Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc
Du 23 avril 2026 - 8 DH - N° 1232
PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC
Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli
P.16 à 33
● Relancée dans le cadre du dialogue social, l’urgence de la réforme des retraites revient au centre du jeu politique à quelques mois des élections.
P. 8/9
Pouvoir d’achat et inflation Au-delà de la politique monétaire
Supply Chain Finance
Délais de paiement - Marchés publics Les contraintes qui redessinent l’avenir de la TPME
Le Maroc lance sa stratégie nationale
Entretien avec Sara Sbai, PhD - Senior Lead International Consultant - Corporate Finance
Entretien avec Khalid Kabbadj, économiste
P.10/11
P.14/15
P. 13
Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma
SOMMAIRE
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026
Voyons voir : Dialogue social : La valse des reven- dications Ça se passe au Maroc 4 5 ACTUALITÉ
ECONOMIE
Editorial
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Automobile : Le Maroc peut-il transformer la crise au Moyen-Orient en opportunité ? Intelligence artificielle : Le Maroc face à la réalité d’une course mondiale déjà structurée Centres ruraux émergents : Les souks hebdoma- daires, un noyau pour le développement urbain Industries créatives et culturelles : Un secteur freiné par l’accès au crédit
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BOURSE & FINANCES
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Point Bourse Hebdo : Un rebond aux airs de déjà-vu Réforme des retraites : L’ombre des législatives Entretien avec Khalid Kabbadj : Pouvoir d’achat et inflation, «La politique monétaire, à elle seule, ne peut répondre à l’ensemble des enjeux écono- miques» Marché obligataire : Comment lire la tension actuelle sur les taux Supply Chain Finance : Le Maroc lance sa stratégie nationale Entretien avec Sara Sbai : Délais de paiement - Marchés publics, Les contraintes qui redessinent l’avenir de la TPME
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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication
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près une succession d’épisodes de sécheresse qui ont éprou- vé l’économie nationale, la pluie est revenue, abondante et bien répartie, redonnant des couleurs au secteur agricole et le sourire aux fellahs. Ce retour de la pluviométrie est un événement économique à part entière. Avec près de 90 millions de quintaux de céréales attendus, la campagne 2025-2026 en cours signe un rebond spectaculaire. Les 3,9 millions d’hectares emblavés ont trouvé A Le champ reprend ses droits dans les précipitations une alliée fidèle, et les barrages, remplis à plus de 75%, offrent enfin cette visibilité hydrique qui faisait défaut depuis plusieurs saisons. Résultat : une progression attendue du PIB agricole de l’ordre de 15%, qui ne manquera pas de donner une bouffée d’oxygène à l’ensemble de l’économie. Car l’agriculture, au Maroc, diffuse ses effets bien au-delà des champs. Elle nourrit la consommation, soutient l’emploi rural, stabilise les prix et, dans les bonnes années, soulage les finances publiques. Pour cette campagne, toutes les cases semblent cochées. Les céréales et arbres fruitiers (oliviers, agrumes et dattes) affichent de bonnes performances, tandis que l’irrigation retrouve un second souffle grâce à des réserves hydriques enfin confortables. Ce contexte favorable trouve une vitrine idéale avec le Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), dont l’ouverture à Meknès, sous la présidence du Prince Moulay Rachid, illustre une fois de plus l’attention particulière portée au secteur agricole. Cet évènement est devenu au fil des éditions un véritable baromètre de l’agriculture marocaine. Un lieu où se croisent déci- deurs, producteurs, investisseurs et partenaires internationaux, mais surtout un espace où se dessinent les contours de l’agriculture de demain. Le thème retenu cette année (durabilité de la production animale et souverai- neté alimentaire) n’a rien d’anodin. Il traduit une prise de conscience globale : il ne faut pas seulement produire plus, mais mieux, de manière durable et rési- liente. Et ce, dans un contexte caractérisé par le changement climatique, la pression sur les ressources hydriques, les exigences sanitaires et la volatilité des marchés. La présence de 70 pays et de plus de 1.500 exposants à cette 18 ème édition confirme d’ailleurs le positionnement du Maroc comme un hub agricole régio- nal. Le choix du Portugal comme invité d’honneur illustre, lui, une volonté de renforcer les partenariats stratégiques, notamment sur des enjeux communs comme la gestion de l’eau, l’innovation ou la sécurité alimentaire. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont de plus en plus fragiles, ces alliances prennent une dimension nouvelle. Il serait toutefois imprudent de céder à un optimisme béat. Une bonne cam- pagne ne fait pas une tendance structurelle. L’agriculture marocaine reste profondément dépendante des aléas climatiques. La pluie de cette année est une bénédiction, mais elle rappelle tout autant la vulnérabilité du modèle agri- cole. Pour dire que la question de la gestion durable de l’eau, de l’efficacité de l’irrigation et de la valorisation des ressources locales demeure entière. u
40 L'UNIVERS DES TPME
SPÉCIAL AGRICULTURE
Entretien avec El Mehdi Aboulmanadel : DeepLeaf, «Nous avons choisi dès le départ d’être une infrastructure et non une application»
