Finances News Hebdo 1238

Découvrez le numéro 981 de Finances News Hebdo, premier hebdomadaire de l'information financière au Maroc

Du 11 juin 2026 - 8 DH - N° 1238

PREMIER HEBDOMADAIRE DE L'INFORMATION FINANCIÈRE AU MAROC

Directeur de la publication : Fatima Ouriaghli

Devises et commerce international

Bourse de Casablanca

«La trajectoire du marché reste positive malgré les turbulences»

L'Office des changes lâche du lest

P. 5

P.6/7

David Rigoulet-Roze

Giacomo Luciani

Peer de Jong

Najib Akesbi

Alan Eyre

Alicia García Herrero

Patrice Geoffron

P. 10 à 25

«Le Maroc a construit un écosystème diversifié»  Entretien avec Youssef Guerraoui Filali, président du Centre marocain pour la gouvernance et le management Industrie

Le secteur bancaire marocain face au risque CBAM Quand Bruxelles devient un risque de crédit à Casablanca

P. 27 à 30

P. 8

Dépôt légal : 157/98 ISSN : 1114-047 - Dossier de presse : 24/98 - Adresse : 83, Bd El Massira El Khadra, Casablanca - Tél. : (0522) 98.41.64/66 - Fax : (0522) 98.40.22 - Adresse web : www.fnh.ma

SOMMAIRE

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026

3 ACTUALITÉ

ECONOMIE

Editorial

Voyons voir : Moyen-Orient : Parlons paix…, le doigt sur la gâchette

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Textile marocain : L’IFC veut faire de la circularité un levier de compétitivité Industrie : Les succès du Maroc et le paradoxe de l’emploi Entretien avec Youssef Guerraoui Filali : Industrie , «Le Maroc a progressivement construit un écosystème diversifié» Investissement automobile : Le Maroc, nouveau hub des équipementiers chinois Entretien avec Claudia Gaudiau-Francisco : Mondial 2030, «Pour cet événement, la jeunesse marocaine est au rendez-vous, formée, mobile, ambitieuse» Diplomatie d’affaires : Un métier que les entre- prises marocaines ne peuvent plus ignorer Entretien avec Khalid Doumou : Le Maroc dans le grand jeu du commerce mondial Entreprises familiales : Les enjeux de la transmis- sion intergénérationnelle Services marchands et commerce de gros : Une activité contrastée au premier trimestre

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Dividendes : La thématique «rendement» au centre du jeu Devises et commerce international : L'Office des changes lâche du lest Bourse de Casablanca : «La trajectoire du marché reste positive malgré les turbulences» Le secteur bancaire marocain face au risque CBAM : Quand Bruxelles devient un risque de crédit à Casablanca 4 5 6 8 BOURSE & FINANCES

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Fatima Ouriaghli Directeur général, Responsable de la publication

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première vue, les comptes nationaux publiés par le haut-com- missariat au Plan (HCP) ont de quoi rassurer. Ils montrent, en 2025, une croissance de 4,9% contre 4,4% en 2024, une inflation contenue à 1,6%, un investissement qui s’accélère fortement et un revenu national brut disponible qui progresse. Après plusieurs années de stress économique, le Maroc semble retrouver une forme de stabilité. Pourtant, ces chiffres encou- rageants cachent une réalité que l’économie nationale peine toujours à dépasser : sa dépendance persistante à la pluie. Car si la croissance s’est améliorée, c’est avant tout grâce au retour des précipitations. En 2025, la valeur ajoutée agricole a bondi de 8,2% après avoir reculé de 5,7% l’année précédente. Cette seule performance explique une large part de l’accélération du PIB national. Pendant que l’agriculture retrouvait des couleurs, la croissance des activités non agri- coles ralentissait, passant de 5,1% à 3,9%. Autrement dit, sans le rebond agricole, la croissance marocaine aurait été nettement moins flamboyante. Le constat n’est pas nouveau. Depuis des décennies, les économistes marocains observent ce phénomène presque mécanique : quand il pleut, la croissance s’améliore; quand la sécheresse s’installe, elle ralentit. Une réalité qui rappelle que, malgré les avancées industrielles, touristiques et technologiques enregistrées ces dernières années, l’agriculture continue de peser bien au-delà de sa contribution directe au PIB. Elle influence l’emploi rural, la consommation des ménages, les revenus des campagnes et, in fine, la dynamique générale de l’économie. A 2025, une année de croissance tombée du ciel La campagne 2025 a bénéficié d’un contexte hydrique exceptionnel. Après plusieurs années de stress aigu, les précipitations abondantes ont permis une reconstitution spectaculaire des réserves en eau. Début juin 2026, le taux de remplissage global des barrages du Royaume dépassait 75%, contre moins de 40% à la même période un an auparavant, avec des réserves supérieures à 12,8 milliards de mètres cubes. Mais cette embellie soulève également une interrogation plus profonde. Comment expliquer qu’en 2025, alors que le Maroc investit massivement dans les infrastructures, l’industrie automobile, l’aéronautique, les éner- gies renouvelables ou encore le numérique, le facteur déterminant de la croissance demeure encore la pluviométrie ? La question n’est pas anodine. Elle renvoie à l’un des grands défis du modèle économique national : réduire progressivement la sensibilité du PIB aux aléas climatiques. Car si les barrages débordent aujourd’hui, personne n’a oublié qu’ils affichaient des niveaux historiquement bas il y a encore quelques mois. Le Maroc a certes multiplié les réponses structurelles à travers notamment le dessalement de l’eau de mer, l’inter- connexion des bassins hydrauliques, la généralisation progressive de l’irrigation goutte-à-goutte, la construction de nouveaux barrages et la réutilisation des eaux usées traitées. Mais les comptes nationaux de 2025 montrent que la transition vers une croissance totalement découplée des précipitations est encore loin d’être achevée. C’est dire que le défi, aujourd’hui, est de bâtir une économie suffisamment diversifiée pour continuer à croître même lorsque le ciel décide de fermer le robinet. u

