuit les négociations

pays européens concernant les conséquences d'une directive européenne susceptible d'affecter l'activité d'intermédiation des banques maro- caines auprès des Marocains résidant à l'étran- ger (MRE). Adoptée dans le contexte du Brexit, cette directive remet en cause certaines presta- tions assurées par les établissements marocains implantés en Europe. S'exprimant à l'issue de la deuxième réunion tri-

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MSCI Le Maroc reste Frontier Market, des verrous d’accessibilité persistent

L MSCI n’a annoncé aucun changement concernant le Maroc dans sa revue annuelle de classification, le 23 juin 2026. Le Royaume reste classé Frontier Market, sans mise sous revue pour un éven- tuel passage en Emerging Markets. e rapport 2026 sur l’acces- sibilité des marchés permet toutefois de mieux lire la posi- tion de Casablanca. MSCI y évalue notamment l’ouverture aux investisseurs étrangers, les flux de capitaux, l’efficacité opérationnelle, les instruments disponibles et la stabilité insti- tutionnelle. Par Y . Seddik

melle aux non-résidents. Mais plusieurs limites opéra- tionnelles demeurent. MSCI relève que l’information des sociétés cotées et certaines réglementations ne sont pas toujours facilement dispo- nibles en anglais, un point suivi de près par les inves- tisseurs internationaux. Le change reste aussi un sujet d’attention. MSCI note l’ab- sence d’un marché offshore libéralisé pour le Dirham et des contraintes sur le marché ons- hore, les opérations de change devant notamment être liées à des transactions sur titres. Sur les flux de capitaux, le rapatriement doit passer par des comptes en dirhams convertibles et les investisse- ments financés par transferts

entrants doivent être déclarés à l’Office des changes. L’infrastructure de marché reste perfectible, puisque le MSCI cite l’absence de recon- naissance juridique du statut de nominee, des restrictions sur les facilités de découvert pour les investisseurs étran- gers et des limites sur les trans- ferts de titres hors marché. Le fournisseur d’indices relève aussi un niveau de concur- rence limité entre sociétés de Bourse, pouvant entraîner des coûts plus élevés. Le prêt-emprunt de titres et la vente à découvert demeurent également parmi les points

faibles. Pour MSCI, l’exis- tence de règles ne suffit pas, car ces mécanismes doivent s’appuyer sur une infrastruc- ture opérationnelle et des pra- tiques établies. En gros, le Maroc dispose d’un cadre d’accès relative- ment ouvert, mais plusieurs chantiers restent déterminants : information en anglais, flexi- bilité du change, efficacité du règlement-livraison, trans- ferts de titres, prêt-emprunt et vente à découvert. Et en l’absence de signal dans la revue 2026, le scénario d’un passage rapide en Emerging Markets s’éloigne. ◆

Sur plusieurs volets, le Maroc conserve une appréciation favorable. Le marché ne pré- sente pas de difficulté majeure sur les exigences de qualifica- tion des investisseurs étran- gers, les limites de détention étrangère, le niveau de «foreign room», la conservation, le dépositaire central ou la dis- ponibilité d’instruments d’in- vestissement. Ces éléments confirment une ouverture for-