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SIAM 2026 : Meknès au cœur des enjeux agricoles mondiaux Maroc - Portugal : Vers une coopération agricole stratégique au service de la souveraineté alimen- taire Entretien avec Lamya Taimouri : Monde rural, Le GCAM en première ligne face aux défis agricoles ONSSA : Dans les coulisses du contrôle sanitaire des aliments Souveraineté alimentaire : Le Maroc face au piège structurel des intrants Entretien avec Heuda Farah Guessous : Souveraineté alimentaire, «Une nécessité de sécurité nationale» Agritech : Une modernisation sous pression Génération Green : L’élevage, une priorité de la stratégie agricole Entretien avec Dr Said Chatibi : Filière ovine et caprine, Les défis d’une transformation en pro-fondeur Finance durable : Pourquoi elle est en train de changer la donne Agro-industrie cotée : Trois profils, trois lectures de l’agriculture marocaine
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Blockchain : Invisible pour le grand public, indispensable aux systèmes numériques
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• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal
• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL
• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021
• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com
VOYONS VOIR
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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 23 AVRIL 2026
Dialogue social
La valse des revendications
qui met en avant des avancées concrètes et qui porte en bandoulière l’impératif de préserver les équilibres budgétaires. De l’autre, des cen- trales syndicales qui estiment que ces avancées restent insuffisantes, voire en décalage avec la réalité vécue, et qui réclament toujours plus. Enfin, un patronat qui, lui, pousse pour des réformes structurelles du marché du travail. A cette situation, s’ajoute l’hétérogénéité des situations sectorielles. En effet, si certains sec- teurs, comme l’éducation ou la santé, ont béné- ficié de certaines avancées, d’autres continuent de dénoncer un dialogue qui «piétine». Cette fragmentation affaiblit la portée globale du dia- logue social et donne le sentiment d’un système à deux vitesses, où les progrès sont inégaux et parfois tardifs. Par ailleurs, il serait naïf d’ignorer le contexte politique actuel. A l’approche des élections législatives, le gouvernement avance avec prudence sur les dossiers sensibles. La réforme des retraites, en particulier, en est un. C’est une «patate chaude» qu’il manipule avec beaucoup de précaution, quand bien même cette prudence a un coût au regard de l’urgence de la réforme. Bref, s’il faut reconnaître que le dialogue social a gagné en maturité, en régularité et en visibilité, l’essentiel, pourtant, est que ce cadre de discussion et de concertation aboutisse à des résultats tangibles. A défaut, il risque de n’être qu’un espace de verbiage sans impact positif sur le quotidien de la collectivité. ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)
mobilisés pour un total de 4,25 millions de béné- ficiaires. L’effort budgétaire est réel. Mais le dialogue social ne se mesure pas uni- quement à l’ampleur des montants engagés. Il se juge, plutôt, à l’aune du ressenti des citoyens. Et c’est là que le bât blesse. Le pouvoir d’achat au cœur des tensions Les syndicats ne s’y trompent pas. Selon eux, malgré les mesures prises, le pouvoir d’achat des ménages est chahuté par la conjoncture économique. C’est pourquoi la revendication d’une augmentation générale des salaires revient comme un leitmotiv. Elle s’accompagne d’exi- gences fiscales (baisse de la TVA et réduction de l’IR) et sociales, avec notamment la revalo- risation des pensions ou encore la hausse des allocations familiales. Des demandes qui tendent à montrer simplement que les mécanismes de redistribution actuels ne suffisent pas à absorber le choc du coût de la vie. Comme toujours, le dialogue social pose une équation délicate. D’un côté, un gouvernement
L e dialogue social au Maroc n’est plus ce rituel épisodique que l’on convoquait en période de tension pour éteindre l’incendie. Il s’installe et s’institutionnalise. C’est, du moins, la promesse politique portée par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, qui veut en faire un levier de construction de l’Etat social. Pour l’instant en tout cas, exécutif, syndicats et patronat se retrouvent autour de la table avec une certaine prévisibilité. Ce simple fait marque une rupture avec les pratiques passées. Mais le dialogue social produit-il aujourd’hui des réponses à la hauteur des attentes sociales ou se contente-t-il de pacifier les intelligences rebelles face à des tensions qui s’accumulent ? Par D. William
Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement n’a pas participé à cette session d’avril 2026 l’escar- celle vide. Le bilan présenté est, à première vue, solide. Il est confirmé, au demeurant, par des augmentations salariales dans le public et le privé, la revalorisation du SMIG et du SMAG, la baisse de l’impôt sur le revenu, l’extension de la couverture sociale ou encore l’amélioration des pensions. Pour ses «largesses», l’Exécutif a dû sortir le chéquier : plus de 46 milliards de dirhams
Les demandes des syndicats tendent à montrer simplement que les mécanismes de redistribution actuels ne suffisent pas à absorber le choc du coût de la vie.