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FOCUS CRISE AU MOYEN-ORIENT

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Moyen-Orient : Epicentre du nouvel ordre mondial Entretien avec Dr. David Rigoulet-Roze : Moyen- Orient, L’heure des rapports de force Entretien avec Patrice Geoffron : Ormuz, La fin de la mondialisation à bas coût ? Entretien avec Alan Eyre : Nucléaire iranien, Le dossier que les frappes américaines n’ont pas clos Entretien avec Giacomo Luciani : Crise au Moyen- Orient, Les monarchies du Golfe à l'heure du doute stratégique Entretien avec Peer de Jong : Crise au Moyen- Orient, L’Europe, la grande absente Entretien avec Alicia García Herrero : Moyen- Orient, La Chine, entre opportunité stratégique et risque énergétique Entretien avec Najib Akesbi : Crise au Moyen- Orient, Le Maroc n’est pas à l’abri

40 L'UNIVERS DES TPME

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Blink Pharma : «Nous construisons une plate- forme capable d’analyser les prescriptions et d’anticiper les risques»

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HIGH-TECH

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Pourquoi l'IA relance la course aux infrastruc- tures numériques Cybersécurité : Le Maroc face à ses failles numé- riques 3 ème édition de l’AI Conférence : De la réflexion aux usages

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48 SOCIÉTÉ

Mondial 2026 : Combien faudra-t-il débourser réellement pour suivre les Lions aux États-Unis ?

• Directeur des rédactions & Développement : David William • Journalistes : Charaf Jaidani, Leïla Ouriaghli, Youssef Seddik, Khalid Aourmi, Ibtissam Zerrouk • Révision : M. Labdaouat • Directeur technique & maquettiste : Abdelillah Chamseddine • Mise en page : Zakaria Beladal

• Assistantes de direction : Amina Khchai • Département commercial : Samira Lakbiri • Administratif : Fatiha Aït Allah • Édition : JMA CONSEIL

• Impression : Les imprimeries du Matin • Distribution : Sochpress • Tirage 5.000 exemplaires • Dépôt légal : 157/98 • ISSN : 1114-047 • Dossier de presse : 24/98 • N° Commission paritaire : H.F/02-05 • S.A.R.L. au capital de 5.000.000,00 DH - C.N.S.S. 600 50 62 I.F. 1022303 - Patente 35770001 - ICE N° : 001526693000021

• Directeur Général responsable de la Publication : Fatima OURIAGHLI Contact : redactionfnh@gmail.com

VOYONS VOIR

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FINANCES NEWS HEBDO JEUDI 11 JUIN 2026

Moyen-Orient

Parlons paix…, le doigt sur la gâchette

C

Par D. William

ette semaine encore, les sirènes ont reten- ti à Tel-Aviv, les explosions ont secoué Téhéran et les missiles ont traversé les cieux d’une région qui semble condamnée à vivre sous tension permanente. Pourtant, après quelques heures de tensions militaires iné- dites entre l’Iran et Israël depuis la trêve du 8 avril, les armes se sont momentanément tues. Du moins officiellement. Et voilà que Donald Trump annonce être dans les «derniers efforts» pour conclure un accord avec l’Iran. Avec son sens habituel de la formule, le président américain promet même un « très, très bon accord» dans un délai de « deux à trois jours» . Une déclaration qui ressemble fort à une tentative de reprise en main d’un dossier qui lui échappe régu- lièrement. Car une réalité saute aux yeux : Washington, Téhéran et Tel-Aviv ne parlent plus exacte- ment le même langage. Trump veut un accord. Netanyahu veut gar- der sa liberté d’action. L’Iran veut imposer ses conditions. Et le Liban continue de payer le prix de ce triangle explosif. Les événements des derniers jours illustrent parfaitement ce désalignement croissant. Après une frappe israélienne contre la ban- lieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, l’Iran a lancé une trentaine de missiles contre Israël. La réponse israélienne n’a pas tardé. Puis, sous la pression américaine, les deux camps ont annoncé l’arrêt des hostilités.

Mais chacun s’est empressé d’ajouter une menace à sa déclaration de paix. Le commandement iranien a averti que « des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant» seraient entreprises en cas de nouvelle agression. Benjamin Netanyahu a répliqué qu’Israël répondrait «avec force» à toute nouvelle attaque. Quant au ministre israélien de la Défense, Israël Katz, il a pro- mis que son pays continuerait d’agir contre le Hezbollah. Autrement dit, tout le monde parle de paix en gardant le doigt sur la gâchette. Trump Vs Netanyahu Le plus intéressant dans ce qui se joue actuellement n’est peut-être pas la confron- tation entre Israël et l’Iran. C’est la confron- tation, plus discrète mais tout aussi signi- ficative, entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu. Depuis plusieurs semaines, les diver- gences entre les deux hommes deviennent publiques. Trump veut sortir d’une guerre devenue impopulaire auprès de l’opinion américaine à l’approche des élections de mi-mandat. Son objectif est de stabiliser la région suffisamment longtemps pour pré- senter un succès diplomatique aux élec- teurs. Netanyahu, lui, raisonne d’abord en termes de sécurité nationale et de survie politique. Sous pression de sa coalition et d’une opi-