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Jouahri a annoncé la présentation du dossier technique complet au Conseil de BAM en sep- tembre prochain, ouvrant la voie à une phase de simulation à blanc globale en décembre 2026. L'objectif est de valider les circuits opé- rationnels avant le déploiement officiel prévu pour 2027. Rappelons que le ciblage de l’inflation impose à la Banque centrale de définir un objectif chiffré et explicite d'évolution des prix à moyen terme, en ajustant de manière transparente ses instru- ments de taux pour ancrer les anticipations des marchés. BAM s'appuie sur l'assistance technique du FMI et collabore étroitement avec des insti- tutions homologues, notamment la Banque centrale du Chili, pour finaliser ses modèles de prévision. Un vaste programme de forma- tion régionale de ses cadres a été initié pour vulgariser le futur signal monétaire auprès des banques, des universitaires et du secteur privé. Un mémorandum de transition sera également soumis au gouvernement issu des prochaines élections de 2026 afin de garantir la cohérence des politiques budgétaire et monétaire. Relais de croissance privé Pour soutenir l'activité économique au-delà de 2030, Bank Al-Maghrib insiste sur l'urgence de voir l'investissement privé prendre le relais de l'effort public. Si des leviers fondamentaux comme la nouvelle Charte de l'investissement, la loi sur les partenariats public-privé (PPP) et la réforme des Centres régionaux d'investisse- ment (CRI) sont opérationnels, le financement du tissu entrepreneurial reste à parfaire. Pour les très petites entreprises (TPE) représentant plus de 90% des structures économiques natio- nales, une réunion interministérielle élargie au GPBM et à la CGEM se prépare pour fluidifier le crédit bancaire et déployer les outils de garantie du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement. Enfin, sur le volet international, la Banque cen- trale s’attèle à résoudre le contentieux régle- mentaire né d'une directive de l'Union euro- péenne issue du contexte post-Brexit. Cette réglementation remet en cause l'activité his- torique d'intermédiation des filiales bancaires marocaines installées en Europe auprès de la diaspora (MRE). Une task force nationale asso- ciant BAM, le ministère des Affaires étrangères et la Direction du Trésor a engagé des négocia- tions directes avec les États membres, l'appli- cation de la directive dépendant des transpo- sitions nationales. Les discussions se pour- suivent tout au long de 2026 avec la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Espagne et l'Italie. Le wali de BAM s'est dit confiant quant à une issue positive, tout en rappelant que le Maroc pourrait faire valoir le principe de réciprocité vis-à-vis des intérêts financiers de ces pays sur le territoire national. ◆

 BAM prévoit d'organiser une simulation à blanc

du ciblage de l'inflation en

décembre prochain, avant son lancement officiel en 2027.

Ciblage de l’inflation BAM lance le compte à rebours À l’issue de sa deuxième session trimestrielle de l’année, le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a opté pour la continuité en maintenant son taux directeur inchangé à 2,25%, pour la cinquième fois consécutive. La Banque fixe à décembre prochain le test «à blanc» du passage historique au ciblage de l'inflation prévu en 2027.

L ’

Par Y. Seddik

analyse conjoncturelle de la Banque centrale met en évidence une accélération de l’inflation globale à court terme. Après deux exercices stables autour de 0,8%, l’indice des prix à la consommation devrait atteindre 1,5% en moyenne en 2026 avant de s’établir à 2,1% en 2027. Cette poussée s'explique principalement par le rebond des prix des carburants (+28,1% en avril-mai 2026) provoqué par les tensions au Moyen-Orient, ainsi que par la hausse de l’inflation importée. À l'inverse, l'inflation sous- jacente reste contenue à 0,2% cette année, freinée par la baisse des prix des huiles alimen- taires, notamment l'huile d'olive, avant un net rattrapage projeté à 2,9% en 2027. Sur le front de la croissance, l'économie nationale devrait enregistrer une expansion de 5,2% en 2026, portée par un fort rebond de la valeur ajoutée agricole (+16%) et une récolte céréalière esti- mée à 90 millions de quintaux. Pour 2027, BAM anticipe un ralentissement mécanique à 3,1% sous l'effet de base d'un retour à une produc- tion agricole moyenne, tandis que les activités non agricoles feront preuve de régularité avec une consolidation attendue à 4,2%.

directement de l’alourdissement de la facture énergétique (+26% à 135 Mds de DH) et de la progression de 12,3% des importations de biens d'équipement nécessaires aux grands chantiers nationaux. Bien que jugé non alar- mant par les autorités monétaires en raison de la robustesse des recettes touristiques (161,1 Mds de DH prévus en 2027) et des transferts MRE (130 Mds de DH en 2027), ce déficit reste exposé aux menaces géopolitiques mondiales. Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a explicitement pointé du doigt les risques de blocage autour du détroit d'Ormuz. Cette zone constitue un point de passage stratégique par lequel transite la moitié des importations de soufre du groupe OCP. Toute perturbation pro- longée dans cette région ferait peser un risque direct d'approvisionnement sur l'industrie des phosphates, affectant la capacité de production et d’exportation du pays. BAM réévaluera ces risques lors de ses prochaines projections en septembre. La flexibilité du Dirham demeure toutefois protégée par le niveau jugé «très confortable» des réserves de change, qui se maintiendront au-dessus du seuil des 6 mois d’importations jusqu’en 2027. Ciblage de l'inflation Le basculement vers un régime de ciblage de l'inflation franchit une étape décisive. Abdellatif