ÇA SE PASSE AU MAROC
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IFC–Tamwilcom Un mécanisme de 2,7 Mds de DH pour doper
le financement des PME L a Société financière interna- tionale (IFC) et Tamwilcom unissent leurs forces pour renforcer le financement des petites et moyennes entreprises (PME) au Maroc, à travers la mise en place d’un mécanisme de par- tage des risques d’un montant de 2,74 milliards de dirhams. Ce dispositif innovant, qui équi- vaut à environ 300 millions de dol- lars, vise à couvrir un portefeuille de garanties accordées aux PME par Tamwilcom, en introduisant une structure non souveraine où l’IFC intervient en tant qu’inves- tisseur privé. L’initiative cible en priorité des segments jugés stra- tégiques, notamment les entre- prises dirigées par des femmes, les exploitations agricoles ainsi que les acteurs des chaînes d’ap- provisionnement. Au-delà du volet financier, ce partenariat prévoit également un accompagnement technique. L’IFC apportera des services de conseil afin de renforcer le modèle opérationnel de Tamwilcom, amé- liorer les mécanismes de finan- cement des chaînes de valeur et intégrer davantage les standards environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans ses dis- positifs de garantie. Pour les deux partenaires, l’enjeu est double : élargir l’accès au financement pour les PME, qui représentent près de 90% du tissu économique national, tout en favorisant l’approfondissement du marché financier marocain. Ce mécanisme s’inscrit également dans une dynamique plus large de mobilisation des capitaux pri- vés au service du développement économique. Ce premier engagement d’inves- tissement direct de l’IFC auprès de Tamwilcom marque une nou- velle étape dans leur coopération, en ligne avec la stratégie «Jossour 2030» de l’institution marocaine et les priorités du Groupe de la
Banque mondiale, notamment en matière d’inclusion financière et de soutien à l’entrepreneuriat. ■
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Point Bourse Hebdo Un rebond aux airs de déjà-vu
A Le marché n’aime pas l’incertitude, dit-on. En réalité, il s’en accommode très bien dès lors qu’il peut commencer à parier sur la suite. C’est exactement ce que fait la Bourse de Casablanca depuis quelques séances, en gommant d’un trait la parenthèse moyen-orientale. vec une quatrième semaine consé- cutive de hausse, le MASI a retrouvé ses niveaux de mi-janvier. L’indice gagne 4,29% sur la semaine, à 19.238 points, et repasse dans le vert en Year-to-Date, à +2,08%. Le mouvement a été nourri par les développements intervenus ces derniers jours sur le front géopo- litique. provoqué un décrochage brutal de 9%, avant que les investis- seurs ne se ravisent, misant sur ce qu’on appelait le «Taco Trade». Cette stratégie, consistant à parier sur un assouplissement pragma- tique après une entrée en matière fracassante, semble redevenir la boussole des gérants. Aujourd'hui, peu importe que l’Iran annonce ce matin même la fermeture du détroit d’Ormuz quelques heures seulement après avoir suggéré son ouverture; le marché a déjà intégré la fin de la crise. On achète l'antici- pation et les creux avec ! Par Y . Seddik
Evolution de l'indice Masi depuis début avril 2025
TOP Performances
FLOP Performances
AFMA Auto Nejma Rebab Company
-9,31%
+31,63% +24,44%
Stroc Industrie Stokvis Nord Afrique HPS
-6%
D’abord, l’annonce du cessez-le- feu le 8 avril. Puis celle de l’ou- verture du détroit d’Ormuz, qui a renforcé l’idée d’une désesca- lade possible. Même si, comme souvent dans ce type de crise, les annonces se contredisent à mesure qu’elles tombent. Samedi matin, l’Iran annonçait la ferme- ture du détroit quelques heures seulement après avoir évoqué sa réouverture. Le dossier reste donc instable, confus, et propice aux revirements… Ce scénario de reprise a un air de déjà-vu, puisqu’il rappelle l’épisode des «droits de douane réciproques» du printemps 2025. À l'époque, les sorties de Donald Trump avaient
-5,98%
+19,27%
minière détrôner les mastodontes bancaires ou des télécoms montre que le marché cherche surtout de la croissance là où elle se trouve, au-delà des secteurs traditionnels de rente. Cela ne veut pas dire pour autant que les frictions réelles ont disparu. Si les indices boursiers continuent de reprendre, l’onde de choc éco- nomique, elle, ne suit pas la même courbe de désescalade. Le trafic maritime reste largement paralysé par le jeu de dupes entre Téhéran et Washington. Mais pour l'instant, la place casablancaise choisit de regarder les bilans plutôt que les
cartes géopolitiques. Le conflit est perçu comme une parenthèse en train de se refermer, même si la volatilité du dossier Ormuz rappelle que la normalisation sera tout sauf un long fleuve tranquille et que per- sonne ne peut sérieusement consi- dérer que le risque géopolitique est derrière nous. On surveillera de près si ce retour aux niveaux de janvier servira de socle à une nouvelle poussée vers les sommets historiques, ou si la saturation des annonces finira par essouffler ce rebond, dont la pérennité reste suspendue à une réelle accalmie sur le terrain. ◆
