FNH N° 1236

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 26 mai 2026 - 8 DH - N° 1236

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Private Equity

Banques

L’épargne des ménages atteint un niveau historique

Le grand changement de fond(s) en 2025

P. 8/9

P. 14/15

● Les délais de paiement reculent enfin au Maroc. ● Si les indicateurs virent progressivement au vert, les déséquilibres structurels demeurent encore profonds dans plusieurs secteurs et régions du Royaume.

P. 24 à 26

Daam Sakane Un programme social qui monte en puissance  Entretien avec Hicham Airoud, directeur de l'Habitat et de la Promotion immobilière au ministère de l’Habitat.

Décompensation des carburants Les aides directes ont-elles tenu leurs promesses ?

«La réalité est très loin d’un scénario de risque majeur» Hantavirus

 Entretien avec Dr Moundir Souhami, biologiste.

P. 28/29

P. 48/49

P. 32/33

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

2

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

4 Voyons voir : Budget : Le Maroc ouvre les vannes ACTUALITÉ Point Bourse Hebdo : Repli du MASI et magnétisme des mines Private Equity : Le grand changement de fond(s) en 2025 Bourse : Les bénéfices de la cote attendus en hausse jusqu’en 2027 Banques : L’épargne des ménages atteint un niveau historique Entreprise cotée : 4 ans après son IPO, DISTY détaille les ressorts de sa croissance 6 8 12 14 16 BOURSE & FINANCES

Entretien avec Zakaria Azemzi : Aza Petrosolutions, «Nous investissons constamment dans le développement de nouvelles solutions» 44 DEVELOPPEMENT DURABLE 42 L'UNIVERS DES TPME Transition énergétique : Le Maroc, futur champion africain de l’hydrogène vert ?

Editorial

Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

Rabat-Paris

l fut un temps pas si lointain où Rabat et Paris ne se parlaient plus vraiment. Les visas avaient empoisonné l’atmosphère, le dossier du Sahara crispait les échanges, les susceptibilités diplomatiques s’étaient accumulées et la relation maroco-française semblait condamnée à avancer sous perfusion pro- tocolaire. Puis, en politique internationale, il y a ces moments où le réalisme finit toujours par reprendre ses droits. L’année 2026 marque précisément ce retour du pragmatisme et consacre une véritable refondation du partenariat maroco-français. Non plus une relation nostalgique fondée sur l’histoire, la langue ou les habitudes diplomatiques, mais une relation désormais bâtie autour des intérêts stratégiques des deux puis- sances. I Le retour de la grande alliance Désormais, Rabat et Paris parlent sécurité régionale, industries de défense, cybersé- curité, aéronautique, stabilité africaine et souveraineté énergétique. Le vocabulaire a changé. Et ce changement de ton n’est pas le fruit du hasard. La visite d’État d’Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024 a incontestablement servi de point de bascule. Depuis, plus de quarante rencontres ministérielles ont eu lieu en moins de deux ans, selon Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, qui s’exprimait mercredi dernier lors d’un point de presse à l’issue de ses entretiens avec le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, en marge de la 2 ème Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, coprésidée par le Maroc et la France. Ce chiffre montre, tant s’en faut, que les deux pays ont compris qu’ils avaient besoin l’un de l’autre dans un monde secoué par les conflits et les rapports de force. Paris a besoin d’un partenaire stable au Maghreb et en Afrique, au moment où son influence recule au Sahel et où ses positions historiques sur le continent sont contestées. Rabat, lui, consolide son statut de puissance régionale montante, capable de parler à l’Europe, à l’Afrique, aux pays du Golfe et aux Etats-Unis, sans se laisser enfermer dans un seul bloc d’alliances. Le Sahara marocain demeure évidemment le cœur géopolitique de ce rapproche- ment. Depuis que la France a clairement soutenu le plan d’autonomie sous souve- raineté marocaine, la relation bilatérale a changé de nature. Paris est sortie de ses ambiguïtés et a choisi son camp. Nasser Bourita l’a d’ailleurs rappelé cette semaine : la position française ne s’est pas limitée à une déclaration politique, mais s’est traduite par des « actions et initiatives structurées ». Une précision loin d’être anodine. Car Rabat sait parfaitement distin- guer les soutiens de circonstance des engagements durables. En réalité, la question du Sahara dépasse largement le simple cadre territorial pour toucher à la recomposition des équilibres régionaux en Afrique du Nord et au Sahel. La France considère désormais le Maroc comme un partenaire de stabilité dans une région traversée par les tensions sécuritaires, les rivalités d’influence et les poussées anti-occidentales. Et pendant que certains continuent de regarder la relation franco-marocaine à tra- vers le prisme nostalgique du passé colonial, Rabat et Paris, eux, raisonnent désor- mais en termes d’intérêts stratégiques, de corridors économiques, de souveraineté industrielle et d’influence continentale. Naturellement, cette proximité franco-marocaine ne plaît pas à tout le monde. Elle irrite particulièrement Alger, déjà engagée dans une relation tumultueuse avec Paris. Chaque avancée diplomatique entre Rabat et la France accentue mécaniquement les crispations algéro-françaises. Mais au fond, cela traduit surtout une réalité géopolitique devenue difficile à ignorer : le Maroc s’est imposé comme un acteur central des équilibres régionaux. Et c’est précisément ce qui rend aujourd’hui le partenariat avec la France beaucoup plus solide qu’auparavant. D’autant qu’il s’agit d’une alliance construite non pas sur la nostalgie du passé, mais sur les nécessités très concrètes du futur. u