nion israélienne traumatisée par des mois de guerre, il refuse d’apparaître comme celui qui céderait devant l’Iran. Le ton employé par Trump est révélateur. Selon Axios, il aurait averti son allié israélien: «Bibi, tu devrais faire attention ou tu vas très bientôt te retrouver tout seul ». Plus specta- culaire encore, il a affirmé dans un entretien au Financial Times qu’« il n'aura pas le choix. C'est moi qui décide. C'est moi qui décide tout. Il ne décide pas». Rarement un président américain aura parlé de cette manière à un Premier ministre israélien. Mais la réalité du terrain est sou- vent plus complexe que les déclarations présidentielles. Netanyahu a certes écouté Trump, mais cela ne l’a pas empêché de poursuivre ses frappes sur le Liban. Cette contradiction résume à elle seule la difficulté de la diplomatie américaine au Moyen-Orient. Les Etats-Unis restent l’allié incontournable d’Israël, mais leur capacité à dicter entièrement la conduite de Tel-Aviv paraît aujourd’hui moins évidente qu’aupa- ravant. Même au sein de l’administration américaine, les nuances apparaissent. Le vice-président JD Vance a reconnu que, malgré les nom- breux intérêts communs entre Washington et Israël, il existait «des situations où nos intérêts divergent». Pendant ce temps, le Liban demeure l’otage d’une confrontation qui le dépasse. Alors que les grandes puissances discutent d’accords stratégiques et de garanties de sécurité, les habitants du sud du Liban conti- nuent de compter leurs morts. Les frappes israéliennes ont encore fait plusieurs vic- times dans une quinzaine de localités. Le Hezbollah, quant à lui, reste un acteur incontournable de l’équation régionale. Pour Téhéran, il est impossible de dissocier le dossier libanais du conflit plus large avec Israël. Washington souhaite au contraire compartimenter les crises et régler chaque dossier séparément. Là encore, les visions s’opposent. Cette divergence explique pour- quoi les négociations paraissent si fragiles. Et place le Moyen-Orient dans une pos- ture étrange : les protagonistes cherchent simultanément à éviter une guerre totale et à démontrer qu’ils sont prêts à la mener. ◆

oui , je souhaite m’abonner à cette offre spéciale pour 1 an BULLETIN D’ABONNEMENT Mon abonnement comprend : ❑ 48 numéros Finances News hebdo & 2 numéros du Hors-série. Voici mes coordonnées : ❑ M ❑ Mme ❑ Mlle Nom/Prénom : ................................................................................... Adresse : ............................................................................................ Ville : ............................. Code Postal : ............................................ Tél : ........................................ Fax : ................................................. E-mail : ............................................................................................. Mon règlement ci-joint par : ❑ Chèque bancaire ou virement bancaire à l’ordre de JMA Conseil : Banque Populaire, Agence Abdelmoumen, Compte N° 21211 580 5678 0006-Casablanca - (Maroc)

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Dividendes La thématique «rendement» au centre du jeu

A La saison des dividendes entre dans sa phase la plus suivie à la Bourse de Casablanca. Après les publications annuelles et les AGO, les investisseurs regardent désormais les détachements et les mises en paiement. Dans un marché où le rendement moyen recule malgré la hausse des coupons, quelques dossiers restent au-dessus du lot. action par rapport à l’an dernier. Mais le rendement, lui, ne suit pas la même pente. BKGR estime le dividend yield moyen de la cote à 2,6% au titre de 2025, contre 2,8% en 2024. Le marché a donc davantage distribué, mais il s’est aussi revalorisé. Le coupon monte, le rendement se tasse et dans un marché qui a déjà beaucoup inté- gré la croissance bénéficiaire, la lecture devient plus sélective. Par Y . Seddik

la Bourse de Casablanca, le mois de juin marque souvent le retour du vieux réflexe de regarder ce que les sociétés rendent réellement à leurs actionnaires. Les résultats annuels ont été publiés, les assem- blées générales bouclent leurs résolutions, les premiers calen- driers de détachement prennent forme. Pour les gérants comme pour les particuliers, le dividende reste ce moment particulier où la performance comptable se trans- forme en cash. En 2025, les sociétés cotées ont franchi un seuil symbolique avec une capacité bénéficiaire globale de 50,9 milliards de DH, en hausse de 40%. Retraité des éléments exceptionnels liés au litige IAM/ Wana, le résultat net récurrent ressort encore en progression de 22,3%, à 49,5 Mds de DH. La dis- tribution suit avec une masse de dividendes annoncés qui atteint 24,5 Mds de DH, en hausse de 16,9%, avec 42 sociétés sur 54 ayant relevé leur dividende par

cotée depuis 2022, a proposé un dividende de 19,50 DH par action au titre de 2025 (dont la date du paiement est prévue pour le 7 juil- let), contre 16,50 DH un an plus tôt. Le DPA ressortait à 15 DH en 2023 et à 10 DH en 2022, hors dividende exceptionnel de 15 DH versé après l’IPO. En gros, la rémunération des actionnaires a quasiment doublé entre 2022 et 2025. En parallèle, la valorisation ajoute un autre élément à la lecture du dossier. BKGR fait ressortir un PER 2025 de 13,5x pour la tech, nette- ment inférieur au multiple moyen de la cote, estimé à 20,1x. Autrement dit, la valeur ne se distingue pas seulement par son rendement de 5,6%; elle conserve aussi un profil de valorisation raisonnable au regard du marché. Le dossier se lit également par comparaison avec son compartiment. Dans les

logiciels et services informatiques, Disty Technologies affiche le meil- leur rendement de l’échantillon suivi par BKGR, à 5,6%, devant Disway et Microdata ou encore HPS dont le DY ressort beaucoup plus bas, à 1,4%. Le secteur NTIC n’offre donc pas un profil homo- gène puisque certains dossiers se paient sur la croissance, d’autres gardent une dimension rendement plus marquée. Au final, l'afflux de liquidités sur le marché va donc s'intensi- fier tout au long des prochaines semaines de ce mois de juin 2026. Les valeurs de taille intermédiaire (Mid-Caps) capables d'allier une croissance opérationnelle à deux chiffres et des rendements lar- gement supérieurs à la moyenne s'imposent comme des arbitrages de choix pour les portefeuilles en quête de performance réelle. ◆

Dans ce contexte, les valeurs capables d’offrir plus de 5% de ren- dement ressortent naturellement davantage. Elles ne sont pas les plus nombreuses. D’après les don- nées BKGR, Aluminium du Maroc affiche un DY de 6,1%, Immorente Invest 6%, Afric Industries et Ennakl 5,9%, Maghrebail ou encore Disty Technologies 5,6%. Le cas de cette dernière est inté- ressant parce qu’il combine deux lectures : un rendement élevé et un historique de distribution qui com- mence à se dessiner depuis son introduction en Bourse. La valeur,

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avec un plancher garanti de 50.000 dirhams pour les nouvelles struc- tures.