L'événement majeur de la semaine reste toutefois le changement de garde au sommet de la cote. Managem vient d'écrire une page d'histoire boursière en devenant la première capitalisation du marché, pesant désormais quelque 158 mil- liards de dirhams. Le titre, qui a flirté avec les 13.300 DH vendredi à la clôture dans un volume massif de 670 MDH, affiche une progres- sion insolente de…108% depuis le début de l'année. Voir une valeur
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Réforme des retraites
L’ombre des législatives
retraite présente des signes d’essoufflement avancé. Les dernières données issues du rapport annuel 2024 sur la stabilité financière de Bank Al-Maghrib viennent renfor- cer ce constat. Elles montrent que les cotisations collectées par l’ensemble des régimes ont atteint 66,8 milliards de dirhams en 2024, en progres- sion de 8,9%, tandis que les prestations versées se sont élevées à 71,1 milliards de dirhams, en hausse de 5,8%. Ce déséquilibre entre res- sources et charges illustre une tension persistante. L Relancée dans le cadre du dialogue social, l’urgence de la réforme des retraites revient au centre du jeu politique à quelques mois des législatives. Ce chantier est l’un des plus sensibles de l’actuelle législature. Faute de consensus, l’Exécutif avance à pas mesurés et ne semble pas prêt à prendre de risque, quitte à refiler la patate chaude au prochain gouvernement. Par D. William
a réforme des retraites s’in- vite de nouveau au cœur du nouveau round du dialogue social ouvert le 17 avril 2026 à Rabat. Ce dialogue social, que le chef du gouvernement Aziz Akhannouch présente comme un cadre institution- nalisé et régulier, sert désor- mais de scène principale pour aborder ce dossier explosif. Un dossier devenu un point de cristallisation entre gouver- nement, syndicats et patronat tant ses implications socioé- conomiques sont importantes. A quelques mois de la fin de la mandature et à l’approche des législatives de 2026, l’Exécutif le traite avec pru- dence. Pourtant, il y a urgence, comme le montrent les diffé- rents diagnostics qui ont été faits par le passé. D’ailleurs, la ministre de l’Economie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, l’avait dit sans détour, pointant du doigt une situation «inquié- tante» qui ne souffre aucun délai. Mais dans les faits, la traduction législative se fait attendre, alors que les chiffres montrent que le système de
hausse significative des coti- sations (+10,6% en 2024 à 31,9 milliards de dirhams), portée par les augmentations sala- riales issues du dialogue social, les prestations continuent de peser lourdement, atteignant 39,1 milliards de dirhams. Le déficit technique s’est légère- ment réduit à 7,2 milliards de dirhams, mais le solde glo- bal demeure négatif (-4,0 mil- liards), sauvé en partie par les performances financières. Ces ajustements, liés à la revalo- risation des salaires, offrent un répit relatif. Les projections montrent qu’ils améliorent cer- tains indicateurs d’équilibre à long terme, notamment le taux de préfinancement. Mais en matière de trésorerie, leur effet reste limité. D’ailleurs, le gou- vernement table sur un épui- sement des réserves en 2031. A plus long terme, les résul- tats des projections financières réalisées par l’ACAPS sur la base des données de l’exer-
cice 2021 montrent que les engagements non couverts du régime CMR-RPC atteindraient 237,9 Mds de DH sur un hori- zon de 60 ans. Concernant le Régime collectif d’allocation de retraite (RCAR- RG), les cotisations y ont pro- gressé de 6,9% pour atteindre 3,5 milliards de dirhams, tandis que les prestations ont grimpé à 8,1 milliards. Le déficit tech- nique s’est légèrement aggra- vé, mais la bonne performance financière a permis de dégager un excédent global de 1,2 mil- liard de dirhams. Cette amélio- ration conjoncturelle masque toutefois une fragilité structu- relle persistante. La sous-tari- fication du régime, combinée aux revalorisations salariales, continue de dégrader ses indi- cateurs d’équilibre, notamment le taux de préfinancement. «Les situations de déséqui- libre financier que continuent de connaître les deux régimes du secteur public soulignent
Certes, les réserves globales ont progressé de 4,6% pour atteindre 326,9 milliards de dirhams, mais leur rythme de croissance reste limité, avec une moyenne annuelle de seu- lement 1,2% sur cinq ans. Plus préoccupant encore, certaines caisses enregistrent une éro- sion continue de leurs marges de manœuvre. C’est notam- ment le cas du régime des pensions civiles de la CMR (CMR-RPC), dont les réserves se sont établies à 57,4 milliards de dirhams, en baisse de 7,1% sur un an. Depuis 2014, année du premier déficit technique, les déficits cumulés atteignent désormais 60,3 milliards de dirhams, dont plus de la moi- tié concentrée sur les cinq dernières années. Malgré une
Les cotisations collectées par l’ensemble des régimes ont atteint 66,8 milliards de dirhams en 2024, en progression de 8,9%, tandis que les prestations versées se sont élevées à 71,1 milliards de dirhams, en hausse de 5,8%.