46 JUSTICE

ECONOMIE

Entretien avec Omar Bendjelloun : Réforme de la profession d’avocat, «Ce projet de loi contient des dispositions positives, mais garde des zones d'ombre»

22

Industrie céramique : Un pacte stratégique pour accélérer la montée en gamme Délais de paiement : La loi 69-21 commence enfin à changer la donne Économie sociale et solidaire : Un cadre juridique dans le pipe pour réorganiser le secteur Entretien avec Hicham Airoud : Programme Daam Sakane, 8,32 Mds de DH d’aides publiques pour soutenir l’accès au logement Portail du commerce extérieur : Ce qui change pour les opérateurs économiques Commerce extérieur : La digitalisation des procédures administratives comme vecteur de compétitivité Décompensation des carburants : Les aides directes ont-elles tenu leurs promesses ? 3 ème édition de l’African Maritime Symposium 2026 : Rabat place la mer au cœur des souverainetés africaines Economie bleue africaine : A l’épreuve des dépendances structurelles Espaces maritimes africains : Entre potentiel stratégique et fragilités structurelles Gouvernance maritime : Le Maroc en quête d’un Atlantique intégré Habitat et urbanisme = Quelle place pour les petits promoteurs dans la nouvelle dynamique du secteur ? Financement vert : OCP décroche 450 millions d’euros de garantie de la BAD BAD : 200 millions d’euros pour renforcer l’em- ployabilité au Maroc

24

48 SANTÉ

27

Entretien avec Dr Moundir Souhami : Hantavirus, «La réalité est très loin d’un scénario de risque majeur»

28

30

31

32

34

35

36

50 HIGH-TECH

38

Applications de transport : Le Maroc cherche sa voie

40

41

41

• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

4

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

Budget

Le Maroc ouvre les vannes

Orient ressemble à une poudrière où chaque étincelle menace de faire grimper les cours du pétrole et du gaz. Pour un pays importateur net d’énergie comme le Maroc, cela signifie une fac- ture potentiellement salée. Car quand les prix de l’énergie flambent, la hausse se diffuse partout. Et dans un contexte social déjà marqué par une forte sensibilité aux prix, le risque politique devient immédiatement réel. De fait, dans une économie où le pouvoir d’achat reste une question hautement inflam- mable, la stabilité des prix est devenue une prio- rité politique autant qu’économique. C’est précisément pour limiter les tensions sociales que l’Etat continue de subventionner massivement certains produits et services. Mais, et il semble utile de le souligner, cette «générosité» du gouvernement intervient aussi dans un contexte d’amélioration des recettes fiscales, qui affichent une progression de près de 11 milliards de dirhams à fin avril 2026, soit une hausse de 8,9% sur un an. L’impôt sur les socié- tés bondit même de près de 25%. Si pendant longtemps le débat budgétaire tournait essen- tiellement autour des déficits, de l’endettement et des difficultés de recouvrement, aujourd’hui, le discours change progressivement. L’Etat col- lecte davantage. Et ce n’est pas uniquement grâce à la pression fiscale.

Depuis plusieurs années, l’administration fiscale modernise ses outils, digitalise les procédures et affine ses mécanismes de contrôle. Les résul- tats commencent à apparaître. L’assiette fiscale s’élargit. Les circuits de fraude se réduisent pro- gressivement. La traçabilité progresse. Mais il y a aussi autre chose : une activité éco- nomique qui continue de produire de la richesse malgré les vents contraires. Le Maroc poursuit ses grands investissements, attire des capitaux étrangers et consolide plu- sieurs filières stratégiques. L’automobile reste performante. L’aéronautique continue de monter en gamme. Les phosphates profitent encore de leur positionnement mondial. Les énergies renouvelables avancent. Les infrastructures se multiplient. Bref, le pays continue de bouger. Et c’est justement cette dynamique qui permet aujourd’hui au gouvernement d’ouvrir des cré- dits supplémentaires sans remettre immédiate- ment en cause les grands équilibres budgétaires. Officiellement, Rabat maintient son objectif de déficit à 3% du PIB en 2026 contre 3,5% aupara- vant. La dette du Trésor devrait, elle aussi, pour- suivre sa légère décrue autour de 66% du PIB. Pour autant, combien de temps cette méca- nique peut-elle tenir si le Moyen-Orient s’enfonce davantage dans l’instabilité ? . ◆ oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : .............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

V ingt milliards de dirhams. C’est le montant des crédits supplémentaires ouverts au profit du Budget général. Dans un contexte où chaque arbitrage budgétaire est scruté, le chiffre a de quoi faire lever quelques sourcils. Pourtant, cette décision prise par le gouvernement traduit avant tout une volonté de préserver le pouvoir d’achat des ménages, tout en maîtrisant les finances publiques. Car depuis plusieurs mois, le Maroc avance sur un fil tendu. Avec, d’un côté, une conjoncture internationale perturbée et, de l’autre, une éco- nomie nationale chahutée mais qui continue d’af- ficher des signes de résilience. Et entre les deux, un Etat obligé de jouer les amortisseurs sociaux pour empêcher les secousses géopolitiques de se transformer en colère intérieure. Par D. William