Détroit d'Ormuz, principal risque sur les comptes extérieurs

Le creusement temporaire du déficit du compte courant, attendu à 4% du PIB en 2026, découle

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accroît également la pression sur les mécanismes de protec- tion sociale. Car si vivre plus longtemps constitue une avancée, cela signifie aussi percevoir une pension sur une période plus étendue, tandis que la baisse de la fécondité ralentit le renou- vellement des générations actives appelées à la financer. Le vieillissement n'est plus une perspective lointaine : les plus de 60 ans devraient déjà repré- senter plus de 15% de la popu- lation dès 2030, et plus de 20% en 2040. Toutefois, la démographie n'explique pas à elle seule les fragilités du système. Les retraites dépendent également du nombre de cotisants. Or, à fin 2024, les différents régimes n'en comptaient qu'environ 4,8 millions, soit moins d'un actif occupé sur deux. Pour Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain de la gouvernance et du mana- gement, cette réalité traduit une dégradation progressive de l'équilibre sur lequel repose le financement des retraites. « À un certain moment, on parlait de trois actifs pour un retraité. Aujourd'hui, on ne parle que d'un actif pour deux retraités. Nous nous dirigeons vers un actif pour trois retraités» , alerte- t-il. Selon lui, cette évolution constitue l'une des principales fragilités structurelles des régimes marocains, en plus du poids persistant de l'économie informelle. Selon les estima- tions reprises par la Banque mondiale, celle-ci emploierait 77,2% de la population active, maintenant une large part des travailleurs en dehors des mécanismes de déclaration et de cotisation. À cette contrainte s'ajoutent un faible taux d'activité, notam- ment chez les femmes, ainsi que les difficultés d'insertion profes- sionnelle des jeunes. Autant de facteurs qui limitent l'élargisse- ment de la base contributive au moment même où les besoins de financement s'intensifient. Dès lors, la question des

 Selon les projections du HCP, les personnes âgées de 60 ans et plus devraient déjà représenter plus de 15% de la population dès 2030, avant de franchir le seuil des 20% à l'horizon 2040.

ongtemps cantonnée aux rap- ports d'experts, la question des retraites s'impose désormais comme l'un des dossiers les plus sensibles du Royaume, voire une gangrène qui menace son modèle social. Derrière les débats sur l'âge de départ, les cotisations ou les réserves financières se joue un enjeu autrement plus fondamental : la capacité du Maroc à préserver le pacte de solidarité qui unit les générations. Mais les équilibres sur lesquels repose ce modèle sont désor- Réforme du système de retraite Pourquoi le Maroc ne peut plus attendre L Le dossier des retraites a cessé d'être une simple question de gestion des caisses pour devenir un véritable enjeu de société. Derrière les équilibres financiers et les arbitrages techniques, e joue en réalité une question autrement plus fondamentale : celle de la capacité du Maroc à préserver son pacte social face aux mutations qui redessinent progressivement les équilibres du pays. Par M. A. L.

mais soumis à de fortes tensions : vieillissement démographique, mutations du marché du travail, persistance de l'informalité et fragilité de certains régimes. À mesure que ces défis s'accu- mulent, le coût de l'inaction, lui, ne cesse de croître. Les diagnostics sont connus, les scénarios de réforme étant débattus depuis des années. Pourtant, une question demeure entière : pourquoi le Maroc ne peut-il plus se permettre d'at- tendre ? Nouvelle réalité démographique La démographie demeure au

cœur de l'équation des retraites. Pendant plusieurs décennies, le Maroc a bénéficié d'une configuration favorable, portée par une population jeune, une natalité soutenue et un nombre croissant d'actifs finançant les pensions des retraités. Mais cet équilibre évolue rapi- dement. Selon les projections du HCP, la part des personnes âgées de 60 ans et plus pas- sera de 9,4% de la population en 2014 à 23,2% en 2050, leur nombre dépassant alors les 10 millions. Cette transformation traduit les progrès réalisés en matière d'espérance de vie et de conditions de vie, mais elle

Le système de retraite demande aujourd'hui une refonte globale à 360 degrés.