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ou plus contre 3,2 millions en 2014, selon le dernier recen- sement de 2024. Le rythme de croissance de cette popu- lation atteint 4,6% par an, lar- gement supérieur à la crois- sance démographique globale (0,85%). Parallèlement, le ratio actifs-retraités s’effondre. De 12 actifs pour un retraité en 1986, il n’en reste plus que 1,7 aujourd’hui. Ce basculement change radicalement la logique de financement des retraites. «Le faible taux de couver- ture de la population active, conjugué au chômage élevé, fragilise encore davantage les régimes de retraite» , nous confiait l’économiste Hassan Edman. D’où la nécessité d’engager la réforme systémique, après les premiers ajustements qui ont été opérés à partir de 2016 et ayant permis notamment de porter l’âge légal de départ à la retraite progressivement de 60 à 63 ans dans le public et les taux de cotisation de 20 à 28%. Aujourd’hui, les solutions tech- niques sur la table préconisent, entre autres, le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, tous secteurs confondus, l’augmentation du taux des cotisations, la révision du mode de calcul des pen- sions et la mise en place d’un système bipolaire distinguant secteur public et secteur privé, avant une convergence vers un régime unifié. Le Conseil économique, social et environ- nemental propose même un système à trois piliers, combi- nant un socle obligatoire, un régime complémentaire et une épargne facultative. Mais le passage de la théo- rie à la pratique se heurte à une résistance sociale forte. Mostafa Hasni, membre de la Confédération démocratique du travail, met en garde. «Nous sommes contre toute réforme
qui se fait aux dépens des sala- riés et qui touche les acquis. La population des retraités est la plus impactée par la baisse du pouvoir d’achat et la mauvaise conjoncture. Une mouture imposée risque de générer une grogne sociale» , nous disait-il, tout en appelant à une amélio- ration de la gouvernance des caisses et à une gestion plus moderne. Même fermeté du côté de Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail, pour qui «la réforme de la retraite ne peut se faire au détriment des travailleurs». S’il ouvre une porte sur la question des cotisations, à condition qu’elles soient majo- ritairement supportées par les employeurs, il rejette l’idée d’une hausse obligatoire de l’âge de la retraite et de la baisse des pensions. Ce rapport de force s’inscrit pleinement dans la dynamique de ce nouveau round de dia- logue social. Le gouvernement tente d’élargir le périmètre des discussions en intégrant explicitement la question des petites pensions de retraite, notamment celles inférieures au seuil minimal de salaire. Cette décision traduit une volonté d’ancrer la réforme dans une dimension sociale plus visible, en phase avec les attentes exprimées par les syn- dicats. Mais cela suffira-t-il ? En tout cas, les réformes para- métriques engagées en 2016 et 2021 ont certes permis de gagner du temps, mais guère de restaurer la viabilité du sys- tème de retraite à long terme. Et d’ici septembre, date des législatives, il serait illusoire de croire que gouvernement, patronat et centrales syndicales accorderont leur violon. Surtout que l’Exécutif doit concilier impératifs financiers et exi- gences sociales, tout en évitant des tensions qui pourraient le rendre impopulaire et constituer un risque politique majeur pour le scrutin à venir. Conclusion : la patate chaude sera refilée au prochain gouvernement. ◆
Les réformes paramétriques engagées en 2016 et 2021 ont permis de gagner du temps, mais guère de restaurer la viabilité du système de retraite à long terme.
BAM recommande « d’enga- ger une réforme paramétrique visant à garantir la pérennité financière du régime» . Actuellement, seule la CIMR semble présenter un profil plus robuste. Avec des cotisations en hausse de 8,8% et des pres- tations en progression plus modérée (+3,5%), le régime dégage un excédent technique de 5,0 milliards de dirhams et un solde global de 8,2 mil- liards. Ses réserves devraient continuer à croître, selon les projections actuarielles.
l’urgence de mettre en place une réforme systémique de ces régimes» , alerte, à ce titre, Bank Al-Maghrib. Du côté de la CNSS, la branche long terme affiche une situation relativement plus favorable, avec un excédent global de 4,0 milliards de dirhams. Cette performance repose sur une progression des cotisations à 19,3 Mds de DH, supérieure à celle des prestations (16,9 milliards). Le solde technique s’établit ainsi à 2,4 Mds de DH. Mais là encore, souligne BAM, les équilibres restent pré- caires. Le taux de préfinance- ment, limité à 61%, révèle une sous-tarification des droits. Les mesures d’assouplisse- ment introduites ces dernières années, notamment la réduc- tion du seuil de cotisation à 1.320 jours et la revalorisation des pensions, ont amélioré l’accès aux droits, mais accen- tuent la pression à long terme sur le système. C’est pourquoi
La réforme systémique en question
Ces chiffres traduisent un déséquilibre structurel pro- fond, avec un système qui aura de plus en plus de mal à financer les pensions. Ce déséquilibre est aggravé par une évolution démographique rapide. En effet, le Maroc vieillit. Près de 5 millions de citoyens ont aujourd’hui 60 ans
Le ratio actifs-retraités s’effondre : de 12 actifs pour un retraité en 1986, il n’en reste plus que 1,7 aujourd’hui.