Reconfiguration logistique et intégration sectorielle

Ces réformes s'inscrivent dans une refonte globale des chaînes de valeur mondiales. Le Maroc tire parti de son accord de libre-échange avec les États-Unis. Les droits de douane réciproques imposés par Washington à certaines provenances concurrentes (allant jusqu'à 60%) confèrent un avantage de compétiti- vité de 10 à 12% aux textiles et pro- duits agroalimentaires marocains. À cela s'ajoute l'entrée en vigueur définitive de la taxe carbone euro- péenne (CBAM) au 1er janvier 2026. Les investissements du Royaume dans les énergies renouvelables (cible de 72% d'ici 2030) permettent de fournir les certifications vertes exigées par les donneurs d’ordres européens. Par ailleurs, la ZLECAf, dans sa sixième année d’application avec 24 pays actifs dans les baisses tarifaires, ouvre l'accès à un marché continental en pleine expansion. Sur le plan sectoriel, l'automobile affiche un taux d'intégration locale de 70% (cible de 85% en 2030) via la fonderie d'aluminium et l'électro- nique embarquée. L'aéronautique progresse à deux chiffres depuis dix ans, tandis que la pharmacie cherche à relocaliser la production de ses principes actifs, importés à près de 100%. Enfin, pour encadrer ces mutations, la Charte de l'investissement a validé en trois ans (2023-2025) près de 250 projets pour un montant global de 440 milliards de dirhams, proposant des primes à l'investissement privé allant jusqu'à 30%. L'AMDIE déploie en parallèle des programmes d’ap- pui comme «Export More Now» et «Tour Export», ce dernier octroyant des subventions d’amorçage de 1 à 2 millions de dirhams pour les entreprises exportatrices. En com- plément, Bank of Africa structure cet élan à travers des solutions finan- cières ciblées : le mécanisme TPME Invest pour l’investissement, la pla- teforme Business Online pour la ges- tion intégrée des flux internationaux, et sa salle des marchés dédiée à la couverture proactive contre le risque de change. ◆

 L’IGOC 2026 introduit plusieurs assouplissements destinés à accompagner l’internationalisation des entreprises marocaines.

Devises et commerce international L'Office des changes lâche du lest C La refonte de l'Instruction générale des opérations de change (IGOC) 2026 redessine le cadre opérationnel des entreprises marocaines tournées vers l'international. Lors de la 3 ème édition des Business Meetings organisée à Casablanca par Bank of Africa (BOA), en partenariat avec l'Office des changes et l’AMDIE, les dirigeants économiques ont décrypté ces nouveaux leviers régle- mentaires destinés à sécuriser et fluidifier les transactions transfrontalières. Par Y . Seddik riannuels. Concernant l'importation de services, le principe de liberté adossé à l’effectivité prévaut. Les flux intragroupe (management fees, franchises, minimum de garantie) restent soumis au contrôle de l'Of- fice des changes pour éviter l’opti- misation fiscale sans contrepartie réelle. Le statut d’opérateur catégorisé (co- certifié par la Douane et la DGI) offre des avantages accrus :

ette révision intervient dans un contexte de stabilisation des indi- cateurs monétaires du Royaume. La croissance économique nationale s'est établie à 4,9% au terme de l'exercice 2025, signant sa meilleure performance depuis 2017. Ce dyna- misme coïncide avec un flux histo- rique d’investissements directs étran- gers (IDE) ayant dépassé 56 milliards de dirhams. L’investissement global a atteint 422,5 milliards de dirhams en 2024 (+14% sur un an). Les avoirs officiels de réserve couvrent désor- mais entre 5,5 et 6 mois d'importa- tions, offrant aux autorités la marge de manœuvre nécessaire pour enga- ger ces assouplissements. Côté balance commerciale, les importations s'élèvent à 822 mil- liards de dirhams face à des expor- tations de 474 milliards portées par l'automobile. Toutefois, l'analyse structurelle montre que 70% des achats extérieurs se composent de biens d'équipement et de produits industriels requis pour les chantiers d’infrastructure (extension ferro- viaire, gigafactories de batteries).

Les projections institutionnelles pré- voient une baisse mécanique de ces importations d'ici trois ans, une fois ces unités de production opération- nelles. La mise à jour de la régle- mentation transforme les règles de change en un outil de pilotage straté- gique pour les opérateurs. Parmi les mesures phares, les startups labelli- sées voient leur plafond d'investisse- ment à l'étranger porté à 10 millions de dirhams par an. Pour les investis- seurs internationaux, les clauses de garantie actif-passif lors d’acquisi- tions de parts sociales sont désor- mais déléguées aux banques, élimi- nant le recours systématique à une autorisation préalable. De plus, une tolérance de transfert de dividendes jusqu’à 2 millions de dirhams est accordée aux investisseurs étran- gers peinant à justifier l’historique de leur financement initial. Pour les exportateurs de services, l'IGOC 2026 permet de loger jusqu'à 15% du montant d'un marché international directement dans un compte en devises pour couvrir les frais courants sur les contrats plu-

• Règlement anticipé : Possibilité de régler 100% d'une importation avant son entrée sur le territoire national. • Négoce international : Autorisation de payer un fournisseur étranger avant l’encaissement du client final. • Voyages professionnels : Dotation portée à 1,5 million de dirhams (contre 1 million pour le régime géné- ral). • Comptes de devises : Relèvement du taux de détention des avoirs à 80% (contre 70% pour le régime général). Pour le commerce électronique, une dotation e-commerce modulable jusqu’à 200.000 dirhams est créée,