Dans ces 20 milliards de dirhams de crédits sup- plémentaires, 8 Mds de DH sont en effet destinés à la Caisse de compensation dans l'objectif de soutenir le pouvoir d'achat des citoyens à travers le maintien de la stabilité des prix du gaz butane et du transport des personnes et des marchan- dises. Le contexte mondial justifie largement ce geste de l’Etat, car depuis des mois le Moyen-

BOURSE & FINANCES

6

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

Point Bourse Hebdo Repli du MASI et magnétisme des mines

Evolution de l'indice Masi depuis début mai 2025

Le MASI a rendu une partie de son rebond d’avril cette semaine. L’indice termine son parcours hebdomadaire en baisse de 2,81% à 18.419 points, dans un volume global de 1,38 milliard de DH. La capitalisation ressort à 1.057 milliards de DH. Mai démarre donc par à-coups, après un mois d’avril qui avait permis à la cote de reprendre de la hauteur.

C Par Y . Seddik

e rebond avait surtout réparé une partie des dégâts laissés par les secousses du début d’année : ten- sions sur les taux, nervosité interna- tionale, pétrole plus cher, visibilité plus courte. Pour autant, le potentiel de poursuite du mouvement reste pré- sent, selon les analystes de la place. Il dépend encore de plusieurs variables que le marché surveille de près. Le risque géopolitique reste élevé, les matières premières demeurent sen- sibles au moindre signal et les publi- cations trimestrielles doivent encore confirmer la capacité des sociétés cotées à soutenir leurs valorisations. À ce stade, le marché se traite sur un PER estimé à 21,2x en 2026, avec un rendement du dividende attendu autour de 2,8%. Ces niveaux laissent moins de place aux déceptions, sur- tout après une séquence de hausse qui a déjà intégré une partie des bonnes nouvelles. Dans le même temps, l’inflation revient aussi dans les radars. Après plusieurs mois de détente, elle est repassée en territoire positif en mars. Le mouve- ment reste modéré dans les statis- tiques, mais il intervient avant la pleine prise en compte des hausses à la pompe observées en avril. Les chiffres officiels regardent encore dans le

rétroviseur, alors que les entreprises raisonnent déjà en coûts futurs, prix d’achat, marges à défendre et pouvoir d’achat à surveiller. Les statistiques d’avril, attendues la semaine pro- chaine, donneront un premier signal sur l’ampleur de cette transmission. En attendant, les mines restent le compartiment le plus suivi du marché. Managem, Minière Touissit et SMI ont encore capté une part importante des échanges. Managem a concentré à elle seule 377,7 MDH de volume, soit 28,24% du total. CMT suit avec 161,3 MDH, puis SMI avec 123,8 MDH. À trois, le trio minier continue d’alimenter les carnets d’ordre, les scénarios et parfois les excès d’interprétation. Le mouvement reste porté par les prix des métaux, les effets de rareté sur certains dossiers et les anticipations autour des résultats. Dans ce trio, Managem est devenu un cas à part. Avec 166,1 milliards de DH de capi- talisation, le groupe pèse désormais 15,71% de la capitalisation totale du marché. Un poids inédit dans l’histoire récente de la Bourse de Casablanca. Et avec une pondération qui talonne désormais les 10% dans l’indice, les gérants n’ont plus vraiment le luxe de l’ignorer. Certains portefeuilles doivent mécaniquement ajuster leurs lignes

TOP Performances

FLOP Performances

Vicenne Lesieur Cristal Aradei Capital

-8,02%

+4,33% +4,06%

Eqdom SMI Promopharm

-6,67%

-6,57%

+3,85%

pour rester proches de leur benchmark. Ce recalibrage peut installer une pres- sion invisible, mais réelle, sur les flux. Sur le front des résultats, les publica- tions trimestrielles continuent d’arriver à un rythme encore modéré. Les pre- mières copies montrent des trajectoires contrastées, sans remettre en cause pour l’instant le scénario central. Les banques, malgré les caprices du mar- ché financier sur fond de tensions, ont plutôt tiré leur épingle du jeu, avec des bénéfices en amélioration. Le secteur reste un repère important pour la cote, notamment sur la qualité des revenus, le coût du risque et la capacité des grands émetteurs à absorber un envi- ronnement moins linéaire. Du côté des minières, les chiffres confirment la vigueur du cycle en cours. Managem dépasse 5 milliards de DH de revenus au premier trimestre, en

hausse de 147%, porté par la contri- bution des nouveaux projets et un environnement de prix favorable. SMI, malgré une baisse de sa production d’argent, affiche de son côté un chiffre d’affaires en progression de 36%. À l’extérieur, le contexte internatio- nal n’a pas aidé à calmer le jeu. La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, très attendue par les marchés, n’a pas produit le signal fort espéré. Les deux parties ont probablement avancé sur certains dossiers, mais sans effet d’annonce suffisant pour détendre franchement les opérateurs. Plus important encore, la situation autour d’Ormuz ne se décante pas. Une partie du marché avait misé sur une séquence diplomatique capable de réduire la prime de risque sur le pétrole. Pour l’instant, cette détente reste à confirmer. ◆

Communication financière

EXERCICE DU 1 ER JANVIER AU 31 DÉCEMBRE 2025 BILAN ACTIF BILAN PASSIF

COMPTE DE PRODUITS ET CHARGES

COMPTE DE PRODUITS ET DE CHARGES (HORS TAXES) ( SUITE) (MODÈLE NORMAL)

ETAT DES SOLDES DE GESTION (E.S.G.)