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Pouvoir d’achat et inflation «La politique monétaire, à elle seule, ne peut répondre à l’ensemble des enjeux économiques»
miques. Elle cherche à éviter les décisions brusques, privilégiant une trajectoire lisible pour les mar- chés et les acteurs économiques. Cet équilibre est d’autant plus déli- cat que le Maroc évolue dans un environnement international incer- tain. F. N. H. : Ne pensez-vous pas que Bank Al-Maghrib pour- rait envisager de diminuer son taux directeur dans le but de dynamiser l’investis- sement et soutenir la crois- sance ? Kh. K. : La question d’une baisse du taux directeur est légitime dans le contexte actuel, marqué par un ralentissement de l’inflation. Un tel ajustement pourrait effective- ment avoir des effets positifs sur l’investissement, en réduisant le coût du financement et en facili- tant l’accès au crédit, notamment pour les PME et les ménages. Cependant, cette décision doit être envisagée avec prudence. La baisse de l’inflation, bien que réelle, reste fragile et dépendante de facteurs externes. Une reprise des tensions sur les marchés inter- nationaux pourrait rapidement inverser la tendance. Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib privilégiera probablement une approche progressive et condi- tionnelle. L’objectif n’est pas seu- lement de soutenir la croissance à court terme, mais de préserver les équilibres macroéconomiques sur le long terme. Une baisse du taux directeur pourrait intervenir, mais dans un cadre maîtrisé et en fonction de signaux économiques clairement établis. F. N. H. : Même avec une inflation faible, certains ménages ressentent une pression sur le coût de la vie. Quelles sont les consé- quences pour le pouvoir d’achat et la consommation quotidienne des marocains ? Kh. K. : Il est essentiel de distin- guer l’inflation mesurée de l’infla- tion ressentie. Si les indicateurs macroéconomiques montrent un ralentissement de la hausse des prix, les ménages continuent de percevoir une pression significa- tive sur leur budget.
Dans cet entretien, l’économiste Khalid Kabbadj décrypte les ressorts de la relative stabilité des prix au Maroc, tout en mettant en lumière les fragilités persistantes et les défis à venir pour soutenir durablement la croissance.
Propos recueillis par Ibtissam Z.
Finances News Hebdo : Comment analysez-vous l’évolution récente de l’inflation au Maroc, qui reste faible et maîtrisée, et quels facteurs principaux expliquent cette situation ? Khalid Kabbadj : L’évolution récente de l’inflation au Maroc traduit un retour progressif à une forme de normalisation après les tensions exceptionnelles obser- vées à l’échelle mondiale ces dernières années. Aujourd’hui, le Royaume bénéficie d’un niveau d’inflation relativement contenu, ce qui le positionne favorablement par rapport à de nombreuses économies comparables. Cette situation s’explique d’abord par un facteur externe majeur, celui du repli des prix internatio- naux des matières premières, en particulier énergétiques et agri- coles. Après les chocs liés à la reprise post-Covid et aux tensions géo- politiques, les marchés se sont partiellement stabilisés, réduisant mécaniquement la pression infla- tionniste importée. À cela s’ajoute un facteur interne déterminant, celui de l’interven- tion proactive de l’État marocain. Les dispositifs de soutien, notam- ment les subventions ciblées sur certains produits de base et les aides sectorielles, ont per- mis d’amortir la transmission de l’inflation internationale vers les
ménages. Ces mesures, large- ment commentées dans la presse économique nationale, ont joué un rôle stabilisateur essentiel. A cet effet, la gestion prudente et crédible de Bank Al-Maghrib a contribué à ancrer les antici- pations inflationnistes. En main- tenant une ligne cohérente, la Banque centrale a renforcé la confiance des agents écono- miques. Toutefois, il convient de souligner que cette stabilité reste en partie dépendante de facteurs exogènes, ce qui impose une vigilance constante. F. N. H. : Bank Al-Maghrib ajuste sa politique moné- taire pour contenir l’infla- tion tout en soutenant la croissance. Quels arbi- trages cette double mission implique-t-elle ? Kh. K. : La double mission de la Banque centrale repose sur un
équilibre particulièrement subtil entre rigueur et soutien. D’un côté, la maîtrise de l’inflation est indis- pensable pour préserver le pouvoir d’achat et la stabilité macroéco- nomique. De l’autre, le soutien à la croissance est crucial dans un contexte où l’économie marocaine doit consolider sa reprise et stimu- ler l’investissement. Concrètement, cet arbitrage se traduit par une gestion fine du taux directeur. Un niveau élevé permet de contenir les tensions inflationnistes, mais renchérit le coût du crédit, ce qui peut freiner l’investissement des entreprises et l’accès au financement pour les ménages. À l’inverse, un assou- plissement monétaire soutient l’activité, mais comporte un risque de relance de l’inflation. Bank Al-Maghrib adopte ainsi une approche graduelle et prudente, en s’appuyant sur une analyse continue des indicateurs écono-
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Cette situation s’explique par le fait que les prix ont atteint des niveaux élevés lors des périodes précédentes et ne reviennent pas nécessairement à la baisse. Les dépenses contraintes, notam- ment alimentaires, énergétiques et liées au logement, restent éle- vées et pèsent proportionnelle- ment davantage sur les revenus modestes et intermédiaires. Les conséquences sont mul- tiples, à savoir une réduction des dépenses discrétionnaires, un arbitrage plus strict des priori- tés budgétaires et une montée de l’épargne de précaution. Cette évolution des comportements peut ralentir la consommation inté- rieure, qui constitue pourtant un pilier important de la croissance économique marocaine. F. N. H. : Quelle est l’effica- cité des mesures mises en place par le gouvernement, notamment les aides ciblées comme celles accordées aux transporteurs, pour atténuer l’impact de l’inflation ? Kh. K. : Les mesures gouver- nementales ont indéniablement joué un rôle d’amortisseur à court terme. Les aides aux transpor- teurs, par exemple, ont permis de limiter la hausse des coûts logis- tiques et d’éviter une répercus- sion plus importante sur les prix à la consommation. De même, les subventions sur certains produits de base ont contribué à préserver le pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles. Cependant, ces dispositifs pré- sentent des limites. Leur coût bud- gétaire est élevé, et leur efficacité dépend fortement de leur ciblage. Une aide mal orientée peut béné- ficier de manière disproportion- née à certaines catégories, sans atteindre pleinement les popula- tions les plus fragiles. L’enjeu pour les pouvoirs publics est donc d’améliorer la précision de ces dispositifs, en s’appuyant notamment sur les outils de ciblage social. À moyen terme, il est également nécessaire de pri- vilégier des réformes structurelles permettant de renforcer la rési- lience économique plutôt que de dépendre uniquement de mesures conjoncturelles.