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retraites ne peut être dissociée de celle de l'emploi. Car au-delà des ajustements paramétriques, la pérennité du système dépen- dra aussi de la capacité de l'économie marocaine à créer davantage d'emplois formels et à intégrer un nombre croissant d'actifs dans les mécanismes de cotisation. Une architecture héritée du passé Au-delà des contraintes démo- graphiques et de la faiblesse de la base contributive, le système marocain de retraite souffre d'une fragmentation héritée de constructions institutionnelles successives. Son architecture repose sur plusieurs régimes aux règles, aux prestations et aux équilibres financiers dis- tincts. Les projections de l'ACAPS illustrent ces disparités. Le régime des pensions civiles de la Caisse marocaine des retraites (CMR) demeure le plus exposé, avec un horizon d'épuisement des réserves estimé autour de 2031, contre 2037 pour la CNSS et 2051 pour le RCAR. Pour Youssef Guerraoui Filali, ce morcellement se traduit aussi par des écarts importants dans le calcul et le niveau des pensions. «Si vous comparez la CNSS à la CMR, l'assiette de liquidation de la rente viagère est totalement différente» , sou- ligne-t-il. «Un cadre qui termine sa car- rière avec un salaire avoisinant 20.000 dirhams peut bénéficier, dans le cadre de la CMR, d'une pension calculée sur la base de ses dernières années d'activité, alors qu'au niveau de la CNSS, les prestations demeurent pla- fonnées et dépassent rarement 4.000 dirhams nets », explique- t-il. Au-delà des enjeux financiers, ces écarts soulèvent une ques- tion d'équité entre les affiliés et nourrissent les réflexions autour d'une réforme systémique. Face à la dégradation des équi- libres financiers de la CMR, le Maroc a engagé en 2016 une réforme paramétrique d'enver-

 Le secteur informel absorbe 77,2% de la population active, réduisant mécaniquement le nombre de cotisants et les ressources disponibles pour financer les retraites.

gure. Celle-ci s'est traduite par le relèvement progressif de l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 63 ans, l'augmentation du taux de cotisation de 20% à 28% ainsi que la révision du mode de calcul des pensions. La réforme a atteint son objectif immédiat : améliorer la situation financière du régime et repous- ser l'échéance d'épuisement de ses réserves. Pour autant, elle n'a pas permis de traiter les déséquilibres structurels qui continuent de peser sur le sys- tème. Pour Youssef Guerraoui Filali, les mesures engagées ont davantage permis de gagner du temps que de résoudre le problème de fond. «Le système de retraite demande aujourd'hui une refonte globale, une revue à 360 degrés», estime-t-il. Car au-delà des ajustements paramétriques, c'est la capacité du Maroc à assurer durable- ment la soutenabilité de son système de retraite qui demeure aujourd'hui posée. Si le débat sur les retraites revient avec autant d'insistance aujourd'hui, ce n'est pas parce que le système se trouve à la veille d'une rupture brutale. Les régimes continuent d'honorer leurs engagements et disposent encore de réserves leur permet- tant d'assurer le versement des pensions. Le véritable risque

réside dans le coût croissant de l'inaction. Car plus la réforme est différée, plus les marges de manœuvre se réduisent. L'enjeu dépasse désormais la seule situation financière des caisses. Il touche à la soutenabilité des finances publiques, à l'équité entre les générations et à la préservation du modèle social. Pour Youssef Guerraoui Filali, le diagnostic ne fait plus réellement débat. « C'est une réforme qui demande de la volonté politique», précise-t-il. Sur le fond, les discussions portent désormais moins sur la nécessité d'une réforme que sur sa configuration. Les réflexions convergent depuis plusieurs années vers une réor- ganisation du système autour de deux grands pôles : un pôle public regroupant les régimes des fonctionnaires et assimilés, et un pôle privé destiné aux salariés du secteur privé. L'objectif n'est pas de fusion- ner indistinctement l'ensemble des caisses, mais de construire un cadre plus cohérent et de réduire les écarts entre les régimes. «Il faut créer deux pôles, un pôle