ATTESTATION

BOURSE & FINANCES

8

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

Private Equity Le grand changement de fond(s) en 2025 L’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC) a présenté, jeudi 21 mai, son rapport annuel d'activité. Les indicateurs clés de l'exercice 2025 font ressortir une nette rupture de ten- dance, marquée par des sommets historiques tant sur le front des levées de fonds que sur celui des sorties de capitaux. L'écosystème confirme sa reconfiguration structurelle, désormais porté majoritairement par les institutionnels locaux et soutenu par le réveil de la liquidité boursière. Analyse des grands enseignements de ce cru exceptionnel. Par Y . Seddik

milliards de dirhams, contre 1,4 milliard l'année précédente. Ce retour massif de la liqui- dité est marqué par les intro- ductions en Bourse (IPO) qui représentent désormais 33% des sorties en valeur. Profitant de conditions de mar- ché optimales, la Bourse de Casablanca a repris sa place de canal de sortie de premier plan. Parallèlement, l'écosystème s'est sophistiqué avec l'émer- gence dynamique du marché secondaire. Désormais, des fonds marocains de tailles dif- férentes reprennent les par- ticipations d'autres fonds pour poursuivre l'aventure de croissance. Cette diversifica- tion des modes de sortie (IPO, secondaire, industriels stra- tégiques) prouve la résilience et l'attractivité nouvelle de la place financière.

La santé dope les rendements

Sur le plan des performances financières, le secteur confirme sa capacité à générer une valeur substantielle avec un taux de rendement interne (TRI) brut moyen de 14% sur la période 2000-2025 (en pro- gression de deux points par rapport à l'exercice précé- dent). Le multiple global s'éta- blit à 1,9x, ce qui signifie que l'industrie double presque sa mise sur l'ensemble de ses investissements. Sectoriellement, un domaine surclasse tous les autres : la santé, qui affiche un TRI spec- taculaire de 31%. Porté par la généralisation de l'Assurance maladie obligatoire (AMO), ce secteur bénéficie d'une transi- tion démographique et struc- turelle qui pousse les fonds à multiplier les opérations de consolidation (build-up) pour créer des acteurs de taille cri- tique. Les services (31% des investissements en montant, TRI de 18%) et la distribution complètent le podium. Toutefois, le tableau présente deux limites macroécono- miques majeures que l'éco-

qui sera levé au cours des deux prochaines années équivaut à l'ensemble de ce qui a été levé durant les vingt dernières années. C'est dire l'ampleur du point d'inflexion historique que traverse notre industrie» , sou- ligne Hassan Laaziri, président de l’AMIC. La montée en puissance des sorties par la Bourse L’un des principaux défis his- toriques du capital-investisse- ment au Maroc résidait dans sa capacité à offrir des portes de sortie fluides aux investisseurs. En 2025, ce verrou a sauté. Les désinvestissements ont atteint un sommet historique à 4,2  Le capital-investissement marocain a signé une année 2025 record, entre levées historiques, montée des capitaux locaux, retour des sorties par la Bourse et consécration des OPCC.

L

exercice 2025 s'établit comme le plus prolifique de l'histoire du capital-investissement au Maroc, avec un record absolu de 6,6 milliards de dirhams levés. Pour mesurer l'ampleur de la dynamique, il faut regar- der la tendance par généra- tion de fonds, puisque sur la période 2020-2025, les levées cumulées ont atteint 20,1 mil- liards de dirhams, soit quatre fois plus que lors de la géné- ration précédente (2014-2019). En plus des volumes levés, c'est la structure même du capital qui s'est transformée. On assiste à un basculement stratégique avec 60% des capitaux levés désormais d'ori-

gine marocaine (portés par les institutionnels locaux), alors qu'ils ne représentaient que 30% sur la période 2014-2019. En contrepartie, la part relative des organismes de développe- ment internationaux (DFI) est passée de près de 60% à 34%. Ce sursaut national s'ex- plique par un puissant facteur endogène, à savoir le Fonds Mohammed VI pour l’Inves- tissement, qui s’est affirmé comme le grand catalyseur de l'écosystème en jouant un rôle d’effet de levier auprès des investisseurs nationaux. L'impact de cette dynamique est tel que l'AMIC anticipe un point d'inflexion majeure. «Ce

www.fnh.ma

BOURSE & FINANCES

9

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

système s'attelle à corriger. Premièrement, la concentration géographique. En effet, malgré les discours sur la régionalisa- tion, l'axe Casablanca-Rabat capte toujours près de 85% des investissements. Et puis, la polarisation des tic- kets avec une baisse préoccu- pante du middle market. Les tickets de capital-développe- ment se sont envolés (152 mil- lions de dirhams en moyenne), tandis que l'amorçage/risque se maintient autour de 10 mil- lions de dirhams. Entre les deux (les tickets de 10 à 50 millions de dirhams), il existe un véritable gap pour lequel l'AMIC et les investisseurs cherchent à concevoir des fonds dédiés. «Le middle mar- ket, sur la tranche des tickets de 10 à 50 millions de dirhams, est en train de s'écraser au fur et à mesure des années.