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À Marrakech, BMCE Capital a réuni émetteurs marocains, investisseurs locaux et étrangers pour la cinquième édition de son Annual Investor Conference. Dans un marché traversé par les turbulences géopolitiques mais porté par des fondamentaux encore solides, les équipes de BMCE Capital défendent une lecture confiante de la Bourse de Casablanca. Entretien croisé avec Majd Guebbas, Directeur général de BMCE Capital Bourse, et Hicham Saadani, administrateur- Directeur général délégué de BMCE Capital Global Research. Bourse de Casablanca «La trajectoire du marché reste positive malgré les turbulences»

tage d’incertitudes, notamment sur le plan géopolitique. Cela contraste avec le contexte marocain, où la croissance éco- nomique reste résiliente, voire solide. Nous sommes forcément perturbés par le bruit extérieur, mais nous restons confiants. Le marché marocain a déjà traver- sé plusieurs crises. À chaque fois, il a montré sa capacité de résilience et de rebond. Nous pensons donc que la trajectoire restera positive, même si nous traversons une période de tur- bulences. F. N. H. : Quels sont les premiers retours des inves- tisseurs depuis le démar- rage des rencontres ? M. G. : Les échanges viennent de démarrer, mais les investisseurs sont présents et intéressés. Ils ont besoin d’éclairage de la part des émetteurs, notamment pour comprendre comment les entre- prises appréhendent le contexte actuel et comment elles adaptent leur stratégie. L’échange est toujours utile des deux côtés. Les investis- seurs cherchent de la visibilité, les émetteurs peuvent expliquer leur lecture du marché et leurs perspectives. Cette édition prévoit également une plénière dédiée à la présen- tation du marché actions maro- cain aux investisseurs étrangers, qui ne le connaissent pas tous au même degré que les inves- tisseurs locaux. Nous aurons aussi une présentation sur le marché à terme, dans le pro- longement de son lancement en 2026. L’objectif est d’associer les investisseurs locaux à ce nouveau compartiment et d’en expliquer les enjeux. F. N. H. : Les marchés évo- luent dans un climat mar- qué par les tensions géo- politiques et les perturba- tions internationales. Quel regard portez-vous sur ce contexte ? Hicham Saadani : Depuis le début de l’année, notamment à partir de février, les marchés internationaux ont connu une

Propos recueillis par Y. Seddik.

 Majd Guebbas

 Hicham Saadani

sortir du cadre habituel, d’autant plus que nous accueillons un nombre important d’investis- seurs étrangers. C’est aussi une manière de promouvoir le Maroc et de mettre en avant une ville comme Marrakech. Sur le contenu, nous avons pratiquement 23 émetteurs marocains, auxquels s’ajoutent quatre émetteurs de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). Nous avons également des investisseurs venus spécia- lement de la zone BRVM pour assister à la conférence, ce qui constitue une première. À cela s’ajoute un panel élargi d’inves- tisseurs étrangers.

F. N. H. : Peut-on dire que l’appel de Marrakech a joué en votre faveur ? M. G. : Exactement. Le cadre joue aussi son rôle. Il permet de créer une autre dynamique autour des rencontres entre émetteurs et investisseurs. F. N. H. : Cette confé- rence se tient dans un contexte mondial marqué par plusieurs incertitudes. Comment l’analysez-vous ? M. G. : Le contexte est parti- culier. Par rapport aux éditions précédentes, où la visibilité était plus confortable, nous fai- sons face aujourd’hui à davan-

Finances News Hebdo : Cette cinquième édition se tient cette année à Marrakech. Quelles sont les principales nouveau- tés ? Majd Guebbas : Nous sommes effectivement à notre cinquième conférence. C’est un cap important parce qu’il traduit la confiance renouvelée des inves- tisseurs, mais aussi des émet- teurs qui participent à cet évé- nement. La première nouveauté, c’est le choix de Marrakech. Nous avions l’habitude d’organiser cette conférence à Casablanca. Cette année, nous avons voulu

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forte perturbation. Cela a créé une forme de panique sur plusieurs places financières. Le marché maro- cain a été affecté, comme les autres marchés, avec peut-être une ampli- fication du mouvement. Cette amplification s’explique en partie par le poids croissant des investisseurs particuliers sur notre marché. C’est une bonne chose pour la profondeur du marché, mais cela peut aussi accentuer la volati- lité, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Cela étant dit, cette volatilité liée au contexte géoéconomique et géo- politique ne remet pas en cause les fondamentaux. L’économie maro- caine reste résiliente et les perspec- tives des sociétés cotées demeurent bien orientées. F. N. H. : Sur le plan macroé- conomique, quels sont les élé- ments qui soutiennent cette lecture ? H. S. : Les projections de crois- sance pour 2026 convergent autour de 5,5% à 5,8%. C’est un niveau élevé par rapport à l’historique du Maroc et qui se rapproche de l’ob- jectif fixé dans le cadre du nouveau modèle de développement. L’inflation reste également sous contrôle. Il existe, bien sûr, un risque d’inflation importée si la crise au Moyen-Orient se prolonge et si les prix du pétrole continuent d’aug- menter. Mais, à ce stade, les projec- tions tournent autour de 1%. Même dans un scénario moins favorable, avec une inflation à 1,5% ou 2%, nous resterions sur des niveaux maîtrisés, sans dérapage majeur. Il ne faut pas oublier non plus que le pays est engagé dans plusieurs chantiers stratégiques, avec une mobilisation importante de moyens financiers et humains. Cela donne une trajectoire de croissance assez lisible pour les trois ou quatre pro- chaines années. F. N. H. : Les sociétés cotées ont terminé 2025 sur de bons chiffres et le premier trimestre 2026 ressort avec une crois- sance des revenus autour de 7%. Comment faut-il lire ces premières publications ? H. S. : Les chiffres du premier trimestre doivent être lus avec pru-

dence. Ils donnent une indication sur le pouls de l’activité, mais ils ne suffisent pas à juger l’ensemble de l’année. Pour les valeurs industrielles, il faut tenir compte d’un élément important : depuis deux ans, une partie du cœur de l’activité s’est déplacée du premier semestre vers le second. Le calendrier, avec le Ramadan et les fêtes religieuses, ralentit davantage l’activité au pre- mier semestre. Cela pèse méca-

niquement sur certaines sociétés industrielles au T1, sans remettre en cause leur potentiel sur le reste de l’année. Pour 2026, nos prévisions restent très positives. Nous estimons une croissance bénéficiaire d’environ 10%, soit une masse bénéficiaire globale proche de 50 milliards de dirhams. En retraitant l’effet excep- tionnel lié à Maroc Telecom/inwi enregistré l’année précédente, la croissance ressortirait encore plus

robuste, à plus de 13%.