public et un pôle privé, et uni- fier l'assiette de liquidation afin de réaliser une certaine équi- té entre le public et le privé» , plaide Youssef Guerraoui Filali. Au-delà de cette convergence institutionnelle, d'autres pistes sont également évoquées. Parmi elles, figure le développe- ment progressif de mécanismes complémentaires de capitalisa- tion destinés à diversifier les sources de revenus à la retraite et à réduire la pression exer- cée sur les régimes de base. Une telle évolution supposerait toutefois un approfondissement du marché de l'épargne longue ainsi qu'une confiance accrue des ménages dans les disposi- tifs de placement de long terme. Mais quelle que soit la formule retenue, la réforme des retraites ne saurait se limiter à une réor- ganisation institutionnelle. Elle renvoie à la capacité du Maroc à adapter son modèle social aux mutations démographiques et économiques en cours. Pour Youssef Guerraoui Filali, le dossier figurera inévitable- ment parmi les premiers chan- tiers du prochain gouverne- ment. L'économiste n'hésite pas à le qualifier de «bombe à retardement». Car en matière de retraites, le temps ne résout pas les déséquilibres; il tend au contraire à en accroître le coût. ◆

Il faut créer deux pôles, un pôle public et un pôle privé, et unifier l'assiette de liquidation afin de réaliser une certaine équité entre le public et le privé.

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Afrique Le Maroc avance ses pions sur l’échiquier de la réassurance

pour une présence en Afrique du Nord et de l’Ouest. Ainsi, nous avons eu des entreprises comme AIG, IGI, la Coface, les courtiers Lockton et Chedid Re, en plus des Lloyd’s de London et Atlantic Re qui y ont élu domicile. Plusieurs sociétés marocaines ont aussi une pré- sence physique au CFC. Au vu du nombre de sociétés au CFC et de son émergence comme centre d’affaires, on peut dire qu’aujourd’hui le projet s’est établi, avec brio, comme centre financier qui intéresse les réas- sureurs. La volonté de l’État via la CDG est aussi d’utiliser la réassu- rance comme instrument d’in- fluence économique. C’est dans ce contexte qu’en 2025, la SCR a changé de nom pour devenir Atlantic Re. Ce positionnement démontre d’une manière claire l’orientation stratégique afri- caine et atlantique. À ce titre, et au vu de sa surface finan- cière et de la qualité de son actionnaire principal, Atlantic Re est appelée à jouer un rôle important sur le marché de l’assurance africaine. Ceci se voit à travers la métamorphose positive que l’entreprise connaît depuis quelques années, avec une orientation stratégique claire, une vague de recrute- ments de compétences jeunes et une visibilité accrue. De par ma position, je vois les efforts fournis par Atlantic Re à tra- vers les bureaux d’Abidjan, Le Caire et Kigali et sa présence dans les événements régionaux (African Insurance Organisation et General Arab Insurance Federation, entre autres). L’entreprise marocaine de réas- surance est en train d’accroître sa présence et cela lui confère une image très positive. F.N.H. : La réassurance est souvent perçue comme un secteur purement technique et financier. Pour vous, est-ce aussi un outil de diplomatie écono- mique et d'influence afri- caine ? Ch. A. : J’aime dire que la

Longtemps perçue comme une activité discrète et hautement technique, la réassurance s’affirme aujourd’hui comme un véritable levier d’influence économique et de rayonnement continental. Pour Chakib Abouzaid, secrétaire général de l’Union générale arabe d’assurance (UGAA), le Maroc dispose d’atouts solides pour renforcer sa position en Afrique grâce à Atlantic Re, à la montée en puissance de Casablanca Finance City et à la présence croissante de ses groupes financiers sur le continent.

Propos recueillis par Z. A.

servent ainsi les intérêts écono- miques, voire stratégiques des États-Unis et de la France. Au Maroc, en matière de réas- surance, deux exemples me viennent en tête : la création de la Société centrale de réas- surance au début des années 1960. Au tout début, la SCR avait établi des relations avec les pays africains du Nord et francophones essentiellement. Ensuite, les relations d’affaires se sont étendues à tout le conti- nent. Le Royaume est un des pays à l’origine de la création de l’Afri- ca Re en 1986. S’il n’existait pas les rivalités régionales, le Maroc aurait pu abriter le siège social de ce mastodonte de la réas- surance en Afrique, qui pèse aujourd’hui plus de 1,3 milliard de dollars. Depuis le début du siècle, la situation a beaucoup évolué, avec une plus grande présence et coopération avec les pays