C'est un véritable trou dans la raquette pour notre éco- système, et nous travaillons activement avec nos investis- seurs pour y remédier », alerte Hassan Laaziri, président de l’AMIC. 9,2 milliards de dirhams de «Dry Powder» Pour les années à venir, l'in- dustrie dispose d'un solide «trésor de guerre», puisque le montant de capital encore disponible à l'investissement (Dry Powder) s'élève à 9,2 mil- liards de dirhams. Les inten- tions d'investissement des gestionnaires de fonds de la place oscillent déjà entre 5 et 6 milliards de dirhams pour les trois prochaines années. De plus, une forte accélération est attendue sur le segment du capital-risque (VC) fin 2026 et en 2027, suite à la sélection

nos OPCC et à les reconnaître comme des véhicules d'inves- tissement pleinement équi- valents aux structures tradi- tionnelles de l'île Maurice ou du Luxembourg», se réjouit Hassan Laaziri, président de l’AMIC. Au final, cette maturité du capi- tal-investissement est le meil- leur carburant possible pour la Bourse de Casablanca. En représentant près de 33% des sorties en valeur, le non-coté redevient le principal pour- voyeur de papier frais pour une cote casablancaise en quête de profondeur et de nouveaux secteurs (santé, tech, agroali- mentaire...). Reste à savoir si le marché boursier saura maintenir ce rythme d'absorption alors qu'une génération entière de fonds arrive simultanément à sa phase de débouclage. ◆

Ce retour massif de la liquidité est marqué par les introductions en Bourse (IPO) qui représentent désormais 33% des sorties en valeur.

par le Fonds Mohammed VI de neuf sociétés de gestion dédiées lors du dernier Gitex. Enfin, sur le plan réglemen- taire et structurel, on assiste à la consécration définitive du véhicule OPCC (Organisme de placement collectif en capi- tal). Boosté par la dernière mise à jour de la loi et exigé comme standard par le Fonds Mohammed VI, il s'impose comme une alternative hau- tement crédible, transparente et sécurisée. «Une véritable bataille réglementaire est en train d’être gagnée : les bail- leurs de fonds internationaux (DFI) commencent à intégrer

CITIBANK MAGHREB S.A.

Société Anonyme au Capital de MAD 204.128.006,00

Siège Social : Zénith Millénium, Immeuble 1, Lotissement Attaoufik- Sidi Mâarouf, Casablanca RC N° 29 941

COMMUNIQUE

L’Assemblée Générale Ordinaire des actionnaires de «CITIBANK MAGHREB S.A.» s’est réunie le 21 mai 2026 à 13 heures au siège social de la Banque. L’Assemblée Générale Ordinaire a approuvé les comptes de l’exercice clos au 31 décembre 2025 et les résolutions qui lui ont été soumises. Les Etats de synthèse de «CITIBANK MAGHREB S.A.» au titre de l’exercice 2025 certifiés par les Commissaires Aux Comptes et publiés préalablement à la tenue de l’AGO dans le journal d’annonces légales «Finances News, N° 1229» du 31 mars 2026, n’ont subi aucune modification.

BOURSE & FINANCES

12

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

drait 19,7 milliards de dirhams en 2026, puis 21,2 milliards en 2027. Dans les industries, la croissance serait plus forte sur les revenus que sur les marges en 2026. Le chiffre d’affaires est attendu à 246,2 milliards de dirhams, en hausse de 16%, porté par Managem, SGTM et Label’Vie. En 2027, les revenus industriels grim- peraient encore à 264,4 milliards, soit +7,4%. Cette nouvelle pro- gression serait tirée par la montée en cadence des carnets de com- mandes de SGTM, la poursuite de l’expansion de Label’Vie et la contribution des projets miniers de Managem. Le RNPG indus- triel passerait de 27,7 milliards de dirhams en 2026 à 29,6 milliards en 2027. De leur côté, les assurances devraient également prolonger leur amélioration avec des primes acquises nettes attendues à 25,5 milliards de dirhams en 2026, puis 27,4 milliards en 2027. Le résultat technique progresserait de 25% en 2026, avant une hausse plus modérée de 9% en 2027. BKGR retient une amélioration graduelle de la sinistralité et une contri- bution financière plus favorable en 2027, sous réserve de condi- tions de marché plus porteuses. Le RNPG sectoriel atteindrait 2,4 milliards de dirhams en 2026, puis 2,6 milliards en 2027. En termes de risques, BKGR cite les impacts fiscaux possibles, l’entrée en vigueur de la SBR dans l’assurance et le SREP attendu en 2027 pour les banques. Pour les industries, les principaux points de vigilance portent sur l’instabi- lité géopolitique, le coût du fret, le Brent, les intrants importés et la volatilité du dollar. Enfin, sur le plan boursier, la masse de dividendes du Scope 40 atteindrait 27 milliards de dirhams en 2026, puis 28,8 mil- liards en 2027. Le rendement glo- bal ressortirait à 2,8%, puis 2,9%. Le PER reculerait de 20,7 fois en 2025 à 19,7 fois en 2026, avant de se détendre à 18,4 fois en 2027. Pour BKGR, cette baisse des multiples laisse encore entrevoir un potentiel de re-rating, à condi- tion que la trajectoire bénéficiaire attendue se matérialise. ◆