Des subventions bien ciblées permettent de protéger les ménages les plus vulnérables.
F. N. H. : La guerre au Moyen- Orient et la volatilité des prix mondiaux de l’énergie et des matières premières peuvent-elles peser sur l’in- flation au Maroc ? Comment Bank Al-Maghrib et le gouvernement prennent- ils en compte ces risques externes ? Kh. K. : Le Maroc, en tant qu’éco- nomie ouverte, reste exposé aux fluctuations des marchés inter- nationaux. Les tensions géopoli- tiques, notamment au Moyen-Orient, peuvent entraîner une hausse des prix de l’énergie, avec des réper- cussions directes sur les coûts de production et les prix à la consom- mation. Cette dépendance constitue un fac- teur de vulnérabilité. Toutefois, les autorités marocaines en sont pleine- ment conscientes. Bank Al-Maghrib intègre ces risques dans ses scéna- rios et adopte une posture prudente en matière de politique monétaire. Parallèlement, le gouvernement poursuit des stratégies de diversi- fication énergétique et de dévelop- pement des énergies renouvelables, afin de réduire progressivement cette dépendance. Ces orientations, largement soutenues par les institu- tions internationales, constituent un levier important pour atténuer les chocs futurs. F. N. H. : Quelles stratégies patrimoniales ou d’épargne les ménages peuvent-ils adopter pour se protéger des variations de prix et sécuriser leur capital dans ce contexte ? Kh. K. : Dans un environnement
marqué par l’incertitude, la ges- tion patrimoniale devient un enjeu central pour les ménages. La prio- rité est de préserver la valeur réelle du capital tout en main- tenant un niveau de rendement cohérent avec les objectifs de long terme. Cela passe d’abord par une diver- sification des placements, afin de réduire les risques. L’immobilier, notamment dans les zones à fort potentiel économique, reste une valeur refuge pertinente. Les pro- duits d’épargne sécurisés per- mettent de garantir une certaine stabilité, tandis que les solutions à fiscalité avantageuse contribuent à optimiser le rendement net. Il est également essentiel d’adop- ter une vision de long terme et d’éviter les décisions dictées par les fluctuations conjoncturelles. Une stratégie patrimoniale effi- cace repose sur la cohérence, la discipline et l’anticipation. F. N. H. : Comment les poli- tiques budgétaires et struc- turelles peuvent-elles com- pléter la politique moné- taire pour stabiliser les prix et soutenir le pouvoir d’achat ? Kh. K. : La politique monétaire, à elle seule, ne peut répondre à l’en- semble des enjeux économiques. Elle doit être complétée par des politiques budgétaires et structu-
relles cohérentes et ciblées. Les subventions, lorsqu’elles sont bien orientées, permettent de protéger les ménages les plus vulnérables. Les réformes fiscales peuvent améliorer le pouvoir d’achat et stimuler l’in- vestissement. Bien entendu, le soutien aux secteurs stratégiques favorise la création de valeur et d’emplois. La clé réside dans la coordination de ces différentes politiques. Une approche intégrée permet de renforcer l’efficacité globale des mesures et de garan- tir une stabilité durable, tant sur le plan économique que social. F. N. H. : Quelles perspec- tives pour l’inflation et le pouvoir d’achat dans les prochains mois ? Kh. K. : Les perspectives à court terme sont globalement orientées vers une stabilisation de l’infla- tion, sous réserve de l’absence de chocs externes majeurs. Les fon- damentaux macroéconomiques du Maroc restent solides, ce qui constitue un facteur rassurant. Cependant, l’amélioration du pou- voir d’achat sera progressive. Elle dépendra de la capacité de l’éco- nomie à générer une croissance inclusive, créatrice d’emplois et de revenus. Les réformes enga- gées jouent un rôle déterminant à cet égard. À moyen terme, si les conditions internationales restent favorables et si les politiques économiques sont poursuivies avec cohérence, le Maroc peut espérer consoli- der cette phase de stabilité et renforcer durablement le pouvoir d’achat de ses ménages. ◆
Bank Al-Maghrib adopte une approche graduelle et prudente, en s’appuyant sur une analyse continue des indicateurs économiques.