F. N. H. : En résumé, vous restez donc confiants sur les fondamentaux du marché ? H. S. : Oui. Les fondamentaux éco- nomiques restent solides et ceux des sociétés cotées également. L’année 2026 s’annonce comme un bon millésime pour la capacité bénéficiaire du marché, malgré un environnement international plus volatil. ◆

POUR NE RIEN RATER DE LA BOURSE @bourse_news @boursenews www.boursenews.ma Bourse news

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Le secteur bancaire marocain face au risque CBAM Quand Bruxelles devient un risque de crédit à Casablanca

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e 29 avril 2026, la Banque de France publiait une étude qui a circulé discrètement dans les milieux financiers marocains : en cas de succession d'événements climatiques extrêmes en Europe, les banques, compa- gnies d'assurance et gestionnaires d'actifs français s'exposeraient à des pertes attei- gnant 196 milliards d'euros, soit une dépré- ciation de 4% de leurs portefeuilles. Le scénario retenu - sécheresses mas- sives, vagues de chaleur et inondations majeures entre 2026 et 2027 - n'est pas une fiction de modélisateurs. Il correspond aux trajectoires que le Réseau pour le verdis- sement du système financier (NGFS) juge plausibles à court terme. Cette tendance a été également confirmée par la WMO dans son dernier rapport du 28 mai 2026 sur la Mise à jour climatique décennale 2026- 2035, dont une partie a été consacrée à l’Afrique du Nord. Cette étude mérite d'être lue à Casablanca autrement qu'avec un sentiment de dis- tance confortable. Car ce que la Banque de France quantifie pour le système financier français, le secteur bancaire marocain est en train de le vivre sous une forme diffé- rente, moins spectaculaire en apparence, mais tout aussi structurelle : le risque CBAM.

financiers liés au changement climatique. C'est un pas réel. Mais les dispositions de cette directive n'entrent en vigueur que dans un délai de 24 mois et de 48 mois pour les filiales. Ce calendrier réglemen- taire, raisonnable dans une logique de tran- sition ordonnée, crée un décalage préoc- cupant avec l'urgence CBAM : la contrainte industrielle frappe en 2026-2027, pendant que les banques disposent encore jusqu'à 2027-2029 pour se mettre en conformité avec les exigences de reporting sur ces mêmes risques. Autrement dit, la photographie du risque sera prise après que l'accident aura eu lieu.

Ce que les banques marocaines devraient faire maintenant

Par Dr. Mohamed Boiti, expert en transition énergétique et décarbonation*

La bonne nouvelle, c'est que le risque CBAM est, contrairement aux risques phy- siques climatiques, parfaitement identi- fiable et mesurable dans les portefeuilles de crédit. On sait quels secteurs sont concernés, on connaît les facteurs d'émis- sion, on peut calculer les surcoûts poten- tiels par débiteur. C'est précisément ce que la directive de BAM devrait accélérer, non pas dans 24 mois, mais dès aujourd'hui. Les banques qui accompagnent les grandes entreprises exportatrices ont tout intérêt à intégrer le CBAM dans leur ana- lyse du risque de contrepartie, à condi- tionner certains financements à la mise en place de plans MRV certifiés, et à orienter une partie de leur offre de financement vers les investissements de décarbonation industrielle, là où convergent rentabilité bancaire, résilience du débiteur et impact climatique réel. La Banque de France chiffre ce que le dérèglement climatique coûtera aux bilans français. Au Maroc, c'est le dérèglement réglementaire européen qui constitue la menace immédiate. La réponse n'est pas la même. Mais l'urgence d'agir, elle, est identique. ◆ *Mohamed BOITI est docteur ès Sciences de Gestion, consultant en transition énergétique et décarbonation, et auteur du «Mémorandum Stratégique 2026-2030 pour l’accompagnement du Maroc face au MACF».

voient leur compétitivité dégradée par des surcoûts carbone non maîtrisés, leur capa- cité de remboursement se détériore, leurs besoins de refinancement augmentent, et le risque de crédit des banques qui les accompagnent monte mécaniquement, sans que la moindre ligne de bilan ne l'ait encore enregistré. Ce n'est pas un risque hypothétique. C'est un risque daté. La première déclaration CBAM portant sur les émissions 2026 devra être déposée le 30 septembre 2027. Les entreprises marocaines qui arriveront à cette échéance sans facteurs d'émission certifiés se verront appliquer les valeurs par défaut européennes - punitives par construction -, avec un surcoût estimé entre 20% et 30% sur leurs exportations vers l'UE. Pour leurs banques, ce surcoût se traduit en dégradation du profil de risque du débiteur. Bank Al-Maghrib a pris conscience du problème Il faut reconnaître que Bank Al-Maghrib tra- vaille sur le sujet. La directive n°2/W/2025 du 24 janvier 2025 impose désormais aux banques marocaines, dans leur relation avec leurs grands emprunteurs, un cadre de collecte et de reporting sur les risques

Un risque de crédit qui dort dans les bilans

Le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est entré dans son régime défi- nitif en janvier 2026. Pour l'industrie maro- caine exportatrice - ciment, acier, alumi- nium, engrais -, la contrainte est désormais opérationnelle. Ce que l'on n'a pas encore suffisamment mesuré, c'est ce que cette contrainte signifie pour les établissements bancaires qui financent ces secteurs. L'encours du crédit bancaire marocain dépassait 1.166 milliards de dirhams fin 2024. Une fraction significative de cet encours est concentrée sur les grands exportateurs industriels directement expo- sés au MACF, l’OCP en tête, mais aussi les cimentiers, les sidérurgistes et les pro- ducteurs d'aluminium. Si ces entreprises

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 Au cœur des tensions régionales, le détroit d'Ormuz est devenu un enjeu majeur de la sécurité énergétique mondiale.