Bourse Les bénéfices de la cote attendus en hausse jusqu’en 2027 B BKGR anticipe une nouvelle progression des résultats des sociétés cotées en 2026 et 2027, portée principalement par les banques, les mines et les assurances. Le scénario reste favorable, mais dépend encore de plusieurs variables dont la fiscalité, le coût du risque, le prix des matières premières et la stabilité géopolitique. Par Y . Seddik

perturbée par un effet de base. En 2025, Maroc Telecom avait béné- ficié d’une rétrocession excep- tionnelle liée au dossier IAM/ Wana. Retraitée de cet élément, la croissance du RNPG du Scope 40 ressortirait à près de 13% en 2026. L’exercice 2027 s’inscrirait ensuite dans une séquence plus normalisée, avec une progression moins heurtée, mais encore sou- tenue par les banques, le BTP et le transport. En 2026, l’amélioration viendrait d’abord des mines et des banques, précise le bureau de recherche. Les mines concentreraient 48,1% de la contribution positive à la hausse du RNPG, grâce à l’effet année pleine des projets structu- rants, à un environnement favo- rable sur les métaux précieux et à

certains gains non récurrents. Les banques représenteraient 42,5% de la contribution, portées par la bonne tenue du PNB, la discipline sur les charges et la maîtrise du risque. Les assurances profite- raient, elles, de l’effet de périmètre lié à la fusion-absorption atten- due d’Allianz Maroc par Sanlam Maroc. En 2027, les banques resteraient le premier moteur de la crois- sance bénéficiaire, avec 40,2% de la contribution attendue, dans le prolongement de leur dyna- mique commerciale. Le BTP prendrait davantage de poids, avec une contribution estimée à 23,6%, sous l’effet de l’accélé- ration des grands chantiers. Le transport, représenté notamment par Marsa Maroc, bénéficierait de la dynamique portuaire et de l’entrée en service de Nador West Med, avec une contribution atten- due de 10,1%. Par ailleurs, le secteur bancaire demeure l’un des piliers du scé- nario de BKGR, avec un PNB qui progresserait de 6,3% en 2026 à 80,5 milliards de dirhams, puis de 5,5% en 2027 à 84,8 milliards. La marge d’intérêt resterait soute- nue par l’effet volume lié au cycle d’investissement, tandis que les commissions conserveraient une trajectoire favorable. Les résultats de marché devraient, en revanche, revenir à un rythme plus normatif après plusieurs exercices portés par des effets de taux favorables. Le RNPG des financières attein-

MCE Capital Global Research (BKGR) conserve une lecture positive sur la trajectoire bénéfi- ciaire des sociétés cotées. Dans son Forecast de mai, le bureau de recherche anticipe, pour son Scope 40, un chiffre d’affaires glo- bal de 352,2 milliards de dirhams en 2026, en hausse de 13,6%, avant une nouvelle progression à 376,6 milliards en 2027. Le résul- tat opérationnel passerait de 90,5 milliards de dirhams en 2025 à 95,9 milliards en 2026, puis 103,6 milliards en 2027. Même mou- vement attendu sur la capacité bénéficiaire : le RNPG ressorti- rait à 49,7 milliards de dirhams en 2026, puis à 53,4 milliards en 2027, soit des hausses respec- tives de 9,7% et 7,4%. La lecture de 2026 reste toutefois

 Le RNPG global de la cote est attendu à 49,7 Mds de DH en 2026, puis à 53,4 milliards en 2027.

www.fnh.ma

BOURSE & FINANCES

14

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

une amélioration généralisée du pouvoir d’achat ou des revenus. Il reflète, avant tout, des comportements d’arbi- trage et de précaution». Par ailleurs, précise-t-elle, «trois facteurs principaux de la dynamique des dépôts peuvent être identifiés. Le pre- mier tient au renforcement de l’épargne de précaution, dans un contexte où les ménages privilégient la liquidité face à l’incertitude sur les revenus futurs et le coût de la vie. Le second tient à un effet de concentration de l’épargne, où la dynamique des dépôts est structurellement portée par les ménages à capacité d’épargne élevée (ménages aisés). Le troisième tient enfin à une profondeur encore limi- tée des marchés d’investisse- ment financier, qui réduit les possibilités d’arbitrage vers des actifs de long terme ou risqués». L’allocation des ressources disponibles A la lecture des données sta- tistiques de Bank Al-Maghrib, il ressort une dynamique plus modérée de la distribution de crédit par rapport à celle de la collecte des dépôts. L’écart entre les dépôts et les cré- dits alloués se situe à près de 130 milliards de dirhams à fin mars 2026. Un écart qui met en lumière les défis per- sistants quant à l’allocation des ressources bancaires au profit du financement de l’activité économique. Selon Sbai, «le blocage ne vient pas d’un manque de ressources financières, mais d’une chaîne de transformation incom- plète entre épargne, prise de risque et investissement pro- ductif. Du côté des banques, les arbitrages restent forte- ment encadrés par la logique prudentielle. Elles privilégient naturellement les actifs sou- verains et les expositions les mieux notées en risque, ce qui limite mécaniquement la part du financement allouée aux entreprises, en particulier

 L’écart entre les dépôts et crédits alloués se situe à près de 130 milliards de dirhams à fin mars 2026.