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Marché obligataire Comment lire la tension actuelle sur les taux La remontée récente des rendements souverains n’a pas, selon Capital Trust, détérioré le cas d’investissement sur la dette marocaine. Bien au contraire. Dans sa note d’avril 2026, la société de recherche considère que la configuration actuelle de la courbe des taux offre un point d’entrée particulièrement attractif, notamment sur le segment intermédiaire. Détails.
situe au 84ème percentile de sa distribution sur dix ans, soit 21 points de base au-dessus de la moyenne de la période. Les ana- lystes estiment qu’un tel niveau est aujourd’hui difficilement justifiable au regard des fondamentaux, et y voient une anomalie de pricing plus qu’un nouvel équilibre durable du marché. Autre facteur favorable mis en avant : la perspective d’une sortie du Trésor à l’international avant juin 2026. Pour Capital Trust, une telle opération allégerait sensible- ment la pression sur le marché domestique au second semestre et constituerait l’un des cataly- seurs baissiers les plus tangibles sur les rendements locaux. La mai- son note par ailleurs que les tom- bées de BDT sur le reste de 2026 atteignent environ 78 milliards de dirhams, avec un pic de concen- tration en octobre, mais estime que cette contrainte reste gérable dans l’hypothèse d’un recours externe significatif. Dans son scénario central, auquel elle attribue une probabilité de 60%, Capital Trust table sur une résolution du conflit d’ici fin avril, un reflux du Brent vers 70-75 dol- lars au second semestre et une restitution d’au moins 30 points de base sur le segment 5-10 ans. La détente débuterait, selon cette lec- ture, dès la dissipation de la prime géopolitique, puis s’accélérerait à partir de juin sous l’effet combiné d’un apaisement sur les levées, de la désinflation et de l’anticipation d’une baisse du taux directeur de 25 points de base en décembre 2026 ou, au plus tard, en mars 2027. Le scénario optimiste, moins pro- bable, envisage une détente plus marquée encore, avec une pre- mière baisse du taux directeur dès septembre 2026 et un 10 ans revenant vers 2,70%-2,90%. À l’inverse, le scénario adverse sup- pose un conflit plus long, un Brent au-dessus de 100 dollars et une inflation remontant vers 2,5%-3%, sans pour autant conduire Bank Al-Maghrib à resserrer sa politique monétaire. Même dans ce cas, Capital Trust juge que les fonda- mentaux du Maroc resteraient sen- siblement plus solides que lors des précédents épisodes de tension. ◆
Par Y . Seddik
La reconfiguration récente de la courbe des taux crée une opportunité sur les maturités intermédiaires, où le couple rendement/risque redevient particulièrement lisible.
L
es analystes soulignent d’abord le niveau jugé élevé de la pente impli- cite entre le taux directeur de Bank Al-Maghrib, maintenu à 2,25%, et le rendement du BDT 10 ans, res- sorti autour de 3,35% à fin mars. Cet écart d’environ 110 points de base se situe, selon eux, à des niveaux historiquement observés en période de stress macro-finan- cier, alors même que les fonda- mentaux domestiques sont décrits comme robustes. Capital Trust rappelle que la remontée des taux depuis le début de l’année s’est faite en deux temps. Une première vague, essentiellement technique, a été alimentée par le rythme soutenu des levées du Trésor en début d’exercice. Une seconde, plus bru- tale, a été déclenchée par le regain de tensions géopolitiques au Moyen-Orient à partir du 28 février. Sur cette seule séquence, le 10 ans a pris 41 points de base et le 5 ans 30 points de base, ce qui a, selon la note, injecté une prime géopolitique désormais appelée à
se résorber si le scénario central se matérialise. Pour Capital Trust, les pressions actuellement visibles sur les taux marocains sont avant tout tech- niques et temporaires. Elles ne reflètent pas une dégradation structurelle de la signature sou- veraine marocaine. La maison de recherche met en avant plusieurs éléments d’appui : une croissance revue à 5,6% en 2026 dans son scénario de référence, une infla- tion toujours négative à fin février, l’amélioration de la notation sou- veraine avec le relèvement de S&P à BBB- en septembre 2025, ainsi que la perspective positive accor- dée par Moody’s en mars 2026. À cela s’ajoute la confirmation par le FMI de l’éligibilité du Maroc à la Ligne de crédit flexible. La note insiste aussi sur le fait que le choc pétrolier resterait, dans leur lecture, absorbable pour l’économie marocaine. Même avec un Brent durablement à 110 dol- lars le baril, l’impact sur l’infla- tion domestique resterait contenu
entre 2,5% et 3%, grâce notam- ment à la désinflation alimentaire, à l’absence d’indexation automa- tique des prix à la pompe et aux mesures anti-choc déployées par l’État début avril. Ces dernières portent sur le maintien du prix du butane, le gel des tarifs d’électri- cité et une subvention au transport professionnel, pour un coût global estimé dans la note à 1,65 milliard de dirhams par mois. Sur la courbe elle-même, le seg- ment 5-10 ans concentre, selon les analystes, le meilleur couple portage/convexité. Le 5 ans, à 3,06% à fin mars, offrirait ainsi un taux réel supérieur à 2% face à une inflation projetée à 0,8%. Capital Trust considère que les niveaux actuels incorporent une prime excessive d’origine géopoli- tique et technique, ouvrant la voie à une normalisation significative à horizon de quelques mois. Cette conviction s’appuie aussi sur une lecture historique. La note relève que le spread actuel entre le taux directeur et le 10 ans se
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