Ce qui se joue aujourd’hui au Moyen-Orient dépasse le seul destin de la région. Du Golfe aux grandes puissances, cette crise révèle un monde plus instable, où les enjeux géopolitiques pèsent désormais autant que les fondamentaux économiques. Epicentre du nouvel ordre mondial Moyen-Orient

seulement le pétrole. Gaz natu- rel, produits pétrochimiques, engrais, matières premières agricoles et marchandises diverses transitent également par cette artère vitale du com- merce mondial. Toute per- turbation durable finit méca- niquement par se diffuser à l'ensemble de l'économie mon- diale. Comme l'explique Patrice Geoffron, directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières de l'université Paris-Dauphine, «la géopolitique ne saurait être une externalité de l'économie mon- diale. Elle est devenue, à part entière, une variable fondamen- tale de coût». Cette phrase résume sans doute le changement d'époque auquel nous assistons. Durant plusieurs décennies, les entreprises ont raisonné princi- palement en termes de compé- titivité, de coûts de production et d'optimisation logistique. Désormais, elles doivent inté- grer de nouveaux paramètres: sécurité des approvisionne- ments, stabilité politique des routes commerciales, résilience des chaînes de valeur et risques

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Propos recueillis par D. W.

endant des décennies, l'éco- nomie mondiale a vécu sur une promesse implicite : celle d'une circulation fluide des marchan- dises, de l'énergie et des capi- taux à travers une planète de plus en plus intégrée. Les crises géopolitiques semblaient rare- ment capables d'interrompre durablement la mécanique de la mondialisation. Cette certitude vacille aujourd'hui avec la crise au Moyen-Orient, redevenu l'un des principaux épicentres de l'instabilité mondiale. Et cette fois, l'enjeu dépasse largement le seul cadre régional. Ce qui se joue dans le Golfe concerne désormais les mar- chés de l'énergie, les routes maritimes, la sécurité alimen- taire, les chaînes d'approvi- sionnement et, plus largement,

l'architecture même de la mon- dialisation. Le dossier nucléaire iranien illustre à lui seul cette nou- velle réalité. Malgré les frappes américaines, les interrogations demeurent nombreuses sur les capacités réelles de Téhéran. Comme le souligne Alan Eyre, ancien diplomate américain ayant participé à la négociation de l'accord nucléaire de 2015, «la force militaire peut détruire des infrastructures, mais elle ne peut pas éliminer un pro- gramme nucléaire dans son ensemble». Autrement dit, la destruction d'installations ne règle pas la question fondamentale : celle des intentions politiques et stratégiques de l'Iran. Et c'est précisément cette incertitude

qui nourrit aujourd'hui les ten- sions. Au cœur de celles-ci, se trouve le détroit d'Ormuz. Le monde selon Ormuz Longtemps considéré comme un simple point de passage stratégique, il est devenu un véritable instrument de puis- sance. La possibilité de contrô- ler, ralentir ou renchérir les flux qui y transitent modifie profon- dément les rapports de force régionaux et internationaux. Pour David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, une généralisation de cette logique aurait des consé- quences «potentiellement incal- culables». Car à Ormuz, l’enjeu n’est pas

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géostratégiques. La mondialisation à bas coût cède progressivement la place à une mondialisation sous contrainte. Face à cette évo- lution, les grandes puissances adaptent leurs stratégies. La Chine cherche à sécuriser ses approvisionnements éner- gétiques tout en accélérant le développement de corridors alternatifs. Alicia García Herrero, économiste experte des ques- tions de commerce internatio- nal, observe que «cette crise met en lumière un nouvel ordre économique mondial plus frag- menté, où les rapports de force géopolitiques jouent un rôle croissant dans la sécurisation des corridors stratégiques et la reconfiguration des flux com- merciaux». Les pays du Golfe, eux aussi, réévaluent leurs certitudes stratégiques. Selon Giacomo Luciani, conseiller principal au Gulf Research Center, «il est clair qu’ils vont tirer une leçon de ce qui s'est passé, et il est peu probable qu’on revienne à baser la sécurité exclusivement sur la garantie américaine». Même les alliés historiques de Washington prennent acte du basculement en cours. L'Europe, quant à elle, apparaît en retrait. Comme le constate Peer de Jong, ancien colonel de l'armée française, «l'Union européenne ne dispose pas aujourd'hui des moyens politiques, diploma- tiques ou militaires lui permet- tant de défendre seule ses inté- rêts au Moyen-Orient». La guerre en Ukraine avait déjà mis en lumière les limites de la puissance européenne. La crise actuelle confirme que les grands équilibres internationaux se redessinent désormais autour des Etats et des coalitions d'in- térêts. Et c'est précisément pour cette raison que le Maroc ne peut considérer cette crise comme un événement lointain. Car lorsque les prix de l'énergie augmentent, les coûts du trans- port maritime se renchérissent, les marchés agricoles sont per-

turbés ou lorsque la croissance mondiale ralentit, les effets finissent inévitablement par l’économie nationale. Comme le rappelle l'économiste Najib Akesbi, « une crise de cette ampleur, même lorsqu'elle se déroule loin de nos frontières, finit toujours par se transmettre à une économie aussi ouverte que la nôtre».

flux touristiques, des transferts des Marocains du monde, des investissements étrangers et de la demande adressée à ses exportations. Autant de canaux par lesquels les secousses géo- politiques peuvent se transfor- mer en ralentissement écono- mique, en tensions inflationnistes ou en pressions sur les finances publiques. ◆

Une crise de cette ampleur, même lorsqu'elle se déroule loin de nos frontières, finit toujours par se transmettre à une économie aussi ouverte que la nôtre.