Banques L’épargne des ménages atteint un niveau historique

elon les dernières statis- tiques monétaires de Bank Al-Maghrib, l’encours des cré- dits et des dépôts bancaires a franchi un niveau record à fin mars 2026. La distribution de crédit est en progression, sur un an, de 7,4% à près de 1.251,3 milliards de dirhams, tandis que la collecte des dépôts progresse de 8,4% avec un encours qui atteint 1.383,5 milliards de dirhams. Au sein même de cette dynamique, les dépôts des ménages enregistrent, sur un an, une progression de 8,1%, S A fin mars 2026, les dépôts bancaires affichent une progression par rapport à la même période de l’année dernière. Si l’encours total est en hausse de 8,4%, les dépôts des ménages franchissent quant à eux un seuil historique en atteignant près de 1.003 milliards de dirhams. Par J. M.

à près de 1.003,8 milliards de dirhams, un niveau histo- rique qui s’inscrit dans une dynamique de fond observée déjà depuis quelques années. Après une décélération enre- gistrée en 2023, la collecte des dépôts des ménages avait alors renoué avec la crois- sance en 2024, atteignant 924,3 milliards (+7,5%). Fin décembre 2025, leur niveau culmine à 978,7 milliards (+5,9%). La tendance semble donc s’amplifier avec ce nou- veau franchissement de seuil à plus de 1.000 milliards dès les premiers mois de l’année. Toutefois, «le niveau record des dépôts bancaires, tel qu’indiqué par les données

de BAM, constitue un signal macroéconomique significa- tif, mais doit être interprété avec prudence», souligne Sara Sbai PhD - Senior Lead International Consultante en Corporate Finance, Strategy and Risk management. Et de poursuivre : «il traduit d’abord un élément structurel positif : la solidité de la confiance dans le système bancaire et la capa- cité d’absorption de l’épargne par le secteur financier, dans un environnement marqué par des incertitudes macroéco- nomiques persistantes et une inflation encore partiellement ancrée. Cependant, ce niveau de dépôts ne peut pas être assimilé mécaniquement à

Du côté des banques, les arbitrages restent fortement encadrés par la logique prudentielle.

www.fnh.ma

BOURSE & FINANCES

15

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

d’une information financière suffisamment standardisée, fiable ou comparable, ce qui complique l’évaluation du risque et renchérit le coût du financement. Cette contrainte est souvent renforcée par la question des garanties; de nombreuses PME disposent d’un collatéral limité, ce qui restreint mécaniquement leur accès au crédit.

vement étroit, ce qui limite les possibilités de diversification du financement de l’écono- mie et concentre une grande partie des flux sur le canal bancaire. Sur ce segment des marchés financiers en effet, le faible nombre de comptes- titres estimé à environ 200.000 illustre les limites de la démo- cratisation de l’investisse- ment». ◆

aux PME. À cela s’ajoute un élément important : le coût du crédit, lié à la prime de risque et aux exigences de garanties, qui peut rester élevé pour une partie du tissu productif». Par ailleurs, poursuit-elle, «du côté des entreprises, les asymétries d’information constituent un frein structu- rel. Une partie du tissu pro- ductif ne dispose pas encore

Après une décélération enregistrée en 2023, la collecte des dépôts des ménages a renoué avec la croissance en 2024, atteignant 924,3 Mds de DH (+7,5%).

À cela s’ajoute un troisième frein lié à la profondeur des marchés financiers. Le mar- ché des capitaux reste relati-

Les conditions de la transformation des dépôts en capital productif

Selon Sara Sbai, la mobilisation de l’épargne passe d’abord par un meilleur fonctionnement du système bancaire, en facilitant l’octroi de crédits aux entre- prises viables, notamment les PME, grâce à des mécanismes de garantie et de partage du risque. Concrètement, ces dis- positifs, souvent portés par des acteurs publics, couvrent une partie des pertes potentielles en cas de défaut, ce qui réduit le risque supporté par la banque et lui permet de financer des entre- prises dont le projet est économi- quement solide, mais jugé trop risqué au regard des exigences prudentielles ou du manque d’historique. Ensuite, il est nécessaire de diversifier les canaux de finan- cement au-delà du crédit ban- caire, en développant des instru- ments adaptés aux besoins des entreprises, tels que des fonds d’investissement sectoriels, le capital investissement et des ins- truments hybrides entre dette et capital, qui permettent de finan- cer les PME sur le long terme tout en adaptant les modalités de remboursement à leur capa- cité de croissance. Enfin, il est essentiel d’orienter l’épargne vers le long terme en rendant le cadre fiscal et les inci- tations à l’investissement plus stables et lisibles, afin d’encou- rager les investisseurs à privi- légier des placements produc- tifs plutôt que des placements courts et liquides.