du continent. Les grandes compagnies marocaines (Wafa Assurance, AtlantaSanad) ont des filiales disséminées sur le continent africain. La success story du groupe Saham est une parfaite illustration en la matière. Leur aventure a commencé par l’achat de la CNIA en 2005, suivi par Es-Saada en 2006. Mais le plus spectaculaire avait été l’achat de 35 compagnies dans 26 pays du continent. Grâce à une stratégie ambitieuse et de «leverage», Saham a réussi à se hisser au sommet des groupes d’assurance panafricains, avant de revendre l’ensemble des acti- vités «assurance» du groupe, quelques années auparavant, à la Sanlam qui a fusionné récem- ment avec Allianz. Par ailleurs, l’objectif de Casablanca Finance City (CFC) est de faire du Maroc un hub pour permettre à des acteurs multinationaux d’utiliser Casablanca comme d'un relais

Finances News Hebdo : Le Maroc ambitionne d'être le hub financier et économique de l'Afrique. Quel est le rôle spécifique de la réassurance dans cette stratégie continen- tale ? Chakib Abouzaid : Depuis l’in- dépendance, le Maroc a tou- jours ambitionné de jouer un rôle économique sur le conti- nent africain. Un des leviers sur lequel peut se jouer l’influence est celui de l’économie. Mis à part les investissements dans les domaines industriels et touristiques, l’assurance et la réassurance sont des secteurs primordiaux. Nous avons deux exemples contemporains : les groupes AIG et AXA, présents dans la plupart des pays et qui

J’aime dire que la réassurance est le «ministère des Affaires étrangères» de l’assurance.

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réassurance est le «ministère des Affaires étrangères» de l’assurance. Les réassureurs établissent des relations avec le monde entier, visitent des entreprises et assistent à des conférences. La réassurance est un instrument de soft power. Nous pouvons citer comme exemple les pays centraux de la réassurance : la Grande- Bretagne avec son marché de Londres et les Lloyds, la Suisse et l’Allemagne avec leurs réassureurs principaux. Les Bermudes, une île au centre de l’Atlantique, qui est le plus grand centre de réassurance à l’échelle mondiale. Le carnet d’adresses d’un CEO de compagnie de réassurance, d’un chargé du business deve- lopment ou d’un souscripteur est son réel capital, car les relations se font, tout d'abord, entre personnes physiques. Ce n’est qu’après qu'interviennent les considérations de solvabi- lité, de rating ou de capacité et de prix de la réassurance. Ainsi, le rôle d’un réassureur national est non seulement d’augmenter la rétention du marché local, mais d’aller chercher le plus d’affaires à l’international, dans l’intérêt de diversifier le por- tefeuille, de réaliser des per- formances pour son entreprise et aussi de promouvoir d’une manière indirecte son propre pays. F.N.H. : La stabilité poli- tique et la solidité ban- caire du Maroc lui donnent-elles un avan- tage concurrentiel face aux réassureurs interna- tionaux traditionnels pour servir l'Afrique ? Ch. A. : Le Maroc a des avan- tages considérables, comme le cadre réglementaire qui a beaucoup évolué, surtout depuis la création de l’Auto- rité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale. Dernièrement, l’ACAPS a intro- duit la RBC, c’est-à-dire la sol- vabilité basée sur les risques, permettant de positionner le Maroc au rang des pays déve-

loppés en matière de solvabilité et de gouvernance. Le cadre légal marocain va bientôt faire l’objet d’une révision complète. D’ailleurs, le Secrétariat général du gouvernement a publié, le 24 avril dernier, un projet de révi- sion de la loi 17-99 portant sur le Code des assurances. Un autre avantage dont dis- pose le Royaume est la taille et le dynamisme des grands

Le pays dispose notamment d’atouts, avec les liens his- toriques avec le continent et les connaissances qu’ont les Marocains. Mais en matière de réassu- rance internationale, il faut dire que la position des leaders mondiaux et grands réassu- reurs allemands et suisses, qui opèrent depuis 130-140 ans, leur confère un avantage diffi-

Les programmes de réassurance de toutes les entreprises marocaines sont appréciés par les grands réassureurs mondiaux.

groupes financiers et de leurs compagnies d’assurances, sans oublier la stabilité politique et l’image positive du Maroc. Le Royaume est considéré comme une locomotive africaine dans les domaines de l’industrie, des infrastructures et du sport.

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