En effet, le Royaume importe encore l'essentiel de ses besoins énergétiques. Son activité dépend des échanges internationaux, des

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Moyen-Orient L’heure des rapports de force

israélienne, qui désapprouve sa politique vis-à- vis de l’Iran. Contre toute attente, compte tenu de son impatience avérée et le calcul initial d’un conflit court et décisif initié le 28 février dernier, il semble désormais avoir intégré que ce conflit s’inscrit, avec la mise en œuvre de la stratégie du contre-blocus pétrolier américain sur le détroit d’Ormuz, dans une temporalité plus longue que prévue. C’est ce qui lui fait dire régulièrement qu’il n’est «pas pressé» en validant le principe de la poursuite d’un cessez-le feu au long cours, avec des accrochages respectifs plus ou moins calibrés. Une stratégie dite Economic Fury qui lui permet d’asphyxier l’économie iranienne de manière sans précédent, en bloquant les expor- tations pétrolières de Téhéran particulièrement vers la Chine, en contraignant le régime iranien à remplir ses cuves de stockage jusqu’au moment où se posera la question de la fermeture des puits, dont le débit a été progressivement réduit, et en accentuant les sanctions notamment sur les circuits ayant recours aux crypto-monnaies des- tinés à contourner les sanctions. Cette stratégie, qui a une certaine cohérence sous-jacente, n’est rendue possible que parce que les marchés bour- siers - que scrutent les fonds de pensions améri- cains qui y investissent - atteignent des sommets aux Etats-Unis grâce à la croissance économique de près de 2% générée par les entreprises de la Tech et de l’IA, dont les profits relativisent encore celle de l’inflation à 3,8%. En outre, les USA sont devenus le 1er producteur, voire 1er exportateur mondial d’hydrocarbures avec les Shale Oil, mal- gré un gallon d’essence à plus de 4 dollars - pré- lèvement sur l’essence partiellement compensé par les remboursements d’impôts de l’OBBA (One Big Beatiful Bill Act) du 4 juillet 2025 - dans un pays néanmoins indépendant sur le plan éner- gétique. C’est tout le paradoxe de la situation. F. N. H. : Téhéran semble désormais vouloir transformer le détroit d’Ormuz en source durable de revenus à travers des mécanismes de taxation, de permis de transit, de corridors maritimes contrôlés ou encore de services de sécurisation des navires. Un tel modèle vous paraît-il éco- nomiquement et politiquement viable, et pourrait-il être accepté par certains États importateurs de pétrole ou acteurs du transport maritime soucieux de sécuriser leurs approvisionnements ? D. R-R. : Le régime iranien a, pour la première fois, fait passer dans les faits la promesse annon- cée de fermer le détroit d’Ormuz, veine jugulaire du commerce mondial d’hydrocarbures (repré- sentant quelque 20% du pétrole et du gaz), mais pas uniquement, puisque cela concerne plus largement les condensats, les produits pétrochi- miques et les intrants agricoles (près de 30% de la production mondiale avec l’urée et les engrais

Entre négociations américano-iraniennes, tensions autour du détroit d’Ormuz et recomposition des équilibres régionaux, le conflit au Moyen-Orient continue de redessiner les rapports de force. David Rigoulet-Roze, Docteur en Sciences politiques, enseignant et chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) et chercheur associé à l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du nord, en décrypte les principaux enjeux.

Propos recueillis par M. A. L.

Finances News Hebdo : L’annonce d’un accord entre Washington et Téhéran a surpris alors que la région semblait enga- gée dans une logique d’escalade. Qu’est- ce qui a changé dans le rapport de force entre les deux pays et, dans cette séquence, qui est réellement en position d’imposer ses conditions ? Dr. David Rigoulet-Roze : C’est une demi-sur- prise, car les deux parties souhaitent manifeste- ment trouver une issue au conflit, même si leurs motivations diffèrent. Le président américain voudrait conclure rapidement un accord, avec comme préalable important- mais non exclu- sif - la réouverture du détroit d’Ormuz, dont le blocus, résultant d’une logique de confrontation «en miroir» entre l’Iran et les États-Unis, constitue une menace pour l’économie mondiale, avec les conséquences que l’on connaît. De son côté, le régime iranien, même s’il est parvenu à se maintenir, ce qu’il présente comme une «victoire», a désespérément besoin de liqui- dités pour retrouver une marge de manœuvre financière sur le plan intérieur. C’est pourquoi il insiste sur le dégel de plusieurs dizaines de milliards de dollars d’avoirs bloqués, notamment au Qatar, qui représentent un levier de pression majeur pour les États-Unis dans les négociations en cours. Le rapport de force demeure asymétrique sur le plan strictement militaire. Mais la puissance militaire ne fait pas tout. Le régime iranien a démontré sa capacité à manier des «armes» non conventionnelles, comme la fermeture du détroit d’Ormuz, en complément de ripostes balis-

tiques soigneusement calibrées. Celles-ci ont notamment visé des infrastructures énergétiques situées sur la rive arabe du Golfe persique, cau- sant des dommages considérables et durables. C’est le cas, par exemple, de l’infrastructure gazière de Ras Laffan, au Qatar, dont la remise en état pourrait nécessiter entre trois et cinq ans. Dans le cadre des négociations actuelles visant à finaliser un Memorandum of Understanding («pro- tocole d’accord»), Téhéran s’efforce de montrer qu’il est en mesure d’imposer certaines de ses conditions, même de façon relative. L’Iran joue notamment sur la maîtrise du temps face à un président américain pressé d’obtenir un résultat, mais qui semble hésiter à recourir de nouveau, de manière massive, à la force militaire. F. N. H. : Entre une opinion publique américaine de plus en plus réticente à l'idée d'un enlisement militaire, un Congrès favorable à une désescalade et un allié israélien dont les actions risquent de compromettre les négociations avec Téhéran, quelle est aujourd'hui la position réelle de Donald Trump ? A-t-il encore une stratégie cohérente dans la gestion de ce conflit ? D. R-R. : Si l’opération militaire en Iran est désap- prouvée par plus de 60% d’électeurs américains et si la Chambre des représentants a voté, le 3 juin, pour le retrait des troupes de la région grâce aux voix de quatre représentants républicains, Donald Trump conserve, malgré tout encore, plus de 80% de soutien de sa base MAGA, en dehors d’une frange résolument isolationniste, sinon anti-

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