www.fnh.ma

BOURSE & FINANCES

16

FINANCES NEWS HEBDO MARDI 26 MAI 2026

américain et de l'Euro avait lourde- ment pénalisé l'entreprise, provo- quant une perte de change brute de 14 millions de dirhams sur les neuf premiers mois de l’exercice et ramenant le résultat net annuel à 4 millions de dirhams au lieu des 18 millions anticipés. Dès le qua- trième trimestre 2022, la mise en place d'une approche de couverture systématique a permis d'inverser la tendance en dégageant un gain de 2 millions de dirhams en fin d'année, une dynamique positive qui s'est pérennisée sous forme de gains de change nets réguliers au cours des exercices 2023, 2024 et 2025. Anticipation commerciale face au pivot mondial vers l'IA L’exercice 2026 s’ouvre dans un contexte mondial complexe, marqué par de fortes tensions d'approvi- sionnement qui rappellent l’époque de la crise sanitaire. L’explosion de la demande en puces dédiées à l'intelligence artificielle a poussé les constructeurs de composants à opé- rer des arbitrages drastiques, délais- sant la fabrication de mémoires et de processeurs pour PC traditionnels au profit de segments plus lucratifs. Il en résulte une raréfaction de l'offre et des hausses de tarifs successives sur le marché mondial, atteignant 15% dès janvier 2026 et grimpant parfois de 25% à 60% selon les lignes de produits. Face à cette pénurie annoncée dès novembre 2025, Disty Technologies a fait le choix de la réactivité en mobilisant ses lignes de financement pour passer des commandes d’une envergure supérieure aux niveaux habituels. Cette stratégie explique le volume particulièrement élevé de «marchandises en route» inscrit au bilan. Ces stocks sécurisés à des prix d'achat maîtrisés garantissent l'approvisionnement du marché national pour le premier semestre 2026. Le management confirme une tendance haussière de l’activité pour le premier trimestre et le premier semestre 2026, validant la résilience opérationnelle et la capacité de l'en- treprise à capter la croissance du secteur. À plus long terme, le distributeur conserve l'ambition d'asseoir son leadership national tout en mainte- nant sa vision d'un développement futur à l'international. ◆

 Quatre ans après son introduction en Bourse, Disty Technologies a réuni analystes et inves- tisseurs pour revenir sur son modèle, ses chantiers internes et ses perspectives à court terme.

Entreprise cotée 4 ans après son IPO, DISTY détaille les ressorts de sa croissance F Quatre ans après son introduction en Bourse, l’importateur et distributeur de solutions technologiques Disty Technologies a réuni la communauté financière à la Bourse de Casablanca pour dresser un bilan d'étape opérationnel. La PME cotée sur le marché alternatif affiche sa confiance pour le premier semestre 2026, malgré les tensions d'approvisionnement nées de l’essor mondial de l’intelligence artificielle. Par Y . Seddik un maillage de 1.600 revendeurs actifs à travers le Royaume sur un marché potentiel de 2.000 profes- sionnels, qui sécurisent ainsi une clientèle récurrente qualifiée de «clients de toujours». L'efficacité opérationnelle au cœur de la transformation interne

ondée en 2011 avec l'appui de fonds d'amorçage, l'entreprise a franchi un palier structurel majeur lors de son introduction en Bourse en 2022, survenue en pleine crise ukrainienne. Cette opération a ren- forcé la confiance de ses partenaires financiers et des grands construc- teurs technologiques mondiaux (HP, Lenovo, Canon, Microsoft, Nvidia), qui limitent drastiquement leurs agréments à deux ou trois distributeurs par territoire. Disty Technologies se positionne exclu- sivement en amont des profession- nels de l'informatique, excluant toute vente directe aux entités publiques. La photographie financière actuelle fait ressortir un chiffre d'affaires de 638 millions de dirhams, un EBITDA de 38 millions de dirhams et un résultat net consolidé à 25 millions de dirhams, adossés à des capitaux propres de 185 millions de dirhams. L'entreprise s'appuie également sur

traduite par le déploiement d’une solution de Business intelligence (BI) offrant un suivi en temps réel des ventes, de la rotation des stocks, des balances âgées et de la contri- bution de chacune des 11 marques majeures distribuées. L’interfaçage technique entre le WMS (Warehouse Management System) et l'ERP a considérablement réduit le taux d'erreur et fluidifié le traitement des flux de marchandises. Bien que non soumise aux obligations de publica- tion trimestrielle inhérentes au mar- ché principal, Disty a instauré des clôtures comptables trimestrielles en interne pour optimiser ses échanges avec ses commissaires aux comptes et accélérer ses publications finan- cières réglementaires. L’un des tournants décisifs de l'his- toire récente de l’importateur réside dans la refonte complète de sa poli- tique de couverture de change. En 2022, la volatilité extrême du Dollar

Par ailleurs, le management a expo- sé les chantiers de transformation interne qui sous-tendent la rentabi- lité opérationnelle. Sur le plan de la supply chain et de la qualité, l'obten- tion de la certification ISO 9001 en 2024 ainsi que le statut d'Opérateur économique agréé (OEA) auprès de la douane ont permis de structu- rer les processus logistiques. Disty Technologies prépare l’obtention des normes environnementales et de sécurité ISO 14001 et ISO 45001 pour l'année 2026. En parallèle, la digitalisation de l’organisation s'est

www.fnh.ma

Page 1 Page 2 Page 3 Page 4 Page 5 Page 6 Page 7 Page 8 Page 9 Page 10 Page 11 Page 12 Page 13 Page 14 Page 15 Page 16 Page 17 Page 18 Page 19 Page 20 Page 21 Page 22 Page 23 Page 24 Page 25 Page 26 Page 27 Page 28 Page 29 Page 30 Page 31 Page 32 Page 33 Page 34 Page 35 Page 36 Page 37 Page 38 Page 39 Page 40 Page 41 Page 42 Page 43 Page 44 Page 45 Page 46 Page 47 Page 48 Page 49 Page 50 Page 51 Page 52

fnh.ma

Made with FlippingBook flipbook maker